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N° 6
JUIN/JUILLET  2005
La Savoie déboussolée.
Éric Fournier, un régional très local.
Tourisme: les SDF de l'ISF, ou alors l'autonomie?
Maurienne: pas d'autorisation pour un projet de liaison de domaines skiables.
Une crise européenne. Les conséquences du NON.
Les hôtels saisonniers vont-ils disparaître?
Polémique autour d'un loup abattu dans les Bauges.
L'affaire de la dioxine de Gilly sur Isère sera jugée à Albertville.
Les autonomistes galiciens entrent au gouvernement.
France: La grande braderie continue.
Bernard Accoyer ministre d'un jour.
Des fruits tropicaux et du caviar bientôt produits en Suisse?
Autriche : la plus grande centrale à bois d'Europe.
Un cadeau prestigieux pour les amoureux de la Savoie et de son histoire:
La fondue n'est pas savoyarde mais savoisienne!
Tunnels alpins: avec la France, le désespoir est au bout.
Tribunaux islamiques au Canada: la controverse continue.
Ne jetez pas vos piles à la poubelle!
Le peuple français n'existe pas!
La charia commande à Lille.
Vénissieux: l'imam Bouziane relaxé.
Religion et identité: des rapports complexes.
Un grand verre de Belpomme c’est bon pour la Santé!
Libérer sa voie ? Libérer la Savoie ? Libérer Sa Voie !
Les maladies causées par la pollution. Pourquoi incinérer les déchets?
Guiu Sobiela-Caanitz l'Européen.
 
Éditorial.
La Savoie déboussolée.
Peu à peu la poussière retombe après le grand fracas du 29 mai. Sur un champ de ruines: la gauche en miettes et sans projet, le FN campé dans son isolement d'éternel opposant, la droite incapable de faire face au chômage, aux déficits, à une dette qui enfle démesurément, à la violence qui partout prolifère, à l'angoisse dépressive généralisée.
Au gouvernement, on a changé le bocal en gardant les mêmes cornichons, ou presque: au passage, on remarque que la Savoie n'a plus de ministre, ce qui ne s'était pas vu depuis au moins 40 ans. Voilà qui pourrait faire réfléchir quelques Savoyards francophiles. Mais en Savoie plus personne n'a envie de penser à la politique: c'est une sorte d'accablement et d'hébétude qui se lit sur les visages.
Et de temps en temps un doute: et si les Savoisiens avaient raison? Raison d'annoncer depuis 10 ans le naufrage de la France: depuis peu ce thème du naufrage, du Titanic, fait florès jusque parmi les ténors parisiens, éditorialistes et politiciens. Raison de tracer une voie nouvelle pour la Savoie, libre et européenne grâce à la caducité démontrée de l'annexion de 1860. Raison d'exiger qu'à chaque problème corresponde une solution élaborée démocratiquement en Savoie plutôt qu'une dérive bureaucratique qui nous entraîne dans le gouffre.
Il y aura encore du chemin à faire pour transformer les doutes en engagements et en action. Pour le moment je vous souhaite de bonnes vacances, si vous en prenez, à défaut une bonne saison.
Le temps de mettre en ordre une actualité surabondante, le mois de juin était passé: pour se faire pardonner ce retard, cette édition est plus copieuse que d'habitude: bonne lecture!
Patrice Abeille.
Éric Fournier, un régional très local.
Éric Fournier, Conseiller municipal et Maire-adjoint de Chamonix depuis 1995, a été suppléant du député Michel Meylan de 1997 à 2002. Conseiller régional depuis 1998, il a été vice-président régional chargé des Transports et des TIC (technologies de l'information et de la communication) de 1999 à 2004, dans l'exécutif présidé par Anne-Marie Comparini. Il préside depuis 2001 le SIVOM du Pays du Mont-Blanc (14 communes).
Éric Fournier est membre de l'UDF.
 
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Une vocation pour la politique locale.
Quelques éléments personnels pour vous présenter à nos lecteurs?
— Né en 1965 à Chamonix, j'ai 40 ans cette année. Je suis marié et j'ai deux enfants, un garçon qui a 10 ans et une fille qui a 6 ans. Mes grands-parents tenaient un hôtel à Montroc. J'habite moi-même un tout petit hameau au-dessus d'Argentière, au Planay.
 
Vous avez de la famille en Valais?
— Oui, mon nom est valaisan. J'ai des origines suisses, françaises et italiennes: un grand-père suisse valaisan, un grand-père qui était piémontais, et le reste de la famille s'appelle Devouassoux, c'est bien d'ici. On a fait du "transfrontalier" depuis longtemps. C'est le cas de beaucoup de familles dans cette vallée...
 
Aucune origine savoisienne?
— Mais si, savoyarde, évidemment!
 
Mais alors aucune origine française d'outre-Rhône?
— Eh bien voilà, c'est ça!
 
Quel est l'avantage incontestable d'être français plutôt que suisse?
— Quel avantage d'être français?... (fou-rire prolongé, puis reprenant son sérieux en se raccrochant à sa généalogie) Je crois qu'il faut avoir une citoyenneté ouverte, et c'est pourquoi l'idée d'une citoyenneté européenne me va assez bien...
 
Si je comprends bien, vous avez fait de la politique... Depuis tout petit?
— À l'insu de mon plein gré, quasiment! J'ai fait Sciences Po Grenoble en section "politique", pensant travailler en tant que conseil ou dans l'administration. J'ai été conseil quelques années, mais je n'ai pas été séduit par l'administration. Très jeune j'avais envie d'un mandat politique local, mais les autres sont arrivés par enchaînement...
 
Ce n'est quand même pas par hasard que vous avez choisi Sciences Po!
— Non, j'avais une orientation très forte vers les politiques publiques: je pensais plutôt exercer en tant que conseil, mais les politiques publiques dans le monde de la montagne ont toujours été ma préoccupation.
 
C'était une vocation familiale?
— Mon père était un grand amateur de politique locale. Guide de haute montagne, il est mort très jeune, mais s'il avait eu le temps de laisser un peu derrière lui sa carrière de guide il se serait investi dans la politique locale et aurait anticipé sur ce que j'ai fait moi-même. Je me souviens de débats enflammés à la maison...
Éric Fournier et le socialisme rhônalpin.
Quelles sont vos impressions du nouveau mandat actuel? Vous êtes dans l'opposition, donc fini la voiture avec chauffeur, le secrétariat! Retour à la case "conseiller régional de base" dans le groupe UDF...
— De 17 conseillers comme avant, dans la défaite comme du temps de la présidence! Et nous sommes toujours deux de Haute-Savoie: Véronique Drouet et moi-même (avant 2004 c'était Michel Amoudry). Je suis président-délégué du groupe pour remplacer le président Thierry Cornillet en cas d'absence.
 
Quels enseignements tirez-vous d'un an de "socialisme régional"?
— Mon regard est un peu critique sur cette année de gestion: il y a une "calcification régionale".
 
Qu'est-ce que ça veut dire?
— La Région se distinguait des autres collectivités territoriales par le ratio qu'elle avait entre le fonctionnement et l'investissement (très peu de dépenses de fonctionnement pour beaucoup d'investissement, NDR).
 
Comme toutes les régions depuis leur création!
— Oui. Maintenant les compétences transférées par la nouvelle décentralisation conduiront à une augmentation du fonctionnement (Éric Fournier fait allusion surtout au transfert des personnels d'entretien et de service des lycées, NDR). Je le dis pour ne pas charger intégralement la gestion de monsieur Queyranne. D'un autre côté, force est de constater qu'il a une tendance naturelle, lui et son exécutif, à aggraver terriblement ce phénomène. Nous avions le sentiment (et nous en particulier les Haut-Savoyards) que Charbonnières c'est loin et qu'il vaut mieux "faire faire" par ceux qui sont sur le terrain, grâce à des relais locaux. Cela posait un problème de lisibilité de l'action régionale, mais cela me semblait préférable. Le choix de Queyranne est radicalement différent, c'est le choix du recrutement massif, de la multiplication des emplois permettant paraît-il de faire remonter de l'information, de la "démocratie participative de proximité", comme on dit.
 
Combien d'emplois nouveaux à la Région?
— Le chiffre qui me vient à l'esprit, c'est sur la première année (donc avant tout transfert de compétences) une augmentation de 70 postes de fonctionnaires, soit 10% de plus en un an.
 
Pourtant les fonctionnaires régionaux font grève! Pourquoi?
— Parce qu'ils ne sont pas contents! Ils voient une double administration: l'administration officielle et l'administration cabinet. Il y a des tensions. Le sentiment qu'on ne fait plus confiance aux fonctionnaires qui connaissent leur métier mais qu'on fait confiance au politburo.
 
Ça c'est grave, dites-donc! D'autres critiques?
— Aussi la tendance à l'augmentation des dépenses de communication, en tant que montagnard je n'aime pas trop: on change le siège, on va s'installer dans Lyon...
 
Une bonne ou une mauvaise idée, ce déménagement?
— Je crois qu'on a tout à fait autre chose à faire que ça. Ce n'est pas que je sois amoureux du site de Charbonnières et de ses bâtiments, le siège actuel n'a pas grand-chose d'attirant, mais je ne vois pas la nécessité de ces dépenses somptuaires, 100 millions d'euros pour le moment, probablement le double à la fin... Et puis on change aussi le logo...
 
J'allais vous poser la question: ce nouveau logo, qu'est-ce que vous en pensez?
— On a déjà assez de mal à apercevoir une identité régionale en France, alors changer pour changer, pour laisser son empreinte... Je crois qu'il y a d'autres choses à faire en matière de politiques publiques.
 
Quels investissements?
— Je déplore que le social prenne trop le pas sur l'économique. Il y a une forte augmentation des budgets de la solidarité, de la politique de la ville, des emplois aidés et associatifs avec les "emplois-tremplins", au détriment de l'action économique.
 
Et au détriment du contribuable? Quelle est l'augmentation de l'impôt régional?
— Cette année elle est de 6%, c'est-à-dire inférieure à celle de la plupart des régions. Mais à l'avenir je ne sais pas, je n'ai pas bien compris la manœuvre... Il fallait soit 0%, soit 20%...
 
En matière économique, on nous parle de "grappes d'entreprises" et de "pôles de compétitivité": c'est la même chose, ou pas la même chose?
— Les "grappes", en anglais les "clusters", ce n'est pas une nouveauté: c'est la mise en réseau d'entreprises du même secteur. Cette idée avait été lancée sous le précédent exécutif, en 2002-2003. La région pilote un cluster pharmaceutique et un cluster camion, je me demande ce que les Verts vont penser de ce dernier, mais c'est une bonne chose que la Région encourage les industries dynamiques. À côté de l'aide aux territoires en difficulté, il ne faut pas avoir honte des réussites et il faut les valoriser.
Les "pôles de compétitivité" sont une démarche de l'État. C'est assez confus. Il y aura peut-être des "pôles" de 2e. catégorie pour les recalés du premier choix, donc peut-être pour le décolletage s'il est recalé...
Le "miracle" de l'A41.
Venons-en aux transports, votre ancien sujet vice-présidentiel. On ne comprend rien à l'A41 Allonzier/Saint-Julien. Ce tronçon manquant a toujours été présenté comme non rentable, monsieur Accoyer a donc fait beaucoup de bruit pour exiger des subventions, et maintenant on apprend qu'une entreprise va tout construire sans que ça ne coûte rien au contribuable, et qu'en plus elle gagnera de l'argent grâce aux péages!
— C'est un miracle!
Je n'ai pas d'autres informations que celles données par la presse... Si on peut se passer de subventions publiques je m'en réjouis. La Région Rhône-Alpes s'était engagée à financer 10% de l'ouvrage; cet engagement est également valable pour le Conseil régional actuel, tant qu'il n'y a pas eu de nouveau vote sur cette question.
Bluff régional sur l'incinération des déchets.
Sur le traitement des ordures ménagères: la catastrophe de Gilly sur Isère, avec un incinérateur qui intoxiquait toute une vallée à la dioxine, a connu un récent rebondissement judiciaire. Grâce au courage d'une jeune juge d'instruction, l'affaire sera quand même jugée à Albertville et non à Marseille. Lors d'une réunion publique, une certaine madame Blanchard, vice-présidente de la Région, a déclaré que Rhône-Alpes, très soucieuse de la santé des habitants, ne s'engagera plus dans le financement des incinérateurs. Est-ce que la Région le faisait jusqu'à maintenant? Je n'en ai pas souvenir...
— Moi non plus! Nous votons certains crédits pour le traitement des déchets (les déchetteries, la valorisation, le recyclage, la collecte des produits de nettoyage utilisés par les pressings), mais je n'ai pas souvenir qu'on ait contribué au financement de l'incinération.
Il y a beaucoup de réflexions qui doivent être plus rationnelles en matière d'environnement. Par exemple en matière d'énergies, je suis très preneur de vrais débats, qui ne soient pas idéologiques mais surtout scientifiques.
Tourisme: les SDF de l'ISF, ou alors l'autonomie?
Dans Le Savoisien du mois d'avril, le Conseiller général Denis Bouchet présentait la structure unique prise sous son aile par l'Assemblée (des Pays) de Savoie: regroupement des deux Associations Touristiques Départementales et de la Maison de Savoie à Paris. L'objectif est double: simplifier, alléger les structures, et défendre la pérennité des stations moyennes encore viables grâce à l'accueil des groupes de jeunes. Denis Bouchet signalait que les Conseils généraux et l'Assemblée (des Pays) de Savoie ont très peu de pouvoir et ne jouent aucun rôle concernant les grandes stations, qui n'ont pas besoin de financements publics. Élu de Chamonix, comment voyez-vous l'avenir du tourisme?
— En effet les collectivités territoriales (départements, région) ont peu de capacités d'intervention sur le monde du tourisme. Les communes sièges de stations importantes (Chamonix, Megève, Courchevel, Val d'Isère, etc.) n'ont ni les moyens financiers ni les moyens réglementaires d'agir. Il y a un problème législatif national: nous n'avons pas fini la décentralisation qui permettrait un développement cohérent et harmonieux des sites de montagne. À Chamonix nous le disons depuis 20 ans, et maintenant ça touche toute la Savoie: la pression foncière, l'internationalisation des échanges entraînent une déstructuration du tissu social, au détriment de l'avenir touristique mais aussi de la vie des habitants.
 
Soyons clairs: comment font les jeunes de Chamonix pour se loger?
— Ils ont deux solutions: soit ils reçoivent en héritage un patrimoine avec la capacité d'assumer cet héritage (de payer l'impôt successoral), soit ils s'expatrient ou en tout cas ils vont dans des communes de plus en plus éloignées. C'est très grave car il est ainsi porté atteinte à l'équilibre social des stations. Ce n'est pas qu'un problème touristique, il s'agit de l'avenir des habitants permanents. Il faut des réformes. En particulier l'exonération des droits de succession me semble être une priorité.
 
Les droits de succession ont été supprimés en Italie, ils n'existent pas en Valais, ils sont très réduits à Genève et dans le canton de Vaud et vont y être abolis. Êtes-vous clairement partisan de l'abrogation de l'impôt successoral?
— Complètement! C'est la seule solution pour qu'on maintienne ici une population permanente originaire de nos vallées.
 
Alors qui s'oppose à cette abrogation? L'UMP?
— (Rire) Tous les gouvernements confondus: je n'ai pas entendu un seul gouvernement annoncer une réforme significative sur le sujet.
 
Votre parti est dans la majorité actuelle...
— Ah, vous croyez? (Rire) Je ne suis pas sûr...
 
Je ne suis pas sûr non plus qu'il soit dans l'opposition...
— C'est vrai, l'UDF est dans la majorité, mais on voit bien qu'il y a des enjeux nationaux et des enjeux locaux. Moi, je ne prétends représenter que des enjeux locaux, et je pense que ces problèmes dépassent les clivages partisans.
 
Pas tout à fait quand même: l'idéologie de gauche réclame, me semble-t-il, de prendre le plus possible aux gros patrimoines, s'ils n'ont pas l'habileté de s'expatrier ou d'occuper des niches fiscales... Mais quand la droite est au pouvoir elle ne change rien!
— Sarkozy est allé dans le bon sens, mais il faut aller beaucoup plus loin. Je reviens à l'équité: une valeur patrimoniale n'est pas toujours accompagnée de revenus importants. Si on continue, on va faire ici les "SDF de l'ISF"!
 
Le Savoisien vous remercie de lui donner la primeur de cette formule! Alors, fini le chalet ancestral et bonjour le camping? Mais il n'y a pas que des héritiers à Chamonix et en Savoie...
— Effectivement, et pour les familles dépourvues de patrimoine il faut une offre locative très importante.
 
Mais comment proposer des loyers abordables?
— Les collectivités prennent en charge l'acquisition du terrain et le mettent à disposition d'un opérateur locatif qui réalise la construction en respectant les contraintes architecturales. Les loyers sont plafonnés et conventionnés.
 
Ne vaudrait-il pas mieux organiser des aides au financement pour que les habitants, à long terme peut-être, deviennent propriétaires?
— C'est un dispositif que l'on est en train d'explorer. Il faut avoir des garanties juridiques, car il ne faut pas non plus que les nouveaux propriétaires revendent et fassent la culbute après avoir obtenu des aides communales. La formule existante, le plan locatif accession (PLA, selon une loi nationale), ressemble à un leasing: le loyer sert de base pour la constitution d'un capital, c'est une location-vente sur une quinzaine d'années.
 
Et ça marche à Chamonix?
— Nous essayons de le mettre en place, mais il faut que l'État déplafonne certaines valeurs en fonction du marché de montagne (critères de revenus, de nombres d'enfants, etc.).
 
S'il y avait une loi savoisienne là-dessus, ce ne serait pas mieux?
— En tout cas il faut une loi locale, une décentralisation réelle...
 
Ce n'est pas envisagé du tout en France!
— C'est vrai, et on a le problème. Moi je suis pour la cohérence nationale, et je suis pour l'application de règles locales.
 
Donc pour une Sixième République?
— Oui, je crois qu'on n'en fera pas l'économie... Les institutions ont du plomb dans l'aile!
 
Dans les annexes au traité établissant une Constitution pour l'Europe, j'ai lu le protocole 26 (page 153 de l'édition envoyée aux électeurs français): "Nonobstant les dispositions de la Constitution, le Danemark peut maintenir sa législation en vigueur en matière d'acquisition de résidences secondaires". Je suppose donc que le Danemark pose des restrictions, qu'en pensez-vous?
— Intéressant, oui, oui, oui ça m'intéresse, ça! Il y a quelque chose à creuser! Sans prétendre dire tout seul dans quel cadre on peut régler ces questions, je crois que dans toutes les stations et les villes attractives on ne peut pas se contenter d'une règle basique parisienne sans avoir de déclinaisons un tout petit peu locales. Donner de mêmes valeurs d'un bout à l'autre du territoire national me semble très inéquitable. Ici, ce n'est pas parce qu'on a un bien qui vaut un million de francs qu'on est riche!
 
Sans une évolution législative, le sort des locaux est en péril?
— Oui, et le sort du lieu lui-même, car le lieu sans les locaux n'a pas de sens! La Vallée de Chamonix (et il en va de même dans les autres vallées de Savoie) c'est un territoire unique sur le plan naturel mais aussi humainement très fort: ce n'est pas un parc de l'ouest américain.
 
J'ai eu récemment en Slovénie des contacts de haut niveau, notamment avec le directeur adjoint du ministère des affaires européennes. Il nous a déclaré que sans l'indépendance de la Slovénie il n'aurait jamais pu espérer la carrière qu'il fait à présent. Dans la Savoie indépendante, quelle tâche, quel poste, quelle fonction vous intéresserait?
— (Rire) Oh! Moi je suis un local de base...
 
À l'échelle de la Savoie, vous avez déjà un rôle national!
— C'est vrai, ce serait... Non, j'ai beaucoup de chance d'avoir ces mandats, le mandat municipal est passionnant, j'avoue que j'y prends un plaisir renouvelé depuis les dernières élections régionales, j'ai davantage de temps à y consacrer.
 
Dans votre plaisir se mêle, n'est-ce pas, une certaine amertume: tout à l'heure vous disiez que, sur la question du logement par exemple, vous souffrez de blocages liés à la législation nationale. Si j'ai bien compris, vous êtes autonomiste, puisque vous souhaitez des lois pour des territoires définis, comme il y en a au Val d'Aoste ou au sud-Tirol. Vous êtes UDF tendance autonomiste?
— (Rire) Je ne crois pas qu'on puisse appeler cela de l'autonomisme!
 
Ah pardon! En sciences politiques, s'il y a des lois régionales, c'est de l'autonomie.
— Oui, mais effectivement il nous faut des cadres législatifs et réglementaires qui soient adaptés aux aires territoriales.
 
Est-ce possible dans un système de droit centralisé comme en France?
— Je cois que le fait que l'État soit garant d'un certain nombre de tâches fondamentales et de règles fondamentales...
 
Cela, les autonomistes ne le contestent nullement! Il reste toujours des tâches régaliennes, qui appartiennent aux États dans la mesure où elles ne sont pas encore européennes...
— Nous sommes d'accord. Ce qui importe c'est qu'il y ait des déclinaisons adaptées aux territoires concernés, je crois que cela peut se faire dans le respect des grands équilibres existants.
 
Donc, ministre de la montagne?
— Voilà, ça m'irait bien...
Propos recueillis à Chamonix le 17 mai 2005 par Patrice Abeille. Les intertitres sont de la rédaction.
 
 
 
Maurienne: pas d'autorisation pour un projet de liaison de domaines skiables.
La liaison et l'extension des deux domaines skiables de Val Cenis et de Termignon, en Maurienne, ne sont pas autorisées. Le Préfet coordinateur du Massif des Alpes vient de rendre sa décision. L'important projet de l'Unité Touristique Nouvelle (UTN) de la Turra, comportant huit nouvelles remontées mécaniques et leurs pistes, ne se fera donc pas.
Le 24 mars de cette année, la commission consultative responsable de l'UTN dans les Alpes, s'était encore montrée favorable au projet de la Turra. Cependant, différentes associations écologistes se sont résolument engagées contre ce projet de liaison. Elles ont dénoncé le risque de dommages irréversibles pour l'environnement, tant dans la forêt de l'Arc, dont la richesse biologique est connue de longue date, que dans les zones particulièrement sensibles s'étendant au-dessus de la limite de la forêt. Ces associations doutaient également de la rentabilité du projet. La région qui s'étend autour du Mont Cenis, dans la zone périphérique du Parc national de la Vanoise, est connue pour sa richesse écologique. La découverte de la laîche des glaciers (Carex Glacialis Mackenzie) en juillet 2004, une espèce jusqu'alors inconnue dans l'espace alpin, a confirmé cette réputation. Cette laîche n'avait été observée jusqu'ici que dans les régions boréales. Le projet d'extension des domaines skiables aurait menacé le milieu de vie de cette plante, mais aussi d'autres espèces animales et végétales protégées en France.
Selon une étude de la Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature, un cinquième des versants convenant à la pratique du ski en Savoie est déjà équipé d'installations.
Source:
alpMedia
Im Bretscha 22
Postfach 142
FL-9494 Schaan
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www.alpmedia.net
 
Une crise européenne.
Comme en 1969 (rejet de la décentralisation proposée par le général De Gaulle) les Français viennent d'exprimer leur allergie à tout changement structurel. Mais cette fois, ils prétendent imposer leur immobilisme à l'Europe entière. Il est certain qu'ils n'y parviendront pas.
Le 29 mai la Savoie, comme la Bretagne et l'Alsace, a donné un léger avantage au OUI au traité constitutionnel européen, mais ces votes "périphériques" ne pesaient pas assez lourd. Les gros bataillons gaulois ont fait triompher à 55% un front du refus hétéroclite.
Comme nous l'avions prévu, la victoire du NON n'ouvre aucune perspective de rechange. Certes les Européens ne manquent pas de sujets de mécontentement, par exemple aux Pays-Bas où le NON l'a même emporté à 61% quelques jours plus tard, mais ils n'ont pas plus envie de discuter avec monsieur Besancenot qu'avec monsieur Le Pen.
En juin un deuxième blocage s'est superposé au premier, quand le Conseil européen a échoué à trouver un accord sur le budget 2007-2013. Tony Blair, cible d'une attaque de diversion lancée par un Chirac en déroute intérieure, avait tout intérêt à cet échec: maintenant c'est sous la présidence britannique que le Conseil va débattre des orientations budgétaires, et il n'y a plus de sujet tabou. Je ne doute pas qu'un accord sera trouvé, fin 2005 ou au cours de 2006, mais le coq gaulois peut se préparer à y laisser quelques plumes, aides aux régions et surtout subventions agricoles. Il va falloir remettre en question les grandes cultures intensives et polluantes, qui portent tort aux paysans du tiers-monde par leurs exportations à prix artificiellement bas. L'agriculture de montagne, dominante en Savoie, devrait tirer son épingle du jeu, sauf dégâts collatéraux...
Et la Constitution? On peut s'en passer, et alors l'Europe continuera à petits pas dans le cadre actuel, celui du traité de Nice. Ou bien organiser dans un an ou deux d'autres référendums, en considérant que les rejets visaient autre chose que le texte proposé au vote. Dans les deux cas la partie III du traité, qui a fait couler en France tant d'encre et de salive, continuera à s'appliquer, puisqu'elle n'est que le résumé des traités en vigueur. À moins que les vainqueurs du 29 mai ne réussissent à obtenir un référendum pour que la France quitte l'Union européenne...
Quoi qu'il en soit, le seul salut de la Savoie demeure de se faire entendre directement à Bruxelles et auprès des petites nations d'Europe. La Savoie est un pays annexé, Paris ne sera jamais son représentant légitime.
Patrice Abeille.
 
Communiqué de la Ligue savoisienne.
diffusé le 30 mai 2005.
Le OUI de la Savoie plombé par le NON de la France.
Hier la Savoie (73 +74) a approuvé à 52% le projet de Constitution européenne. La Ligue savoisienne, en argumentant avec réalisme en faveur du OUI, a contribué de manière responsable et décisive à ce résultat.
La France, malheureusement, a fait le choix inverse. L'échec des partis de gouvernement indique la profondeur de la crise de la société et des institutions françaises.
Aucun projet ne sortira de l'addition des mécontentements. La Savoie va souffrir encore plus des incohérences politiques que la France voudrait exporter en Europe. Il est de plus en plus vital que les habitants de la Savoie s'unissent pour échapper à l'emprise de Paris, décider eux-mêmes de leur avenir en se faisant reconnaître comme l'une des nations qui construisent l'Europe pour le bien des Européens.
 
annexe: les résultats cumulés 73 + 74
inscrits: 707 565
votants: 492 798 (69,65%)
blancs/nuls: 12 000 (2,43%)
exprimés: 480 798
OUI 249 455 (51,88% des exprimés)
NON 231 343 (48,12% des exprimés)
 
 
Les conséquences du NON.
par Adrien Fournier.
 
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Le 29 mai dernier les Français ont, contrairement aux Savoisiens, décidé de rejeter le projet de traité constitutionnel qui leur était proposé. Alors qu’il semblait, il y a de ça quelques mois seulement, que ce texte emporterait sans difficulté l’approbation du peuple (sans quoi M. Chirac aurait choisi la voie parlementaire), est née une polémique. Tout a commencé avec la désormais célèbre directive Bolkestein. Au sujet de cette directive comme pour toute leur campagne, les partisans du non ont basé leurs arguments fallacieux sur le mensonge, la propagande et le populisme. En effet, les médias français ont présenté ce texte d’une quarantaine de pages en le résumant à une seule idée (sentez la propagande...): la possibilité pour un ressortissant d’un État membre de venir travailler dans un autre État membre tout en restant assujetti à son droit national (inquiétude non dissimulée du "plombier polonais" venant travailler en France selon les règles de droit du travail et droit social polonais). Or, les médias français ont "oublié" de préciser que ceci ne serait valable que pour les commerçants, artisans ou professions libérales (ce qui exclut les salariés) qui travailleraient en France moins de 8 jours par an! On comprend aisément que la philosophie qui anime ce texte a été volontairement dénaturée par les médias français. Dès lors, se servant de cette polémique, certains hommes politiques de gauche ont compris qu’en agitant au-dessus de l’Europe un drapeau "ultra-libéral" et en s’élevant contre le traité ils pourraient ressortir, en cas de victoire du non, comme les leaders d’une gauche jusque-là divisée depuis ce qu’on a appelé le "séisme politique" du 21 avril 2002. C’est donc dans une vision purement électoraliste, basée sur de méprisables calculs personnels, que ces personnes ont entrepris de ruiner une construction que les Européens avaient entreprise depuis une cinquantaine d’années.
Notons que la convention de Laeken, qui fut chargée de rédiger le texte, a travaillé pendant plus d’un an et demi dans une logique de compromis et de négociations qui permit à chacun de se faire entendre (États membres, États candidats à l’entrée dans l’UE, États observateurs, associations, syndicats, particuliers via internet). Ce grand moment de démocratie européenne ne fut cependant pas couvert par les médias français, et ne fut pas troublé par une quelconque protestation de la part des partisans du non! Gageons que cela terminera de vous prouver l’opportunisme de leur opposition.
Quoi qu’il en soit, cette propagande associée à l’incompétence des partisans du oui a permis au non de l’emporter et il convient de faire le point tant sur ce que cela va nous faire perdre (I), que sur les conséquences fâcheuses qui en résulteront dans un avenir proche (II).
I/ Des avancées perdues pour longtemps.
Le texte qui nous a été proposé est juridiquement un traité, mais il a reçu symboliquement le nom de "traité établissant une Constitution pour l’Europe" afin de lui conférer un aspect plus solennel. Cette solennité, il la tire du fait qu’il se propose de marquer un tournant dans la construction communautaire en donnant à l’UE un caractère politique, et non plus seulement économique. Par ailleurs, ce texte avait pour objectif d’effectuer une simplification du droit communautaire en réalisant la prouesse, au travers de sa partie III, d’opérer une synthèse de tous les traités communautaires antérieurs (ce qui explique la longueur du texte).
Au-delà de cette présentation générale du texte, je reviendrai en détail sur ce qui, à mes yeux, semble être les 4 avancées les plus importantes que ce texte apportait.
 
1) Une nécessaire refonte des institutions européennes:
Face à l’arrivée de 10 nouveaux pays dans l’UE, les dirigeants européens prirent immédiatement conscience de la nécessité de changer les institutions européennes, créées initialement pour fonctionner à 6. En effet, tant les mécanismes décisionnels que ceux concernant le financement de l’Union devaient être corrigés pour pouvoir continuer à fonctionner efficacement suite à l'ouverture à l’Est. Cependant, les négociations furent rudes et la classe politique dans son ensemble reconnut l'échec relatif des traités d'Amsterdam puis de Nice quant à cette question. Le traité constitutionnel, après de longues négociations et d’importants compromis, réussit à proposer une solution réaliste; en effet, le traité propose un nouveau système de majorité qualifiée (65% de la population européenne répartie sur au moins 55%des États membres) et a revu le système de pondération des voix qui renforce le pouvoir décisionnel des pays fortement peuplés (comme la France) au détriment des pays à faible densité (qui possédaient et possèdent donc encore un avantage à ce niveau). Le fonctionnement à 25 impose la refonte des institutions européennes et les Français ont rejeté une solution qui augmentait leur pouvoir...
 
2) L’augmentation du pouvoir de contrôle de chaque citoyen européen sur l’UE:
Une des vocations du traité constitutionnel était de répondre à la question latente du "déficit démocratique" dont souffre l’UE. Plusieurs mesures allaient dans ce sens:
—la possibilité pour 1 million de citoyens européens de saisir la Commission pour s’opposer à l’un de ses actes créateur de droit;
—le renforcement des pouvoirs du Parlement européen (élu au suffrage universel direct par les citoyens européens) qui devient co-titulaire du pouvoir décisionnel à égalité avec le Conseil des ministres et dont le pouvoir de contrôle sur l’investiture de la Commission est officialisé;
—le renforcement du pouvoir des Parlements nationaux que le texte place en juges de la subsidiarité (répartition des compétences entre l’Union et les États membres);
—le renforcement de la notion de "bonne administration" à laquelle tout citoyen européen a droit (plus de clarté, de transparence dans le fonctionnement de l’Union).
3) L’augmentation du poids de l’Union Européenne sur la scène internationale:

L’UE, si elle est aujourd’hui un géant économique, reste un nain politique sur la scène internationale. Le traité propose de donner une dimension plus politique à l’UE, par plusieurs mesures. Tout d’abord, la mise en place d’un président de l’Union Européenne (dont le mandat de deux ans et demi serait renouvelable une fois) et d’un ministre des affaires étrangères de l’Union européenne (qui serait le vice président de la Commission) permettrait à 2 personnes de représenter toute l’Union, et de parler au nom de 25 pays (450 millions d’habitants), représentant le plus grand acteur économique mondial. Cette personnalisation de l’UE, doublée du fait que le traité aurait fait acquérir à l’UE la personnalité juridique, aurait permis à l’Europe d’exister sur la scène internationale et de peser lourd pour, peut-être, enfin prendre sa part de responsabilité dans les affaires du monde. Notons que ce phénomène aurait été renforcé par une plus grande coopération en matière de politique étrangère de sécurité et de défense commune.

 
4)L’instauration dans le corpus juridique communautaire d’importants droits sociaux:
Toute la partie II du traité est intitulée "Charte des droits fondamentaux de l’Union"; cette partie, qui rassemble droits sociaux et droits de l’Homme, est pour l’essentiel une reprise de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, signée par la France en 1950 et ratifiée par la suite en 1974. Le traité permettait donc d’intégrer au corpus juridique de l’Union tous ces droits fondamentaux. Notons à ce propos que les juges de la CJCE estiment que cette partie constitue l’avancée la plus remarquable.
Les Français ont donc rejeté toute une série de progrès que le traité avait à offrir, et à quel prix!
II/ Des conséquences fâcheuses à assumer.
Le NON français n’est pas la catastrophe que certains ont voulu faire croire; cependant, il est certain qu’il ne sera pas sans conséquences et il conviendra désormais pour les Français de les assumer sans se plaindre.
 
La première de ces conséquences va être la perte, pour la France, de la légitimité historique dont elle bénéficiait jusqu’alors. En effet, on se souvient du sommet ECOFIN de 2003 à Naples où la France et l’Allemagne avaient annoncé qu’elles n’avaient une fois encore pas respecté le pacte de stabilité, sans pour autant être sanctionnées par l’Union. Pourquoi des pays comme le Portugal ou la Grèce ont-ils été dans le passé sanctionnés alors que nous, qui ne sommes plus aujourd’hui, rappelons-le, qu’une puissance moyenne, nous en tirons sans encombres? Tout simplement parce que la France et l’Allemagne sont les deux pays fondateurs qui ont par leur alliance et leur volonté commune fait avancer l’Europe durant les cinquante dernières années. Aujourd’hui, la France a rejeté un texte qui était le résultat d’un an et demi de travail commun, de compromis et de négociations, et cela pour des motifs n’ayant trait qu’à de misérables problèmes franco-français. Il est donc clair que cette légitimité historique a disparu, et que désormais la France n’aura plus droit à un traitement de faveur et devra respecter les règles, comme tout le monde. Il est clair également que nos voisins qui, dans le but de faire avancer la construction communautaire, ont tous pris sur eux et accepté de renoncer à certaines de leurs demandes, ne vont probablement pas voir d’un très bon œil l’égoïsme français. Deux conséquences semblent donc se profiler. Tout d’abord, la France ne sera certainement plus en tête de liste des pays susceptibles d’obtenir des aides (fonds structurels au niveau régional par exemple) ou des marchés publics d’envergure européenne. Par ailleurs nos voisins libéraux, qui avaient accepté de mettre fin à une conception purement économique de l’Europe, voyant que malgré leurs efforts les Français trouvent encore le moyen de se plaindre, vont à présent continuer à se développer sans cette France ingrate et il semble plus que plausible que ces pays décident à l’avenir de renforcer les relations commerciales qui les unissent, au détriment d’une France qui n’est aujourd’hui plus en phase avec le reste du monde quant à sa conception de l’économie.
La France, après avoir renoncé à tous les avantages apportés par le traité constitutionnel, va maintenant devoir subir des conséquences fort néfastes et tout ceci... pour quoi? Pour renégocier? Cela est strictement utopiste car ce traité, après tous ces compromis, était la version la plus aboutie de ce que nous étions capables de faire à 25. Personne ne renégociera quoi que ce soit. De plus, même si la France tentait de renégocier, sur quelles bases le ferait-elle, puisque le non qui s’est exprimé le 29 mai 2005 est un non pluriel? Comment pourrait-on concilier un non souverainiste et nationaliste, un non d’extrême gauche et un non ultra-libéral? La situation est désormais figée et l’Europe se prépare maintenant à une longue période d’immobilisme. Rappelez-vous ce que l’Histoire nous a enseigné: quand les Européens ont voulu créer la CED (Communauté Européenne de Défense), ils ont signé le traité de Paris en 1952 (rédigé en grande partie par le français René Pleven), dans une ambiance de consensus général, mais lors de la phase de ratification, une polémique émergea (cette situation n’est pas sans rappeler celle que nous avons vécue ces derniers mois).Lorsque Pierre Mendès-France demanda au Parlement de se prononcer définitivement le 30 août 1954, ce fut le non qui l’emporta. Quelle fut la conséquence de ce non? Jugez par vous même, cinquante ans après, on commence seulement à reparler sérieusement d’une vraie force armée européenne. Le projet d’une Europe politique, d’une Europe puissance est donc vraisemblablement enterré pour de nombreuses années. Parallèlement, les Français ont par leur décision accéléré le processus qui conduit depuis maintenant bien longtemps leur pays vers une mort annoncée. Dans ce contexte, il est vital que les Savoisiens prennent conscience que la France est désormais engagée dans un processus inexorable de déclin qui ne pourra s’inverser que lorsqu’elle aura touché le fond. Les Savoisiens ont la capacité de sortir de ce mécanisme infernal et de reprendre le contrôle de leur destinée afin de redevenir ce qu’autrefois ils furent: un peuple libre, démocratique et prospère. Encore faut-il pour cela qu’ils ouvrent les yeux sur la réalité et se donnent les moyens d’agir.
A. F.
 
 
 
Tourisme.
Les hôtels saisonniers vont-ils disparaître?
Selon un rapport remis au ministre français du Tourisme par Jacques Jond, président du syndicat d'hôteliers FAGIHT, la fermeture définitive d'hôtels saisonniers prend une vitesse alarmante. En 10 ans, 40% de ces hôtels ont disparu dans les Vosges et le Jura. L'hebdo professionnel "L'Hôtellerie" extrait du rapport les chiffres de 134 hôtels en moins sur la même période en Savoie, 94 dans les Pyrénées, 96 en Auvergne...
Les propriétaires d'hôtels, confrontés à la baisse régulière de la rentabilité, n'ont qu'une solution: transformer leurs bâtiments en appartements ou en résidences de loisirs. Les exploitants qui ne possèdent qu'un fonds de commerce mais pas les murs n'ont plus qu'à mettre la clé sous la porte.
M. Jond fait observer qu'en ville le recul de l'hôtellerie indépendante est compensé par la progression des chaînes intégrées ou franchisées, alors que dans les stations d'hiver et d'été ce recul n'est compensé par rien. Nous assistons donc à une désertification. Comme l'indique un adhérent du syndicat: "comme il est aujourd'hui très difficile de faire un plein d'essence ou de réparer un pneu dans nos coins reculés de campagne, d'ici très peu de temps il sera également très difficile d'y dormir (...) et d'y manger (...).
M. Léon Bertrand, ministre français du Tourisme, était en déplacement à Chambéry les 24 et 25 février dernier. À cette occasion il a déclaré à Jacques Jond qu'il prenait en compte le besoin impérieux pour l'hôtellerie saisonnière d'être soutenue, admettant l'impossibilité à faire face à des charges identiques à toute autre structure fonctionnant 12 mois dans l'année. On peut sans risque parier que M. Bertrand aura quitté ce ministère bien avant que des mesures effectives soient prises...
Quel contraste avec la province autonome du Südtirol, dans les Dolomites (Italie), où les lois sont faites pour favoriser l'hôtellerie familiale et exclure la construction massive de résidences secondaires! Ici en Savoie, notre tourisme dépend d'une technocratie parisienne qui depuis cinquante ans favorise les grands groupes de promotion immobilière et planifie l'aménagement intégré des stations. Nous avons peut-être atteint la dernière phase, celle de l'exclusion complète des Savoyards de leurs montagnes. Quelques-uns s'y maintiendront comme rentiers, et quelques autres plus nombreux comme employés, mais plus aucun n'y sera acteur et décideur économique.
Triste avenir! Et ne comptons pas sur les élus départementaux pour intervenir sur cette tendance: le Conseiller général Denis Bouchet était très clair, dans l'entretien qu'il nous a accordé il y a deux mois (Le Savoisien n°4, avril 2005), sur son impuissance en face des grands financiers. Et si un jour la Savoie se donnait des élus qui luttent pour son émancipation?
Patrice Abeille.
 
 
Polémique autour d'un loup abattu dans les Bauges.
Début juillet, un éleveur de chèvres des Bauges, dont le troupeau avait été attaqué plusieurs fois, s'est mis à l'affût, a visé, tiré et abattu un animal. C'était un loup.
Plusieurs associations ont porté plainte contre l'éleveur. Le procureur est saisi et peut engager des poursuites. L'éleveur risque de la prison avec sursis et 6000 euros d'amende, car il n'a pas respecté la loi. Les préfets peuvent maintenant autoriser, selon une procédure complexe, l'abattage d'un loup dans les zones d'habitat du prédateur, mais les Bauges ne figurent pas sur la liste.
Certes, le loup est une espèce protégée, chacun admet qu'il ne puisse pas être recherché par des chasseurs pour le simple plaisir de la chasse. Mais quand le geste ancestral d'un éleveur qui défend son troupeau déclenche un tel emballement administratif, médiatique et judiciaire, on doit se demander si notre société n'a pas perdu la raison.
En tout cas, l'éleveur bauju va avoir tout le temps de regretter d'avoir rendu public son acte...
Rappelons que, sur ce sujet qui déchaîne les passions, la position de la Ligue savoisienne est constante depuis son communiqué de 1999, qui se concluait ainsi:
Il existe aujourd'hui une menace immédiate d'abandon du pastoralisme, qui conduirait à une désertification de la montagne. En voulant protéger une seule espèce animale, celle du loup, certains idéalistes risquent de mettre à mal tout un équilibre humain et naturel, celui des terres de haute altitude.
La Ligue savoisienne se prononce donc pour la régulation des populations de loups, régulation admise par la Convention de Berne ainsi que par la Ministre de l'Environnement.
Elle rappelle que la démocratie veut que les habitants de la montagne soient consultés sur leur avenir au lieu d'être victimes de décisions prises loin d'eux."
Communiqué de la Ligue savoisienne:
Les montagnards sont libres de se défendre contre les loups!
Le Conseil des Provinces de la Ligue savoisienne réuni le 10 juillet 2005 réaffirme sa position du 27 juin 1999 pour la régulation des populations de loups en Savoie, et adopte à l'unanimité la résolution suivante:
Nos ancêtres ont choisi de vivre sans la présence du loup et ont réussi, après plusieurs siècles de lutte, à éliminer cette espèce de nos montagnes au début du vingtième siècle.
S'il est évident que la disparition du loup fut une atteinte à la biodiversité, sa réintroduction met aujourd'hui en danger l’ensemble de la biodiversité des Alpes. En effet, sans la pâture du bétail et surtout la fauche des prairies, c'est la fin de la biodiversité végétale (et animale pour partie): la montagne est ravagée par les avalanches, les incendies et l'envahissement par les broussailles.
L'inefficacité des décisions prises par l'écologie bureaucratique apparaît au grand jour:
— protection des troupeaux irréalisable pratiquement et financièrement;
— indemnisation des dommages inexistante, incomplète ou tardive.
La Ligue savoisienne prend la mesure de la détresse des éleveurs de montagne et de l'inquiétude de tous les montagnards.
Mais aujourd'hui les loups, qui ne semblent plus craindre l'homme, se montrent en plein jour un peu partout. Leur multiplication ne menace plus seulement la biodiversité, mais la vie même du montagnard dans son espace: destruction du gibier, des ongulés sauvages, de l'économie pastorale. Bientôt les loups, par nécessité, s'attaqueront-ils aux humains? Déjà l'économie touristique se trouve fragilisée.
La Ligue savoisienne, seul mouvement politique à avoir demandé la régulation des loups dès 1999, exige aujourd'hui que soit rendue aux montagnards la liberté de se défendre par des moyens traditionnels.
 
 
L'affaire de la dioxine de Gilly sur Isère sera jugée à Albertville.
Le projet de délocaliser à Marseille le procès de l'incinérateur de Gilly (sur lequel Le Savoisien vous alertait en mai dernier en donnant la parole à l'avocat Thierry Billet) a échoué. Cet échec, salué avec joie et soulagement par les victimes de la dioxine, est doublement exceptionnel:
— madame Hélène Lastéra, jeune juge d'instruction dont la compétence est reconnue, a refusé d'obéir à son procureur, lui-même en fin de carrière;
— et la Cour de cassation n'a pas fait droit aux souhaits du ministre de la Justice.
Dominique Perben a été déchargé d'un ministère où il avait d'ailleurs accumulé les échecs. Notons qu'il n'est pas plus chanceux au ministère des Transports: à peine nommé il a dû aller constater l'incendie et la fermeture du tunnel du Fréjus...
Le Savoisien salue le courage de madame Lastéra, et se réjouit de la bonne progression de son instruction, qui permettra que le procès de la dioxine se tienne à Albertville en 2006. De là à ce que la lumière et la justice soient faites...
Un avocat marseillais nous a adressé son commentaire, relevé au sel de l'esprit d'impertinence:
Il est de bon ton de se gausser des magistrats français.
On a bien tort de le faire. Les magistrats français sont, à de très rares exceptions près, pétris du sens de l’intérêt général et scrupuleusement attachés à la manifestation de la vérité.
Ainsi, contrairement à ce que certains esprits chagrins ont laissé entendre, le procureur de la République d’Albertville, en demandant le dépaysement de l’affaire de l’incinérateur de Gilly-sur-Isère, n’avait pour seul objectif que de remettre l’instruction d’un dossier complexe à des magistrats extrêmement compétents, ceux du pôle santé publique de Marseille. Le fait que des personnalités politiques de premier plan (préfets, ministres et maire) aient été mises en cause dans le cadre de l’instruction conduite à Albertville est évidemment sans incidence aucune sur cette démarche.
L’attitude de la jeune juge d’instruction préalablement saisie de cette affaire paraît en revanche beaucoup plus discutable: pourquoi cette réticence à reconnaître l’évidente supériorité intellectuelle de ses collègues marseillais?
En tant qu’auxiliaire de justice, j’imagine sans peine le dépit du procureur de la République d’Albertville, si justement pressé de voir l’affaire confiée à des magistrats instructeurs talentueux spécialement formés à traiter des dossiers de ce type, et qui doit aujourd’hui se résigner à la voir traitée au milieu des goitreux exophtalmiques et des crétins des Alpes si nombreux dans ces lointaines terres de Savoie.
J’imagine son dépit et je le partage.
Cette affaire savoyarde méritait un procès marseillais.
Au demeurant, il serait urgent, afin de traiter les affaires relatives aux zones franches aujourd’hui pendantes en Savoie, où se donne libre cours la démagogie séparatiste, de créer un pôle douanier dans le Midi.
Les juridictions marseillaises ayant déjà beaucoup à faire, en raison de la présence des différents pôles déjà constitués en leur sein, il pourrait être envisagé d’installer ce pôle dans un tribunal proche de la Grande Cité phocéenne.
Je suggère, pour ce faire, le Tribunal d’instance de Tarascon, localité fluviale au charme indéniable et aux attraits innombrables, ancienne ville frontière entre le royaume de France et l’Empire germanique dont relevait la Provence médiévale, patrie de Tartarin, qui pourrait constituer la référence et le modèle incontournables des procureurs de la République de ce beau pays de France que le monde entier nous envie.
Un avocat marseillais.
 
 
Espagne.
Les autonomistes galiciens entrent au gouvernement.
Pour la première fois depuis la chute de la dictature, la droite a perdu les élections en Galice, région du nord-ouest de l'Espagne dont Francisco Franco lui-même était originaire. C'est le vote des émigrés galiciens, connu seulement le 27 juin, qui a fait basculer la majorité du parlement en faveur de la coalition du parti socialiste et du BNG autonomiste (Bloque Nacionalista Gallego, membre de l'Alliance Libre Européenne). Le PS obtient 25 sièges au parlement, et le BNG 13 sièges. Les Galiciens émigrés résident principalement en Argentine (100 857), en Suisse (33 020), au Venezuela, en Uruguay et au Brésil.
Le PP (Partido Popular), qui vient de perdre de peu cette élection, était dirigé localement par un ancien ministre de Franco, Manuel Fraga Iribarne, qui a présidé le gouvernement galicien depuis 1981.
Le BNG n'est pas inconnu en Savoie, puisqu'un de ses leaders, Camilo Nogueira, était présent au 7e. Congrès de la Ligue savoisienne, à l'automne 2002 à Sciez en Chablais.
 
 
France:
La grande braderie continue.
 
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Pour la première fois, un ministre français des finances a reconnu la gravité de la situation. Au cours d'une conférence de presse tenue fin juin, Thierry Breton a dressé un sombre tableau de la gestion de la maison France. La Cour des Comptes venait de rendre son rapport sur l'évolution de la dette publique. Désormais le produit de l'impôt sur le revenu suffit à peine à payer les intérêts de la dette de l'État, et l'ensemble de la dette publique (État, organismes de sécurité sociale, collectivités territoriales, entreprises publiques) pourrait doubler en cinq ans seulement, suivant un emballement prévisible par tous les mathématiciens.
La Cour des Comptes signale que le cas de la France est "rarissime" en Europe: non seulement son budget d'État présente un "déficit primaire" (l'État est en déficit avant même de pouvoir payer les intérêts de sa dette), mais encore la France fait partie des 4 États dont la dette s'alourdit (avec l'Allemagne, le Portugal et la Grèce) alors que tous les autres allègent le fardeau de leur dette publique.
Les hauts fonctionnaires s'activent donc pour colmater les brèches. Impuissants à contenir les déficits publics, ils vendent tous les actifs négociables.
Ayant vendu 20% du capital de Gaz de France début juillet (2,5 milliards d'euros), l'État mettra sur le marché 30% des actions EDF à l'automne. Le reste suivra, et les deux mastodontes industriels de l'État seront bientôt des entreprises privées.
Sans attendre cette échéance, le nouveau Premier Ministre (Galouzeau de Villepin) a lancé la vente de la totalité du capital des sociétés d'autoroutes ASF, SAPRR et SANEF. AREA fait partie du lot puisqu'elle est une filiale de la SAPRR, dont le président est le compassionnel Rémy Chardon, ancien président d'ATMB, la société gestionnaire du tunnel du Mont-Blanc. ATMB et SFTRF (autoroute de Maurienne et tunnel routier du Fréjus) sont elles-mêmes des filiales d'AREA.
La vente des sociétés autoroutières devrait rapporter 11,8 milliards d'euros à l'État, soit environ 1% de la dette publique française. Il n'y aura bientôt plus d'actifs à vendre pour boucher le trou financier.
Depuis peu, les dividendes versés à l'État par les sociétés d'autoroutes (600 millions d'euros par an) étaient capitalisés dans l'AFITF, Agence de Financement des Infrastructures de Transport en France. Cette caisse spéciale devait financer les grands travaux, notamment le Lyon-Turin. Elle recevra "un petit milliard" à l'occasion de la vente des sociétés d'autoroutes, mais ensuite, adieu les dividendes! Autant dire que le financement du Lyon-Turin n'est pas près d'être bouclé.
 
 
Bernard Accoyer ministre d'un jour.
 
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À chaque remaniement ministériel, le député-maire d'Annecy le Vieux déclare qu'il est comblé par sa responsabilité de président du groupe UMP à l'Assemblée nationale. Ses déclarations ne parviennent toutefois pas totalement à masquer les ravages qu'opère sur sa personnalité une trop longue attente d'un portefeuille ministériel.
Début juin, n'y tenant plus, il assurait la presse locale que Jacques Chirac lui confiait enfin un ministère. Sans attendre, alors que la composition du gouvernement Villepin n'était pas encore connue, L'Essor Savoyard publiait la (fausse) nouvelle en première page. Bernard Accoyer "ne savait pas encore dans quel ministère il allait poser ses valises: Santé ou Agriculture". Le lendemain on apprenait qu'il était à la Rue...
Sa longue fidélité à Jacques Chirac n'ayant pas le rendement escompté, Accoyer s'affiche maintenant ouvertement sarkozyste. Il le justifie avec sa finesse habituelle: "Seul un candidat populiste (...) peut l'emporter à la présidentielle. Sarko, lui, est populiste". Il va falloir que les journalistes mettent à jour leur vocabulaire: jusqu'à maintenant, le mot "populiste" était une sorte d'insulte réservée à l'extrême droite ou à la Ligue savoisienne. À Paris désormais, de beaux esprits aiment à rappeler que "dans populisme, il y a peuple". Il faudrait savoir...
Toujours est-il que le gouvernement dirigé par Dominique Galouzeau de Villepin est le premier, depuis environ 50 ans, qui ne comporte pas un seul ministre ou secrétaire d'État élu en Savoie. Qu'est-ce que cela signifie?
 
 
Des fruits tropicaux et du caviar bientôt produits en Suisse?
Un projet de production de fruits tropicaux et d'élevage de poissons d'eau chaude - "Maison tropicale et aquaculture à Frutigen" - est en cours dans le Kandertal, dans l'Oberland bernois. Il verra le jour grâce à l'eau chaude provenant du tunnel ferroviaire du Lötschberg, actuellement en construction. Ce tunnel est aménagé dans le cadre des Nouvelles lignes ferroviaires à travers les Alpes (NLFA). Au portail nord du tunnel, près de Frutigen, la montagne laisse échapper chaque seconde 150 à 200 litres d'eau chaude dont la température atteint 18 à 22 degrés Celsius.
Actuellement, l'eau chaude est dérivée directement dans la rivière Kander. Le Département de l'environnement, des transports et de l'énergie a décidé qu'après la mise en service du tunnel ferroviaire, prévue pour 2007, l'eau serait refroidie artificiellement avant d'être rejetée dans la rivière. Le projet de maison tropicale a été lancé par des milieux privés en guise d'alternative à ce refroidissement artificiel, à la fois cher et coûteux en énergie. Il comprendra une serre pour la culture de plantes et de fruits tropicaux et l'élevage de poissons (des tilapias), ainsi que des bassins en plein air pour l'élevage de poissons destinés à la consommation (surtout des esturgeons). Cette production devra être compatible avec les intérêts de l'environnement et des espèces et répondre aux normes de l'agriculture biologique.
Le projet constitue une alternative pour les milieux agricoles et il pourrait amener des emplois dans cette région de montagne, d'autant plus qu'on prévoit la transformation directe mais aussi la commercialisation d'une partie des produits sur place. Avec la future construction d'un centre pour les visiteurs et l'organisation de manifestations et de cours, le projet offre aussi des perspectives pour le tourisme et le commerce dans la région. Le coût de la maison tropicale et de l'aquaculture est devisé à environ 10 millions d'euros. Pour autant qu'on obtienne le financement et les autorisations nécessaires, la construction devrait débuter mi-2006.
Source : http://www.tropenhaus-frutigen.ch (de/fr/it/en)
 
Autriche : la plus grande centrale à bois d'Europe.
La plus grande centrale à bois d'Europe —sa puissance devrait atteindre 62 mégawatts— fournira de l'énergie propre à 60.000 ménages viennois dès le début du mois de juin 2006. La construction a débuté ce mois-ci à Vienne Simmering. Quatre cinquièmes des ménages vont recevoir de l'électricité et un cinquième d'entre eux de la chaleur, ce qui permettra d'économiser 144.000 tonnes de CO2 par année.
Reproduit de:
www.alpmedia.net

Tunnels alpins: avec la France, le désespoir est au bout.
Dans l'effort de report sur le rail du fret routier transalpin, la Suisse paraît avoir définitivement distancé la France et l'Italie. Les travaux de percement ont pris fin le 28 avril, exactement au milieu des 25 kilomètres du tunnel ferroviaire du Lötschberg, dans les Alpes suisses. Plus de 1000 invités, dont le conseiller fédéral Moritz Leuenberger, ainsi que des mineurs ont assisté à l'événement. L'écart entre la partie nord et la partie sud du tunnel atteignait 13 centimètres de côté et à peine quelques millimètres de haut. Le tunnel de base du Lötschberg, qui sera ouvert au trafic en 2007, fait partie des Nouvelles lignes ferroviaires à travers les Alpes (NLFA). L'autre voie nouvelle, celle du Gothard, sera ouverte en 2015.
Le 4 juin 2005, un incendie de camions dans le tunnel du Fréjus a tué deux chauffeurs slovaques, pris au piège des fumées asphyxiantes. Le tube a été gravement endommagé, il faudra plusieurs mois de travaux pour le remettre en service. Contrairement à la catastrophe du 24 mars 1999 au tunnel du Mont-Blanc, il n'est guère possible d'accuser de négligence la société concessionnaire du Fréjus. Les précautions de sécurité étaient importantes, et pourtant l'accident a pris des proportions énormes. Au-dessus de la chaussée, un couloir de circulation était aménagé, les équipes de secours devaient s'y déplacer en chevauchant des quads: dans les communiqués, jamais il n'a été fait mention de ces véhicules légers et rapides...
L'accident du 4 juin démontre, une fois de plus, qu'un feu banal, comme il s'en produit tous les jours sur les autoroutes, se transforme très rapidement sous terre en catastrophe. Le transit routier transalpin sera très longtemps exposé à des catastrophes coûteuses en vies et en matériels.
Depuis début juin, plus de 4000 camions se présentent chaque jour dans la vallée de Chamonix. Combiner cet afflux avec le trafic touristique estival ne sera pas une partie de plaisir. De telles épreuves, avec leur lot d'encombrements, de pollutions et d'accidents, se répèteront souvent au cours des 20 prochaines années au moins. Pourquoi? Parce que la France et l'Italie n'ont rien anticipé, rien prévu d'autre que d'actionner le tiroir-caisse des péages routiers.
La Commission européenne attendait le 30 juin dernier un plan de financement franco-italien pour le Lyon-Turin ferroviaire. Une fois de plus le délai n'a pas été respecté. S'il avait été, l'Union européenne pouvait financer les travaux au-delà même de 20% de leur coût. Sous la présidence de Tony Blair, qui ne manquera pas de s'étonner de l'inefficacité franco-italienne, il faut s'attendre à ce que les crédits européens s'orientent définitivement vers d'autres projets plus sérieux, qui ne manquent pas.
La voie ferrée ancienne (1871) passant par Modane est en travaux jusqu'à fin 2007 au moins, et bien plus en fonction des aléas techniques. Ces travaux ont pour objet d'augmenter le gabarit afin de permettre le ferroutage de tous les types de camions, car aujourd'hui les navettes Aiton-Orbassano ne peuvent charger que des citernes. Cette mise au gabarit moderne aurait dû être entreprise il y a 20 ans déjà, tout comme l'électrification et la mise à double voie du parcours Valence-Montmélian, qui pourrait ainsi jouer un rôle dans le transit alpin. Aujourd'hui c'est déjà trop tard. La Suisse captera l'essentiel du transit, mais la Savoie continuera à souffrir des nuisances des camions dont le trajet est décisivement plus court par son territoire.
Dans l'exploitation des voies ferrées (la "production ferroviaire") la Suisse marque aussi son avantage écrasant. La privatisation eurocompatible a accru l'efficacité du système tout en profitant à l'ensemble des opérateurs.
En France, le fret SNCF accélère sa "descente tout schuss" (selon la revue spécialisée Le Rail n°117, juin 2005, page 25): entre mars 2004 et mars 2005 le trafic a baissé de 15%; les sillons (horaires) affectés au fret diminuent de 18% en 2005, et le personnel devrait être réduit de 17% en 2 ans; le transport de conteneurs est en chute libre, entraînant des licenciements massifs dans les filiales.
Pendant ce temps, le fret ferroviaire suisse a réussi l'épreuve de la privatisation: +10% pour l'ensemble du fret, +18% pour le transport de conteneurs, et augmentation de 2 points de la part ferroviaire dans le transit alpin (de 63% à 65%). Le transporteur public CFF Cargo perd des parts de marché sur le transit en Suisse, mais en gagne en Italie et en Allemagne. L'opérateur privé BLS gagne sur tous les tableaux et augmente son activité globale de 62% en un an! D'autres transporteurs ferroviaires, allemands et italiens, ont pris place sur le marché.
En France aussi le fret ferroviaire international est officiellement libéralisé depuis plus d'un an, mais le premier train "privé" (tracté par une locomotive n'appartenant pas à la SNCF, pilotée par un mécanicien employé par la société Connex) n'a pu effectuer son modeste parcours, entre la Meuse et la Sarre, que le 30 mai, au lendemain du fameux référendum sur la Constitution européenne. Les cheminots fonctionnarisés font le maximum pour retarder l'application du droit européen. Tout pour multiplier le nombre des camions sur nos routes.
Les Savoyards qui croient encore à l'utilité de la France, de ses ministres et de ses technocrates feraient bien de méditer sur les éléments exposés ci-dessus. Et de se demander à quoi pourrait bien nous servir l'excédent fiscal de deux milliards d'euros, cadeau annuel des contribuables de Savoie à Paris...
Patrice Abeille, avec Jean-Claude Buffin.
Projet de recherche sur les nuisances environnementales le long des axes de communication alpins
ALPNAP, un nouveau projet financé par l'UE dans le cadre du programme Interreg IIIB "Espace alpin", a été lancé au début de cette année. Onze instituts de recherche, universités et institutions publiques en Allemagne, en France, en Italie et en Autriche collaborent en vue de contrôler et de réduire au maximum le bruit et la pollution atmosphérique dus au trafic le long des principaux axes alpins de transport terrestre. Il est prévu de créer un large réseau transalpin d'experts dans le domaine de la météorologie, de la pollution atmosphérique, du bruit et des effets sur la santé.
Les travaux d'ALPNAP se concentrent sur deux couloirs de transit : l'itinéraire du Fréjus, dans l'ouest des Alpes —qui relie Turin à Chambéry— et l'itinéraire du Brenner entre Rosenheim et Vérone, dans l'est des Alpes. De nouvelles méthodes de mesure et de simulation vont être testées le long de ces itinéraires. Il s'agit de démontrer leur applicabilité aux questions de qualité de l'air, de bruit et des effets sur la santé. Le but premier du projet est de fournir des bases de décision et d'argumentation aux autorités étatiques et aux responsables politiques, grâce à une méthodologie scientifique harmonisée sur le plan international. Le projet ALPNAP est devisé à deux millions d'euros et il s'étend sur trois ans.
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Se déplacer au nord d'Annecy: des soucis à court terme.
 
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Le pont de la Caille, pas si solide qu'il en a l'air...
 
La presse locale annécienne a alerté ses lecteurs sur l'état très dégradé du Pont de la Caille, principal ouvrage de franchissement des Usses entre Annecy et Cruseilles. Si la voûte en béton armé est encore solide, le tablier qui porte la chaussée devra être refait entièrement avant deux ans. Les travaux seront si importants que le passage devra être interrompu totalement pendant six ou sept mois. Dévier l'intense circulation de la RN201 provoquera des embouteillages gigantesques dans toute la région annécienne.
En 1999, les Savoisiens attiraient déjà l'attention sur la fragilité du pont de la Caille. L'Écho de Savoie (n°33, août 1999, page 12) donnait la parole à Louis Jacquemoud, de Cruseilles, qui annonçait: "Pont de la Caille: une catastrophe prévisible". À l'époque, la DDE assurait à tous les élus et à la population que ce pont datant des années 1930 ferait encore parfaitement l'affaire pour de nombreuses années. Aujourd'hui la DDE prépare l'opinion à endurer une longue coupure de la route Cruseilles-Annecy.
Quelle est la cause de ce revirement? Peut-être la dégradation du béton s'est-elle accélérée... Mais surtout, les lois récentes de décentralisation mettent les routes nationales à la charge des départements à partir de 2006! Le brave Ernest Nycollin devra donc se débrouiller tout seul pour financer la réfection du pont et répondre à la colère des contribuables et usagers de cette route très fréquentée. Il ne pourra promettre que des impôts (ou un péage?) et des embouteillages...
Les stratèges de la DDE osent espérer la construction rapide de l'autoroute A41, dont le projet comporte un nouveau pont sur les Usses, pour y détourner le trafic pendant la durée des travaux.
Que ce barreau autoroutier de 19 km, entre Allonzier la Caille et Saint-Julien, puisse être réalisé sans subvention publique, cela relève du "miracle", comme le dit Éric Fournier (voir son interview en page 1 à 3). Les éléments matériels du miracle n'ont pas à être livrés au public: l'association "Les Amis de la Terre" a demandé au ministre des Transports la communication du dossier d'appel d'offres et se l'est vu refuser (mais elle a saisi la CADA, Commission d'Accès aux Documents Administratifs). Que le "miracle" annoncé se réalise ou non dans le béton, il faudra d'autres miracles pour assurer la continuité des déplacements au nord d'Annecy.

 

La fondue n'est pas savoyarde mais savoisienne!
Un lecteur nous écrit en réaction à l'article que nous avons publié en mai (n°5 page 4) sur une question fromagère:
Il y a 6 ou 7 ans une radio de Genève (ONFM 102.7) avait posé la question de l'origine de la fondue: savoyarde ou suisse? J'écoutais l'émission en conduisant mon tram. Après plusieurs appels, la bonne réponse était arrivée (vérifications faites par des professeurs de l'Université de Genève): la fondue fut inventée en Valais par des bergers qui avaient trop de lait. Ils invitaient les voisins à boire le surplus en trempant du pain dedans, car à l'époque on ne connaissait pas la transformation du lait en fromage. Plus tard, on adapta le principe au fromage en utilisant du vin blanc, ce qui donna la fondue valaisanne.
Alors, suisse la fondue? Mais non: en ces temps anciens le Valais faisait partie du Duché de Savoie. La fondue est donc bel et bien savoisienne (et non bernoise).
Bernard Dupraz
 
 
Un cadeau prestigieux pour les amoureux de la Savoie et de son histoire: gravures de 1674 représentant la Savoie et cinq de ses villes au format 49 x 65 cm!
 
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L'éditeur annécien Itinera Alpina innove en publiant de magnifiques reproductions de 6 planches en couleurs tirées du célèbre Theatrum Sabaudiae:
— la carte de Savoie aux armes des provinces aux couleurs du 17e. siècles;
— les vues de 5 villes: Aix, Annecy, Chambéry, Rumilly, Sallanches.
Le Theatrum Sabaudiae fut une édition de prestige commandée en 1672 aux meilleurs graveurs et imprimeurs hollandais par Charles-Emmanuel II, Duc de Savoie. C’est en 1674 que Jean-Thomas Borgonio (1620 - 1690), un des plus grands dessinateurs européens du 17e siècle, exécute ses dessins en Savoie. En 1682 les graveurs d’Amsterdam livrent la première édition. Les gravures sont assemblées dans un magnifique ouvrage, le Theatrum Sabaudiae. Cette publication de prestige répondait à un objectif diplomatique: présenter, de la plus belle manière, les principales places fortes et villes de ses terres, aux princes étrangers.
Ces planches proviennent de l’exemplaire de la Bibliothèque Royale de Turin spécialement aquarellé pour le Duc de Savoie, Charles-Emmanuel II. Elles n’avaient encore jamais été reproduites en grand format. Afin de respecter l’original avec le plus de vérité possible, l'éditeur a apporté le plus grand soin au choix du papier et à la reproduction des coloris du 17e siècle.
La précision avec laquelle dessinait Borgonio permet de retrouver avec un réalisme exceptionnel nos villes telles qu’elles étaient il y a plus de trois siècles!
Tirage de 500 exemplaires sur un papier 250g (49 x 65 cm!). Chaque tirage est frappé à sec de la marque des éditions Itinera Alpina et du blason de Savoie. Rehauts dorés et encadrement sur demande.
 
Les prix:
— planche à l'unité 25€ (tirage limité à 500 exemplaires)
— la série de 6 planches 130€ (soit 21,66€ l'une)
 
Pour commander: s'adresser aux éditions Itinera Alpina
68, av. de la Mavéria - 74940 ANNECY-LE-VIEUX
Tél. : 04 50 23 90 71 - 06 09 14 42 61 al.bexon@wanadoo.fr

Tribunaux islamiques au Canada: la controverse continue.

Dans Le Savoisien n°3 (page 9), Jocelyne Cheul-Chatrian nous informait d'un projet né dans la province canadienne de l'Ontario: mettre sur pied des tribunaux islamiques pour juger les affaires familiales concernant les résidents musulmans.
Le projet, lancé par une ancienne ministre de la Justice de l'Ontario, Marion Boyd, continue de faire l'objet de controverse. En mai dernier, de passage au Canada, madame Yakin Erturk, rapporteure spéciale de l'ONU sur la violence contre les femmes, a lancé un appel sans équivoque: "Ne faites pas ça!". Elle-même musulmane, originaire de Turquie, madame Erturk a déclaré: "Cela équivaut à invoquer le droit à la différence pour justifier l'inégalité". Déjà des imams ontariens prennent des décisions dans des litiges familiaux; mais, selon la rapporteure de l'ONU, instaurer des tribunaux risquerait de donner force de loi aux interprétations les plus rétrogrades de la charia et d'encourager les musulmans à réclamer d'autres tribunaux dans d'autres secteurs.
Certains libéraux canadiens semblent favorables à de tels tribunaux, au nom de la liberté religieuse. Une grande partie des musulmans canadiens y est hostile, en particulier les groupes de femmes musulmanes. Le grand mufti de Marseille, Soheib Bencheikh, de passage à Montréal, a lui aussi pris position contre les tribunaux islamiques: "Est-il possible d'appliquer la charia dans des sociétés gouvernées par des constitutions qui défendent l'égalité des sexes?", a-t-il déclaré, ajoutant: "Il est illogique d'appliquer aujourd'hui des prescriptions conçues pour sauvegarder les intérêts d'hier".
Patrice Abeille (avec F. Rooster à Montréal).
 

Vénissieux: l'imam Bouziane relaxé.

En avril 2004, un imam de Vénissieux, Abdelkader Bouziane, avait défrayé la chronique. Bigame, père de 16 enfants, Bouziane avait accordé une interview à Lyon Mag. Il expliquait comment, selon le Coran, un mari doit corriger son épouse adultère: en la frappant, mais de préférence sur les jambes et non au visage, en lui faisant toutefois suffisamment mal pour lui ôter l'envie de recommencer. L'imam Bouziane fut expulsé de France en urgence; il réside actuellement dans l'ouest de l'Algérie et se consacre à la lecture. Il voudrait bien revenir en France, non pour reprendre des fonctions dans une mosquée mais pour s'orienter vers le commerce.
Au moment de l'expulsion de l'imam Bouziane, le Parquet républicain engageait des poursuites contre Lyon Mag, accusé d'apologie de crime. Bouziane n'était visé que comme complice.
Fort heureusement, le juge d'instruction avait mis hors de cause, par un non-lieu, le magazine lyonnais. Seul l'imam était donc poursuivi.
Dans son jugement du 21 juin, le tribunal correctionnel de Lyon considère que Lyon Mag a piégé cet imam "peu intelligent" et "pas très cultivé même dans le Coran", sans toutefois dénaturer ses propos. Mais ces fameux propos, qui recommandent de frapper la femme adultère, sont tirés tout droit du Coran. Le tribunal a vérifié: la sourate El Nour à laquelle se référait l'imam parle bien de "frapper", de "battre", de "corriger" les femmes adultères. Et le tribunal ne s'estime pas compétent pour juger le Coran, pour dire si le Coran est ou non compatible avec la loi française et européenne. L'imam a donc été relaxé, et va entreprendre des démarches pour son retour en France. Toutefois le Parquet a fait appel.
Cette affaire est significative. Les religions sont libres en France; or une religion en particulier comporte des préceptes contraires au droit français et européen; donc il est admis de professer de tels préceptes tant que leur application n'est pas constatée. Pourtant le Coran se présente comme un ensemble de règles d'origine divine, par essence supérieures aux règles établies par les sociétés humaines. Il y a là une contradiction à laquelle on ne peut échapper si l'on se refuse à soumettre une religion à la prédominance de la loi civile.
P.A.
 
 
La charia commande à Lille.
 
La mort d'Amar Bergham le 13 mai à Lille, un Français d'origine algérienne, a probablement déclenché la première application de la charia en France. Amar Bergham est décédé à l'âge de 56 ans d'un cancer. Ses trois enfants majeurs ont déclaré que leur père était devenu athée et souhaitait que son corps soit incinéré. La deuxième épouse d'Amar a exigé une sépulture conforme à la loi de l'islam: le défunt doit être enterré dans un linceul blanc et tourné vers la Mecque, sinon il n'ira pas au paradis.
Saisi le 20 mai de la querelle, le tribunal de Lille donne raison aux enfants. La deuxième épouse fait appel. La Cour d'appel de Douai se saisit d'urgence de l'affaire et confirme le 23 mai la décision de Lille en faveur de l'incinération. Mais à la mairie de Lille, la Conseillère municipale chargée de l'état civil prend un arrêté suspendant la crémation. Pas de sa propre initiative, mais sur demande du procureur de la République, informé d'un pourvoi en cassation de la deuxième épouse.
L'avocat de la deuxième épouse produit une attestation de la Ligue musulmane du Nord qui énonce: "seule une autorité judiciaire musulmane exerçant dans un pays musulman doit définir et vérifier les causes de l'apostasie d'une personne". Voilà qui est clair: l'apostasie (le fait d'abandonner une religion) condamne à mort l'apostat, selon les termes très clairs du Coran...
La Cour de cassation, fait exceptionnel, n'a pas traîné: quatre jours après le pourvoi, elle cassait le jugement de Douai et soumettait l'affaire à la Cour d'appel de Paris. Laquelle a rendu son arrêt le 3 juin. On ne voit nulle part dans cette affaire les "lenteurs de la justice"...
La Cour d'appel de Paris confie à l'épouse l'organisation des obsèques selon le rite musulman, au besoin en faisant rapatrier le corps en Algérie. En effet les juges considèrent que "M. Bergham est de tradition musulmane". Elle se range ainsi aux raisons islamiques, selon lesquelles une personne née musulmane reste soumise à l'islam indéfiniment, quels que soient ses choix personnels. Et celui qui abandonne ouvertement l'islam le fait à ses risques et périls, c'est-à-dire sous menace de mort comme on le voit notamment avec Aayan Hirsi Ali, la députée néerlandaise d'origine somalienne qui ne doit sa survie qu'à une forte escorte de gardes du corps.
La justice française a donc donné raison à la deuxième épouse de M. Bergham au détriment de la volonté du défunt exprimée par ses trois enfants. Un nouveau pourvoi en cassation a été formé par ces enfants, mais il n'est pas suspensif. En pratique, les musulmans ont réussi à imposer l'inhumation rituelle. Il ne s'agissait que d'un cadavre, mais les dernières volontés du défunt n'ont pas été respectées. Et il n'est pas douteux que le précédent sera invoqué lorsqu'il s'agira des droits d'un être vivant. La charia s'installe dans le droit français.
P.A.
 
Le peuple français n'existe pas!
 
Les révolutionnaires de 1789 ont mis à bas le roi de France pour instaurer la République. C’était le moyen pour la bourgeoisie d’accéder, au nom du peuple français, au pouvoir détenu par les aristocrates. Ce pouvoir, centralisé dès la victoire des Jacobins sur les Girondins en 1793, s’est trouvé continuellement renforcé par les générations d’hommes politiques qui ont cherché ainsi à assurer leur propre pouvoir. Le mythe du citoyen y a puissamment contribué, faisant de chaque Français un individu isolé face à l’État centralisé tout-puissant. Un citoyen qui dispose pour moyen de se faire entendre d’une démocratie parlementaire et de représentants aux ordres de Partis centralisés qui s’attribuent à tour de rôle les faveurs de l’État.
Les avantages ont été tels pour les gouvernants que ce système, la république à la française, a même été fortifié des apports de l’Empire et des monarchies constitutionnelles du 19e. siècle avant les Constitutions successives de la République Française. Tout ce cheminement vers le pouvoir absolu pendant plus de deux siècles a pour résultat d’avoir donné à la France un monarque républicain disposant de tous les pouvoirs et se trouvant à l’abri de toute sanction. Spectacle navrant pour les nombreux Français et les innombrables Européens qui sont guéris de l’illusoire "grandeur" de la France. Fausse grandeur et vraie décadence de la France qui tombe, toujours plus bas.
Heureusement, loin du mauvais spectacle qui se joue sur la scène politique, le pays réel continue à vivre tant bien que mal et s’occupe de ses affaires. Tout de même, il reste un problème préoccupant pour les gens de la pub: le consommateur ne réagit pas comme il devrait, c'est-à-dire comme un citoyen de la République française, un consommateur à profil unique. "C’est agaçant, évidemment" écrit l’Express qui présente les résultats d’une enquête réalisée en association avec une agence de pub (1). "Car c’est ainsi: selon la région où ils habitent, les Français se comportent de manières incroyablement diverses". Par exemple "selon la ville où ils habitent les Français ne mangent pas les mêmes plats, ne roulent pas dans les mêmes voitures, n’écoutent pas les mêmes musiques. Et pas seulement pour des raisons d’âge, de revenus ou de classe sociale. Les mentalités aussi diffèrent d’une région à l’autre".(2)
Il serait bien intéressant de savoir ce qu’il en est des habitants de la Savoie par rapport aux Français, mais l’enquête ne porte que sur cinquante villes et l’Express ne commente que les réponses les plus surprenantes.
Annecy est en fait la seule ville de Savoie étudiée, et elle se distingue sur plusieurs questions:
—Deuxième après Paris pour le pourcentage des foyers connectés à internet, Annecy est devant Lyon, Toulouse et Strasbourg avec 39,8% (moyenne France = 29,9%);
—Huitième avec 25,3% de femme minces de taille inférieure à 38 (moyenne France 19%), alors que Lyon est huitième avec 34,7% de femmes fortes de taille supérieure à 44 (moyenne France = 30,4%);
—Deuxième après Montpellier pour la fidélité à Arte, Annecy est devant Paris et Lyon avec 46,5% des foyers qui regardent régulièrement cette chaîne (moyenne France = 33,7%);
—Avec 55,9% de ses habitants propriétaires de leur logement Annecy est en dessous de la moyenne France (59,3%);
—Deuxième après Paris pour son niveau moyen des revenus Annecy devance les riches métropoles régionales que sont Rennes, Orléans, Toulouse, Lyon, Dijon, Grenoble, Bordeaux et Nantes!
—Avec moins d’inégalités que d’autres, Annecy est après Brest la ville où l’écart est le moins grand entre les plus hauts et les plus bas revenus;
—Annecy est aussi la ville où il y a le moins de chômeurs (7,1%) à égalité avec Rennes;
—On y va au cinéma 6 fois par an! C’est moins qu’à La Rochelle (7,74) mais beaucoup plus qu’à Maubeuge (1,09);
—Enfin, 78,7% des Annécien(ne)s habitent en immeubles, ce qui les met après les Strasbourgeois (83,8%) mais très au-dessus de la moyenne France (44,1%).
À qui ressemble donc cet(te) Annécien(ne) qui est si différent(e) des autres Français? L’énumération de ses caractéristiques, telles qu’indiquées ci-dessus et en commençant par les plus frappantes, donne un portrait plutôt étonnant:
Étant peu atteint par le chômage, il (elle) dispose de revenus élevés ce qui lui permet d’avoir un ordinateur connecté à Internet et de regarder souvent Arte dans l’appartement dont il (elle) est locataire. Ses voisins aussi ont de bons revenus. Il (elle) va souvent au cinéma seul(e) ou en compagnie car… il y a beaucoup de jolies femmes qui aiment sortir à Annecy!
Ce portrait robot qui ne retient que les traits les plus saillants est évidemment très sommaire, mais déjà intéressant pour le marketing: il dessine un consommateur aisé qui peut être ciblé sur Internet, Arte et le cinéma!
Ce fossé entre les habitants d’Annecy et le Français moyen se retrouve ailleurs sous d’autres formes. "Les entreprises généralisent souvent en disant: "les Français", et pensent que la France est seulement diverse par ses paysages. Or, du point de vue de la consommation, elle doit être considérée comme une somme de régions, et non comme un ensemble homogène"(2). L’Express ajoute: "Il faut donc se rendre à l’évidence. Si la France reste aussi diverse, c’est que, à la différence de l’Allemagne, de l’Italie ou du Japon, elle réunit des régions fondamentalement hétérogènes." Le démographe Hervé Le Bras le souligne "La France n’est pas une nation comme les autres: elle ne rassemble pas un peuple, mais cent".(3). Cent, c’est probablement une figure de style, car il n’y en a pas plus d’une dizaine: les Alsaciens-Lorrains, les Basques, les Bretons, les Catalans, les Corses, les Niçois, les Occitans, les Provençaux, les Savoisiens, sans compter ceux qui sont moins avancés dans leur revendication identitaire.
La République qui se glorifie d’être l’émanation du Peuple Français ne serait donc qu’un décor en trompe l’œil? Une supercherie élaborée et consolidée peu à peu depuis plus de 200 ans par des générations de politiques qui avaient tout à y gagner!
Il aura donc fallu une enquête de consommation dénuée de tout contenu politique pour dévoiler la vérité toute nue: le peuple français n’existe pas!
Réjouissons-nous Savoisiens! La société de consommation nous reconnaît le droit d’exister comme un peuple, libre d’acheter ce qui lui plaît où il veut!
Ce n’est peut-être qu’un premier pas que vous trouverez dérisoire mais l’Europe n’a pas commencé autrement que comme un marché, commun à tous les consommateurs! Certes, il reste beaucoup d’autres pas à faire pour devenir un peuple libre; libre de mener ses affaires, libre de construire son avenir comme bon lui semble. Pour y arriver il nous faut bousculer le décor poussiéreux et ridicule d’une République Française en carton-pâte et trouver notre place dans la future Europe des peuples.
Vive l’Europe! Vive la Savoie Européenne!
Jean Aymard.
 
(1) L’Express du 11 avril 2005, page 22 à 44.
(2) Les lecteurs qui veulent des preuves chiffrées les trouveront dans l’Express.
(3) Bernard Asseraf, directeur stratégie, études et marketing chez JCDecaux, cité par L’Express.
(4) Auteur de "L’invention de la France" (Hachette) et des "Trois France" (Odile Jacob), cité par L’Express.
 
Ne jetez pas vos piles à la poubelle!
 
(Suite de l'article paru dans notre n°4 page 5)
 
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Depuis janvier 2001, selon la législation française en vigueur, les fabricants, importateurs, commerçants, distributeurs détaillants ou grossistes sont tenus de collecter gratuitement les piles que rapportent les consommateurs, et d'en organiser ensuite le tri et le recyclage.
La grande distribution (comme Auchan ou Leclerc) gère le plus souvent ses propres filières, mais tous les magasins distributeurs ne "jouent pas le jeu". Les fabricants de piles préfèrent quant à eux déléguer la collecte et le recyclage en acquittant une cotisation financière à COREPILE. Et pourtant deux piles sur trois finissent encore à la poubelle! Pourquoi?
"Que choisir" a fait une enquête en mars 2004 et constate que trois ans après l'obligation de collecte et de recyclage, les vendeurs de piles sont encore loin de posséder une logistique performante.
Les constats: trouver le réceptacle de collecte des piles usagées relève du parcours du combattant, 40% des points de collecte sont peu ou pas visibles, ou l'aspect artisanal du réceptacle ne le rend pas identifiable; il faut se renseigner pour le trouver et le personnel n'est pas toujours sensibilisé à la nécessité du recyclage. Et pas la moindre affichette pour inciter le consommateur à une démarche de préservation de l'environnement.
L'usage d'appareils à piles est en croissance rapide (jouets, photo, video, téléphone...), donc le gisement de piles et d'accus usagés continue de grossir... alors que les sites de traitement ont la capacité de recycler la totalité de ces déchets.
L'Union Européenne a adopté une nouvelle directive qui imposera, à partir de 2006, la collecte et le recyclage des piles mises sur le marché, avec l'objectif de recycler 90% des piles vendues. C'est mieux qu'aujourd'hui en France, mais comment admettre encore que, si une pile sur 10 part à l'incinération ou à l'enfouissement, la filière sera considérée comme pleinement efficace?
À suivre, mais déjà pensez à ne pas jeter vos piles: elles sont très dangereuses pour la nature.
Marie-Françoise Mestrallet.
Union Santé Contre Pollution.
 
Religion et identité: des rapports complexes.
 
Après avoir fait paraître en 1999 aux Éditions Ellipses une Histoire de la Bosnie-Herzégovine, notre ami Thierry Mudry publie aujourd’hui chez le même éditeur un ouvrage intitulé "Guerre de religions dans les Balkans".
Il y expose le résultat des travaux qu’il a menés depuis quelques années, en qualité de chercheur associé à l’Observatoire du religieux d’Aix-en-Provence sous la direction du Professeur Bruno Etienne.
Le Savoisien l’a interrogé sur la teneur de ce livre et sur les enseignements qu’il est éventuellement possible d’en tirer pour la Savoie.
                        
 
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Albanais en costume traditionnel
dans les années 30-40.
Photo d'un colonel albanais à la retraite
et de ses deux filles qui avaient rallié
la guerilla albanaise en 1944.
 
 
 
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La mosquée du marché à Sarajevo.
Paramilitaires serbes (tchetniks)
entourant un civil croate après la prise
de Vukovar, en Croatie (1992).
 
 
 
Pourquoi ce livre?
 
Thierry Mudry: La Croatie a été, depuis 1990, avant même l’éclatement officiel de la Fédération yougoslave, le théâtre d’un conflit sanglant opposant aux Croates qui aspiraient à l’indépendance, l’armée yougoslave et les Serbes de la Krajina. Quant au Kosovo, province serbe à majorité albanaise, il était en proie à des troubles insurrectionnels depuis fort longtemps. La suppression de son autonomie à l’initiative de Belgrade en 1990 y a exacerbé le contentieux albano-serbe. Le conflit croate s’est étendu à la Bosnie-Herzégovine dès 1992, et le conflit kosovar à la Macédoine à partir de 2000.
Dans la mesure où ces affrontements ont mis aux prises des populations de confessions différentes (Croates catholiques contre Serbes orthodoxes, Bosniaques musulmans contre Croates catholiques et Serbes orthodoxes, Albanais musulmans et catholiques contre Serbes et Macédoniens orthodoxes), il était légitime de se demander s’ils n’étaient pas de nature religieuse.
J’ai tenté de répondre à cette question dans mon livre.
 
Qu’en est-il réellement?
Il apparaît clairement que les conflits entre représentants des différentes confessions dans les Balkans ne sont pas des conflits religieux: il s’agit en effet de conflits politiques doublés, depuis le 19e. siècle, de conflits identitaires.
Au Moyen-Âge, l’Église constitue l’un des piliers de l’ordre politique et social établi: l’Église catholique croate soutient le royaume de Croatie, l’Église orthodoxe grecque soutient l’empire byzantin, l’Église orthodoxe bulgare soutient le royaume puis l’empire de Bulgarie, l’Église orthodoxe serbe soutient le royaume puis l’empire de Serbie. Il ne s’agit pas d’un simple appui: chacune de ces Églises légitime le pouvoir local et, de ce fait, contribue à pérenniser son existence. Le pouvoir exige donc des populations qu’il contrôle, et en particulier de la noblesse, qu’elles adhèrent à l’Église dominante. Lorsque les Ottomans s’emparent des Balkans, ils détruisent les États médiévaux mais laissent en place les Églises locales qui conservent pieusement le souvenir des États balkaniques dont elles récupèrent, à l’instigation même des Ottomans, une partie des attributions: elles se voient ainsi chargées d’encadrer les chrétiens des Balkans et de gérer leur vie quotidienne, y compris dans tout ce qui avait trait au droit civil et matrimonial de ces populations.
Lorsque les États balkaniques renaissent au 19e. siècle, les Églises locales y conservent leur rôle de pilier de l’ordre en place. Mais, entre-temps, les sociétés balkaniques avaient subi, avec quelques décennies de retard, le même phénomène de sécularisation que les sociétés occidentales: les croyances et les pratiques religieuses y avaient considérablement régressé. Il n’empêche que l’Église demeure toujours source de légitimité pour le pouvoir local. Toutefois, elle n’est plus chargée de veiller à son caractère orthodoxe (au sens large du terme), à la conformité de son action politique au dogme chrétien: elle est chargée désormais de garantir que le pouvoir en place est bien "national", qu’il respecte et défend l’identité nationale des populations majoritaires.

 

Si l’on comprend bien, les Églises, qui ont protégé l’identité des peuples balkaniques sous l’occupation ottomane, ont persévéré dans ce sens à l’époque contemporaine?
C’est effectivement ce qui s’est passé. Les Églises balkaniques ont assumé une fonction de "quasi-État" du temps des Ottomans. Ces Églises ont maintenu une forte conscience historique et un puissant sentiment d’appartenance chez leurs fidèles. Quand s’est accompli le processus de nationalisation des populations balkaniques au 19e. siècle, quand ces populations ont commencé à s’identifier à des nations à l’instar du reste de l’Europe, elles ont assez facilement confondu appartenance nationale et appartenance confessionnelle, voire ecclésiale. Pour simplifier: les fidèles du patriarche de Constantinople ont fini par se dire grecs, les fidèles de l’exarchat bulgare ont fini par se dire bulgares, les fidèles de l’Église orthodoxe serbe ont fini par se dire serbes et les fidèles de l’Église catholique croate ont fini par se dire croates. Pourtant l’empire ottoman et l’empire austro-hongrois, auquel appartenaient la plupart des Croates, avaient connu d’importants brassages de populations et chacune de ces Églises comptaient des fidèles d’origines voire de langues différentes. Cela n’a pas empêché cette confusion.
Un seul peuple balkanique y a échappé au bout du compte: le peuple albanais. Les Albanais se répartissent en musulmans (70% en Albanie même, nettement plus de 80% en comptant les minorités albanaises hors d’Albanie), orthodoxes (20%) et catholiques (10%) et on a cru discerner dans cette multiconfessionnalité albanaise le facteur explicatif d’une identité nationale qui échappe à toute confusion avec une confession ou une Église. C’est un peu court: chaque nation balkanique, croate ou serbe, bulgare, bosniaque ou macédonienne, compte, au côté de la majorité orthodoxe (dans les cas serbe, bulgare et macédonien), musulmane (dans le cas bosniaque) ou catholique (dans le cas croate), d’importantes minorités confessionnelles de même ethnie. Le nationalisme albanais aurait pu choisir d’affirmer le caractère musulman de l’identité nationale et exclure du corps national catholiques et orthodoxes en se fondant sur le fait que les musulmans représentaient l’écrasante majorité de la population locale. Ses promoteurs ont cependant, dès l’origine, rejeté cette option.

 

Dans ces conditions, que faut-il penser du "retour (généralisé) au religieux" auquel il est souvent fait mention dans les médias?
De quelque côté que l’on se tourne (les Balkans ne sont pas seuls concernés) il n’y a pas aujourd’hui de "retour au religieux". On remarque en revanche une présence des institutions religieuses dans le champ politique (les Églises balkaniques sont indiscutablement des acteurs politiques) et une utilisation de la référence religieuse à des fins identitaires. Cette constatation n’a rien d’original. Nombre de chercheurs l’ont faite depuis des années et les enquêtes et travaux effectués notamment dans le cadre de l’Observatoire du religieux l’ont, depuis, maintes fois confirmé!
 
Une grande partie du livre est consacrée à l’islam balkanique décrit comme une religion autochtone en quelque sorte, et à l’empire ottoman, dépeint sous les traits d’un "empire européen". N’est-ce pas là une vision un peu provocatrice et bien éloignée de la réalité historique? Finalement, l’Europe ne s’est-elle pas construite contre l’islam conquérant et contre l’invasion ottomane?
L’islam est né hors d’Europe, comme le judaïsme et le christianisme, mais il s’y est implanté très tôt et s’y est "européanisé". Il était présent dans les péninsules ibérique et balkanique bien avant que la plupart des contrées d’Europe du nord ne soient gagnées au christianisme. D’autre part, tant en Europe qu’en dehors de notre continent, des éléments européens ont très vite joué un rôle dirigeant au sein de l’islam. Les Slaves ont rapidement pris la tête des plus puissants États musulmans: l’État fatimide, l’État omeyyade et, bien sûr, l’État ottoman, qu’ils ont d’abord servi, en qualité d’esclaves affectés à des tâches militaires ou de mercenaires, avant de les régenter. Quant au caractère européen de l’empire ottoman, il ne fait guère de doute. Cet État était européen pour des raisons à la fois géographiques et géopolitiques, idéologiques et démographiques. Une grande partie de ses possessions se situaient en Europe. Son projet géopolitique était d’inspiration romaine: le Sultan aspirait à reconstituer à son profit l’unité du monde romain. C’est pourquoi après s’être emparé de Constantinople, il tenta à plusieurs reprises de conquérir Rome et Vienne, la capitale des empereurs germaniques. L’idéologie qui le structurait était d’inspiration plus byzantine que coranique : ce n’est pas un hasard si le code impérial s’appelait le kanûn, déformation du mot grec désignant la loi. Enfin, une grande partie de ses sujets et l’essentiel de son élite dirigeante (recrutée chez les Bosniaques et les Albanais) étaient de souche européenne. L’affrontement pluriséculaire entre Occidentaux et Ottomans n’apparaît donc pas comme un choc de civilisations totalement étrangères l’une à l’autre et inconciliables mais comme une rivalité entre deux empires européens qui se disputent un héritage commun.
N’est-ce pas là un argument en faveur de l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne?
La république turque est née d’une rupture avec l’empire ottoman. Mustafa Kemal, en supprimant le sultanat en 1923 et le califat en 1924, a fait table rase du passé impérial. Les thuriféraires de Kemal seraient donc mal venus d’invoquer l’exemple ottoman à l’appui de leurs aspirations européennes! Je remarque par ailleurs que les traits européens propres à l’empire ottoman font défaut à la Turquie qui est un État dont une partie infime du territoire seulement se trouve en Europe.
 
Revenons à l’islam. Celui-ci ne représente-t-il pas aujourd’hui une vraie menace pour l’Europe?
Première précision: parler de "l’islam", comme s’il était un, homogène et monolithique, est déjà une erreur. On dénombre en fait une très grande variété d’islams. Il existe un islam arabe, un islam persan, un islam turc, un islam indien, un islam malayo-indonésien, un islam africain, un islam balkanique, un islam caucasien, un islam chinois… Il faut souligner que les Arabes sont très minoritaires parmi les musulmans: les plus nombreux sont de loin leurs coreligionnaires du subcontinent indien.
Mais à côté de cette distinction ethnico-culturelle, il existe bien d’autres différences: il y a d’un côté l’islam sunnite et de l’autre l’islam chiite. Mais au sein même de l’islam sunnite, qui regroupe 90% des musulmans, les divergences sont grandes dans l’interprétation du Coran et des dits du Prophète (il s’agit des propos qu’on lui attribue et qui font partie intégrante de la Tradition). Quatre grandes écoles s’opposent. L’école hanbalite (à laquelle se rattachent les courants islamistes radicaux et la version séoudienne de l’islam incarnée par le wahabisme) est la seule à se livrer à une interprétation littérale de la Tradition mais son influence est assez marginale, limitée à une partie du monde arabe et à quelques groupes activistes ailleurs.
Face à cet islam des oulémas, à cet islam des savants, étroitement lié au pouvoir musulman qu’il sert le plus souvent à légitimer, à la manière des Églises chrétiennes dans les Balkans, s’est affirmée dès l’origine une religiosité populaire tributaire de formes de piété héritées de l’ère pré-islamique, dans laquelle le culte des saints tient la plus grande place. L’islam des oulémas est également concurrencé, voire combattu, par l’islam des confréries soufies fort répandu à travers tout le monde musulman. Pour les soufis, ce qui importe est la quête de la communion avec Dieu à travers notamment certaines pratiques extatiques telles que la danse. Les soufis considèrent que l’étude du Coran et des aphorismes du Prophète est secondaire dans leur démarche et quand ils s’y adonnent eux-mêmes, ils sont enclins à considérer qu’il existe derrière leur sens littéral un sens caché, véritable, qu’il convient d’exhumer. Pour cette raison, beaucoup de soufis rejetaient les interdits posés par l’islam officiel. C’est encore le cas d’un grand nombre d’entre eux.
La diversité des islams s’est accentuée de nos jours avec l’exil en terre d’Occident de millions de musulmans, immigrés ou réfugiés. En effet, les croyances et les pratiques de ces populations ont tendance à s’estomper et à s’individualiser à l’image de celles des Occidentaux: l’islam vécu collectivement cède donc de plus en plus la place à un bricolage personnel qui répond à des impératifs de commodité ou de confort individuel. L’islam est lui aussi (hélas!) soluble dans la société de consommation: pour les musulmans d’Occident, il prend l’aspect d’un bien de consommation culturelle parmi d’autres et ne régente plus du tout leur existence.
Nous sommes bien loin dans la réalité de cette vision uniforme d’un islam offensif véhiculée par ceux qui dénoncent à grands cris les dangers de l’islamisation de l’Europe.
Il est vrai cependant que certains islams peuvent représenter pour l’Europe un réel danger: je veux parler ici de l’islam terroriste des ultra-radicaux et de l’islam des bandes de banlieues.
Le premier se place résolument sur la scène médiatique: il s’attaque d’une façon spectaculaire à des symboles de la puissance américaine ou du mode de vie occidental pour tenter de susciter des vocations au martyre et pour tenter de contribuer à la radicalisation des foules arabes. L’humiliation que les Arabes éprouvent face au déni des droits nationaux du peuple palestinien ou face au déploiement des troupes occidentales en Arabie séoudite ou en Irak est bien réelle. L’admiration que beaucoup (pas seulement dans le monde arabe) peuvent éprouver vis-à-vis des terroristes qui n’hésitent pas à sacrifier leur vie pour leurs idées l’est tout autant. Mais rares sont les imitateurs, et les foules arabes ne se mobilisent pas autour des thèmes véhiculés par les tenants du terrorisme islamiste: elles restent en fin de compte attachées aux thèmes nationalistes arabes même si elles les recouvrent d’un vernis islamique. Les islamistes radicaux restent somme toute très isolés. Leur passage au terrorisme n’est d’ailleurs que la conséquence de l’échec politique des mouvements islamistes qui n’ont réussi nulle part à s’emparer du pouvoir et à s’y maintenir, sauf en Turquie où ils ont dû composer avec le système kémaliste et abandonner la plupart de leurs revendications originelles.
Quant à l’islam des bandes de banlieues, il me paraît tout à fait comparable au catholicisme de la Mafia. Il est, pour ces groupes en rupture avec la société où ils vivent (rupture culturelle, rupture judiciaire), une référence identitaire: il contribue à maintenir leur cohésion, de même que le catholicisme a contribué à maintenir celle des gangsters siciliens dans l’Amérique anglo-saxonne et protestante où ils avaient émigré. Référence identitaire, il n’a, me semble-t-il, guère d’avenir comme référence politique. Sans doute dans un futur proche ses représentants préféreront-ils en effet chercher des accommodements avec des politiciens locaux peu regardants, comme l’ont fait les mafieux américains, plutôt que favoriser l’émergence d’un mouvement islamiste puissant en Europe.
La parade à ces dangers réels est à la fois politique et policière. Il faut, d’une part, permettre aux communautés musulmanes d’Europe de se dégager de la tutelle politique des pouvoirs extra-européens et des mouvances radicales qu’ils encouragent parfois en Europe (tout en les persécutant chez eux), en leur donnant les moyens de cette indépendance. Il faut, d’autre part, démanteler les réseaux terroristes et les bandes criminelles en se donnant les moyens d’y parvenir.
(suite de l'interview au prochain numéro)
 
 
 
Un grand verre de Belpomme c’est bon pour la Santé!
 
image 6-12 sans légende
Depuis la sortie de son livre(1) au printemps 2004, le Professeur Dominique Belpomme est venu deux fois en Savoie: à Chambéry en novembre et à Annecy le 22 juin dernier, pour évoquer "Cet environnement qui nous rend malade". Le message des deux conférences était identique à celui du livre et je l’ai déjà longuement analysé et commenté(2): la plupart des maladies actuelles proviennent de la dégradation de notre environnement et progressent d’une manière très préoccupante. Le nombre des cancers, par exemple, a doublé depuis cinquante ans.
Si le message reste le même et fait appel à une prise de conscience de la société civile, le ton du Pr. Belpomme a changé. L’an dernier c’était celui d’un notable qui faisait confiance aux politiques et en premier lieu au Président Chirac pour prendre en mains l’avenir de la planète. Mais cette confiance a visiblement été trahie: ni le Plan National Santé Environnement (mai 2004), ni la Charte de l’Environnement (février 2005) n’ont répondu à ses attentes. La stratégie de communication tient lieu de politique, la gesticulation médiatique remplace l’action. Cancre et persévérante dans l’erreur, la France continue à occuper, mais avec panache (!?), la dernière place de la classe Europe pour la protection de l’environnement.
Nous souhaitions l’an dernier au Pr. Belpomme de réussir dans ses fonctions "sans oublier que dans le monde politique, et en France en particulier, les promesses n’engagent que ceux qui y croient"(2). Maintenant, c’est fait, il n’y croit plus!
Mais que faire? Quand on est convaincu, comme Belpomme, que notre Société creuse la tombe de l’Humanité en continuant à tout miser sur le développement économique, que les politiques à la barre vont droit sur les écueils, shootés à mort par les lobbies industriels et financiers, et qu’on veut, comme Belpomme, croire en l’Homme et rester optimiste...
Il n’y a que deux solutions, à mon avis, et je vous conseille d’y réfléchir pour de bon:
—rester ou devenir schizophrène: "Je ne veux pas polluer mais je pollue quand même, je ne veux pas mourir du cancer mais je continue à fumer ou à laisser incinérer mes déchets, je veux avoir des enfants en bonne santé mais je continue à rouler en diesel, etc."
—retrouver la liberté de dire: "Non, ça suffit! J’en ai marre! Je ne fais plus confiance! Je veux savoir où on me mène et je veux comprendre pourquoi! Je veux décider moi-même de ce qui me concerne et de ce qui concerne mes enfants!"
Bien sûr il est plus facile de se dire qu’on est malade, ou qu’on est une victime, ou les deux à la fois(3) que de se rebeller contre le politiquement correct et la pensée unique. C’est un pas difficile à faire, qui vous engage à agir à découvert, à donner l’exemple pour encourager les hésitants.
Belpomme, tout notable qu’il est, a fait ce pas. Il dit que ça ne va pas continuer, qu’il va se passer quelque chose de grave, que c’est pour bientôt.
Les deux ou trois cents Annéciens réunis le 22 février à Bonlieu par les Amis de la Terre ont dû l’entendre comme moi. Ils ont dû être un peu secoués. Certains ont même pu être guéris de leur schizophrénie: Belpomme, c’est bon pour la Santé! Merci aux Amis de la Terre(4)!
"Soyez résolus de ne plus servir et vous serez libres" (La Boétie)
Pierre Ottin-Pecchio.
(1)Pr. Dominique Belpomme, Ces maladies créées par l’Homme, Ed. Albin Michel S.A.,Paris 2004
(2) L’Écho de Savoie n°74, août 2004 et n°75, septembre 2004
(3) Voir dans Le Savoisien les extraits de Libérer Sa Voie du Dr Fontaine
(4) Les Amis de la Terre, 2812 route des vignes, 74370 Villaz, www.amisdelaterre.org,
 
 
Libérer sa voie ? Libérer la Savoie ? Libérer Sa Voie !
 
Commencer par se libérer soi-même pour pouvoir libérer son pays, c’est le sens du message que nous adresse Michel Fontaine dans son ouvrage Libérer Sa Voie (à paraître) dont Le Savoisien publie de larges extraits.
Michel Fontaine, né en 1947, Docteur en Médecine, vit à Chamonix où il exerce la médecine générale depuis une vingtaine d’années après avoir consacré plus de dix ans à la recherche médicale en immunologie.
C’est de sa réflexion de chercheur, de praticien au contact des malades et de Savoisien passionné de montagne qu’il tire le message fort qu’il nous adresse aujourd’hui.
 
Revendiquer son individualité-identité de naissance ou de cœur, cela prend sa source dans la terre de Savoie, de Bretagne, de Lorraine ou de Corse ou encore de tout territoire définissant un niveau d'âme-identité quelle que soit sa localisation sur la planète. Cela fait partie de la redécouverte et de la reconnaissance de la nécessité vitale de plonger ses racines dans la terre où l'on vit, d'honorer une dimension de la création qui nous a fait naître et de comprendre que si ce niveau d'identité nous a été dénié par les ordres uniformisants en place c'était afin de nous déraciner, de nous fragiliser pour mieux nous asservir. Rappelons-nous les cœurs battants de la terre des régions où se sont développés les maquis de la Résistance, où s'enracinaient les fortes individualités des hommes qui ont osé prendre les armes pour tenir tête aux occupants nazis et au gouvernement collaborationniste de Vichy. Là vivaient encore des foyers d'âme qui n'acceptaient pas l'asservissement. Peut-être vivent-ils encore assez aujourd'hui pour refuser ce que leur bon sens et leur instinct de vie leur signalent comme dangereux.
Cet enracinement dans la terre d'origine et la force qu'il procure à l'être humain sont si réels et doivent être perçus comme un tel danger pour l'instauration de l'ordre uniformisant voulu par les technocrates qui font tourner l'État français, que ceux-ci mènent une politique insidieuse à long terme visant à faire disparaître la paysannerie. C'est de cette même logique mortifère que procéda la politique de Staline qui conduisit aux purges destinées à éliminer les paysans d'Union Soviétique. C'est de cette même logique que procéda la politique colonisatrice des États-Unis d'Amérique quand ils déplacèrent les tribus indiennes rebelles et les parquèrent dans des réserves loin de leurs terres d'origine, de façon à ce que leur déracinement puisse agir dans le sens de leur perte d'individualité-identité et de leur soumission définitive.
C'est de cette même logique que procèdent les tenants du mondialisme qui, à la place des intéressés, pensent que la négation des identités originelles, tribales, raciales, régionales, culturelles, spirituelles au profit d'une culture mondiale unique est une bonne chose. Ont-ils demandé à un Masaï du Kenya s'il avait jamais eu envie de leur ressembler, en costume-cravate-attaché-case dans un univers urbain, pollué, vainement agité, ou s'il préférait continuer à vivre sa vie de pasteur sur la terre de ses origines, dans sa tradition? Ont-ils demandé aux immigrés de toutes sortes s'ils n'auraient pas préféré continuer à vivre dans leur pays, leur culture d'origine, si eux, les mondialistes-néocolonisateurs, n'avaient détruit leurs moyens traditionnels de subsistance pour y substituer les leurs et créer leur dépendance, leur appauvrissement, ne les avaient acculturés par le miroir aux alouettes du mythe de la panacée de la civilisation occidentale, ne leur avaient, comble de la vanité, appris le mépris d'eux-mêmes en se définissant, eux, comme le modèle à reproduire? Comment vont ils pouvoir se retrouver après s'être ainsi perdus dans les chimères de l'occident immature et égocentrique? Vont ils cesser de se renier et renouer avec leurs racines, leur identité et leurs traditions, après s'être enrichis dans cette aventure? Vont ils accentuer le reniement d'eux-mêmes, leur déracinement pour singer les maîtres blancs?
Quels contenus donner à la mondialisation des échanges, si les différences entre les hommes, les races, les nations, les cultures se sont évaporées dans l'assèchement de l'uniformisation générale? Ce n'est qu'après avoir exploré la dimension de sa différence, qu'après être allé au fond du courant de vie de sa propre différenciation, qu'après avoir trouvé le sens de sa propre individualité-identité-conscience, que l'être humain peut accéder librement comme allant de Soi à la dimension du semblable dans tous les humains, du dénominateur universel par le haut qui s'enrichit de toutes les différences, qui considère la différence comme une bénédiction. Sinon, s'il a oublié la dimension de Soi dans laquelle il devait se faire naître, c'est une richesse potentielle qui lui manquera, qu'il ne pourra offrir aux autres et qu'il ne pourra reconnaître chez ceux qui en seraient pourvus. Plus il s'oubliera Soi, plus il niera son individualité-identité-conscience pour se fondre dans les "masses" inconscientes, plus il mettra "la charrue avant les bœufs", plus il mettra le collectif infantile avant l'être humain adulte, le semblable avant le différent. Il justifiera alors la loi du plus petit commun dénominateur qui tire l'homme vers le bas, vers l'absence de lui-même et de la vie.
Un arbre sans racines est un arbre mort. Plus un arbre a de vigueur et s'élève haut dans le ciel, plus ses racines plongent dans les profondeurs de la terre. Le temps est donc venu de faire revivre nos foyers d'âme et d'histoire, ces foyers d'enracinement dans notre terre-mère et notre mémoire, dans nos identités-mères issues de la création et de la nature, afin que la folie des hommes déracinés, uniformisés, "déconscientisés" d'eux-mêmes et des autres qui gèrent l'État français ou la mondialisation et qui ont la prétention de penser et décider à notre place, ne puissent plus avoir prise sur nous.
Dr Michel Fontaine
 
 
Les maladies causées par la pollution. Pourquoi incinérer les déchets?
 
photo 6-13: Le Fayet et Chedde en début de printemps.
À l’invitation de l’Adret, association de Saint-Gervais Le Fayet, les membres de l’Union Santé Contre Pollution (USCP) sont allés à la rencontre d’un public exposé aux risques créés par la pollution. Beaucoup d’habitants ne se doutent pas qu’au pied du Mont-Blanc la basse vallée de l’Arve concentre les polluants du fait de l’effet de vallée et de l’inversion des températures en hiver. Ces polluants proviennent de deux sources principales: le trafic autoroutier et l’usine d’incinération des ordures ménagères implantée à Chedde sur la commune de Passy.
La lutte contre la pollution par les camions ayant déjà été illustrée depuis des années par l’ARSMB (1) c’est à la pollution causée par l’usine que l’USCP s’est attaquée le 15 avril. Cette usine, baptisée "unité de valorisation des déchets", est gérée par le SITOM (2) des Vallées du Mont-Blanc, dont le président est M. Bernard Ollier, maire adjoint de Chamonix. Elle traite environ 50.000 tonnes de déchets par an, ce qui en fait la plus grosse unité de Haute-Savoie après celle du SILA (3) à Chavanod, près d’Annecy.
Après avoir remercié la municipalité et salué les personnalités présentes le Dr. Bernard Bluteau, Président de l’USCP, rappelait les dernières avancées dans le domaine de la protection de l’environnement.
L’article 1 de la Charte de l’environnement promulguée le 1er mars 2005 affirme que "Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et favorable à la santé". Ce qui devrait s’appliquer aussi dans la vallée de l’Arve!
Le Plan national santé environnement, entré en vigueur en juin 2004, part du recensement des impacts multiples de la pollution sur la santé et il conclut "Face à un tel constat, il y a urgence à agir, pour empêcher que ces impacts aillent à l’encontre de l’espérance de vie" (4). Ce constat a été établi par une Commission d’orientation, composée d’experts officiels, qui à propos des incinérateurs écrit: "...les pathologies observées autour des incinérateurs (...) peuvent être rattachées aux substances émises (dioxines, furanes, mais aussi plomb, mercure, divers hydrocarbures...)"(5). Ce qui s’applique aussi à l’incinérateur de Passy!
C’est de ces maladies causées par les incinérateurs que le Dr Bluteau a parlé ensuite, d’abord pour leur personnel, puis pour les personnes vivant à proximité, c'est-à-dire jusqu’à plusieurs kilomètres: des cancers, des malformations congénitales; des troubles de la reproduction.
Puis la question "Pourquoi incinérer les déchets?" a été abordée en prenant des exemples à l’incinérateur de Passy.
On peut comparer un incinérateur à une énorme chaudière qui fournit de la vapeur d’eau sous pression à un turboalternateur qui produit de l’électricité. Dans le foyer brûlent les ordures ménagères, les boues des stations d’épuration et les incinérables provenant des déchetteries, soit au total 50.000 tonnes par an; il est produit environ 24.000 mégawatts/heure d’électricité par an. C’est ce qu’on appelle la valorisation énergétique des déchets, terminologie utilisée dans la littérature officielle et volontiers reprise par la presse. C’est le bon côté, dont on parle, mais il y en a de moins bons dont on ne parle pas.
En effet, une chaudière fabrique aussi des gaz émis dans l’air, des cendres et des suies dont il faut pouvoir se débarrasser. Avec un incinérateur tout ce qui sort est dangereux et d’abord les dioxines et les furanes, des substances chimiques extrêmement toxiques qui n’existent pas dans les déchets et qui sont fabriquées dans le four par la combustion des matières organiques. On les retrouve dans les gaz sortant du four avec d’autres produits très nocifs, les métaux lourds. Il est donc obligatoire de traiter les fumées, pour éliminer le plus possible des dioxines, des furanes et des métaux lourds, qui se retrouvent avec la suie dans les résidus de filtration, les REFIOM (6), véritables concentrés de poisons. Le SITOM Vallées du Mont-Blanc en produit 1.600 tonnes par an, qui doivent être transportées par camion jusqu’en Haute-Saône pour être enfouis dans une décharge spéciale.
L’incinérateur produit aussi 12.000 tonnes de cendres appelées mâchefers, qui sont également imprégnés de produits toxiques et doivent être traités avant d’être en partie "valorisables" puisque le SITOM doit payer pour s’en débarrasser (7). La partie non valorisable doit être également mise en décharge.
En résumé, la "valorisation" de 50.000 tonnes de déchets par le SITOM produit des émissions toxiques, plus 15.000 tonnes par an de produits dangereux pour la santé et l’environnement, plus de l’électricité vendue à l’EDF pour un montant qui représente moins de 10% des recettes du SITOM, les 90% restant étant à la charge des communes, donc des contribuables locaux.
Le public a donc bien compris que l’incinération n’est pas un moyen acceptable de traiter les déchets. Il reste cependant la question suivante, posée par les élus municipaux présents: "Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre?" La réponse mérite d’être étudiée, ce que l’USCP va faire en évaluant les possibilités offertes par la méthanisation et le compostage des déchets, méthodes ignorées par la France mais développées à l’étranger(8) en complément de la réduction des déchets à la source. Cela pourrait être le sujet d’autres réunions publiques auxquelles l’USCP pourrait participer bénévolement à l’invitation des associations locales.
 
Pierre Ottin-Pecchio
Pharmacien
Vice-président USCP
(1) Association pour le respect du site du Mont-Blanc
(2) Syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères
(3) Syndicat intercommunal du lac d’Annecy
(4) Résumé du Plan national santé environnement 2004-2008, page 2.
(5) Rapport de la Commission d’Orientation du Plan National Santé Environnement, Agence française de sécurité sanitaire environnementale, page 50, 12 février 2004
(6) Résidus d’épuration des fumées d’incinération des ordures ménagères
(7) 11 euros la tonne, versés par le SITOM à des entreprises de travaux publics qui, dans certaines conditions, peuvent utiliser les mâchefers comme remblais routiers.
(8) Par exemple dans le canton de Genève.
 
 
 
Guiu Sobiela-Caanitz l'Européen.
(Suite du numéro précédent)
 
Monsieur Sobiela, vous collaborez à la Quotidiana, pourriez-vous dire quelques mots à ce sujet?
— Il s’agit d’un quotidien en langue romanche qui existe depuis sept ans, sauf erreur. Il a succédé aux petits journaux bihebdomadaires qui existaient dans les vallées. Vous savez que le romanche est traditionnellement morcelé à cause de son histoire très fragmentée. Chaque vallée fonctionnait comme une petite république. Il y a plusieurs romanches littéraires, qui ont aussi localement un rôle officiel. La Quotidiana propose des articles dans les différentes variétés de la langue, et aussi en Rumantsch Grischun (RG), cette langue synthétique crée par un Zurichois (Heinrich Schmid), pour les communications d’intérêt général. J’écris surtout en RG parce que je traite de sujets généraux. Si j’écris par exemple sur les élections aux États-Unis, il est évident que ça n’intéresse pas que les habitants d’une vallée, mais tout le monde. Mais si je traite d’un thème local, j’utilise le romanche concerné.
 
Je pense qu’il est certainement possible à un romanche de lire un autre dialecte que le sien...
— Pas toujours, justement, les dialectes ont certaines particularités. Le RG est compréhensible à 90% par tous, les 10% restants sont à étudier, comme pour chacun d’entre nous lorsqu’il lit un texte d’un certain niveau. Ce RG n’existe que depuis 21 ans, il a de l’avenir, mais il faut que les gens s’y habituent.
 
Ce quotidien romanche, a-t-il un écho parmi les Grisonnais parlant le Romanche?
— Oui, certainement. Seulement il existe parmi les Romanches un régionalisme extrême qui incite les gens à ne s’intéresser qu’à ce qui se passe chez eux, dans leur vallée. Ils préfèrent lire ce qui concerne le reste du monde dans des quotidiens en allemand, au lieu de s’intéresser à ce journal pourtant bien réalisé, par des professionnels. Le nombre d’abonnés est de 5000 à 6000, ce n’est pas beaucoup mais le quotidien se maintient.
 
Est-ce que des germanophones et des italophones s’abonnent au journal?
— Oui, il y en a. Je connais des abonnés germanophones, on trouve des abonnés jusqu’à Genève. En dehors de Suisse il y a ceux qui s’intéressent au romanche pour des raisons linguistiques, des universités par exemple. Je connais une Roumaine qui traduit du romanche, elle est abonnée à la Quotidiana.
 
Est-ce que le résultat des votations, qui ont donné un nouveau statut au romanche (9), a vraiment aidé cette langue?
— Oui, ça l’a aidée parce qu’elle est maintenant partiellement officielle aux yeux de la Confédération. D’autre part, comme nous l’avons mentionné en parlant de l’enseignement gymnasial, la base constitutionnelle existe pour que la Confédération aide le canton des Grisons à soutenir le romanche, à condition que le canton fasse le premier pas et ce n’est pas toujours le cas pour des raisons d’économie. L’article 70, qui était dans l’ancienne Constitution l’article 116, a été remanié en 1996, j’ai participé moi-même à la campagne pour son renouvellement, c’est là qu’ont été inscrites dans la constitution les dispositions essentielles en faveur du romanche, et justement, depuis lors on attend l’élaboration d’une loi sur les langues. Mais comme toujours il y a des gens qui sont pour et d’autres contre. C’est en partie l’Union Démocratique du Centre (UDC) qui estime inutile d’avoir une telle loi. Tandis que les autres partis y sont favorables, surtout les Démocrates Chrétiens et les Socialistes.
 
C’est intéressant de voir que l’UDC qui se pose en défense des valeurs suisses soit le parti qui justement refuse de défendre le romanche.
Il ne s’agit pas seulement du romanche, mais aussi de l’italien. Car l’article 70 de la nouvelle Constitution fédérale prévoit de soutenir le Tessin et aussi les Grisons dans leurs efforts pour la promotion du romanche et de l’italien. Bien que ce dernier ne soit pas dans une situation aussi dramatique que le romanche, il est parfois oublié au profit de l’allemand et du français.
Alors, est-ce que l’UDC se moque de la politique des langues? Est-ce que ça ne la dérangerait pas que l’allemand (ou même l’anglais) progresse au détriment des langues minoritaires?
— L’UDC pense qu’il faut laisser libre jeu aux forces naturelles. Ils vous diront évidemment, comme tout le monde, que la pluralité des langues est une richesse pour la Suisse, seulement ça ne leur coûte pas grand-chose de dire cela.
 
Monsieur Sobiela, vous êtes un Suisse modèle : vous connaissez toutes les langues du pays, vous vous intéressez maintenant même au francoprovençal qui n’est pas une langue reconnue dans ce pays, mais qui est quand même une langue de la Suisse, et puis vous collaborez à l’annuaire de la Nouvelle Société Helvétique. Qu’est-ce que vous pensez du pluriculturalisme suisse?
— Je pense que ce pluriculturalisme est une richesse qui donne une certaine agilité intellectuelle. Voici un exemple parmi d’autres: lorsqu’une entreprise italienne demande une offre de service ou de projet en Allemagne, on lui répond généralement en anglais, mais si elle demande la même offre à Zurich, on lui répondra en italien. Pourquoi? Parce qu’il est plus naturel à un Zurichois de savoir l’italien ou de trouver un collaborateur connaissant l’italien, qu’à un Allemand. Je connais le cas d’un Engadinois ayant fréquenté l’école primaire et le collège bilingue, comme tous les habitants de sa région. Il a ensuite appris facilement d’autres langues. Il a pu étudier en castillan et en anglais à Barcelone où se trouve un institut de réputation mondiale pour la gestion d’entreprises. Il a aussi appris le catalan qui ne pose aucune difficulté à un Romanche connaissant le français et l’italien. Après avoir terminé ses études il a tout de suite été envoyé par une maison suisse au Portugal où il a appris le portugais sans aucune difficulté. Tout cela parce que, en tant qu’enfant, il a tout de suite été confronté au romanche et à l’allemand.
 
Ce sont certainement les cantons plurilingues qui contribuent le plus au plurilinguisme suisse?
— Certainement, de même au Tessin on ne se pose pas la question d’apprendre l’allemand ou le français. On apprend l’allemand, le français, et l’anglais, qui progresse ici comme partout ailleurs.
 
Vous avez collaboré à deux revues ethnistes: Musicalbrandé (Turin), aujourd’hui disparue, et Europa Ethnica. Voulez-vous nous dire quelques mots de cette collaboration?
— Oui, j’ai collaboré avec deux revues s’occupant de problèmes ethniques en Europe. Je crois que cette collaboration fait prendre pleinement conscience aux ressortissants de toutes minorités ethniques qu’ils ne sont pas des cas isolés.
 
Les mots "ethnique", "ethnie", effraient souvent, surtout dans les pays francophones, et renvoient à une certaine conception du nationalisme qui a causé des malheurs terribles...
— Oui, et pourtant on sait que, en général, les ressortissants de petits groupes ethniques ou linguistiques sont souvent nettement les plus européens, car ils savent qu’ils ont tout avantage à avoir des relations directes avec les autres Européens, sans passer par la nation majoritaire dans leur propre État. L’Écosse, par exemple, qui n’est pas à proprement parler une minorité, mais une nation avec un statut spécifique, où le parti le plus européen est le Parti National Écossais, qui n’est donc pas nationaliste au sens chauvin, mais bien dans le dessein d’affirmer l’existence de l’Écosse comme une nation. Il en est de même pour les nationalistes catalans, qui sont pour un ancrage plus fort dans les institutions européennes. Bien sûr, l’ethnisme peut être chauvin, voire criminel, mais c’est au fond la négation de cet esprit européen, cosmopolite dans le meilleur sens du terme.
 
Pour conclure, j’aimerais vous poser cette question. Vous savez que cette interview va passer dans une revue en espéranto. Je sais que vous connaissez plusieurs espérantistes, que vous connaissez un peu la langue, alors que pensez-vous de l’espéranto? Pensez-vous qu’il a un rôle à jouer dans le multiculturalisme, et lequel?
— Je tiens tout d’abord à rendre hommage à un de mes vieux amis italiens, Andrea Chiti-Battelli, actuellement dans sa 84e. année. C’est un fédéraliste de la première heure. Il l’était déjà à l’époque du fascisme de Mussolini, il a travaillé avec de très grands européens comme Spinelli, par exemple. Andrea Chiti-Battelli a écrit plusieurs ouvrages sur l’espéranto comme langue de l’Europe, en s’appuyant sur les travaux d’une université allemande, celle d’Osnabrück en Basse-Saxe. Cette université a démontré qu’on devrait enseigner l’espéranto comme première langue à tous les enfants, ce qui favoriserait l’apprentissage d’autres langues par la suite. L’espéranto, comme première langue, serait plus utile que l’anglais qui n’est pas une langue aussi facile que l’on croit. Malheureusement des études comme celle de l’université d’Osnabrück ne sont pas assez connues. Je ne parle pas l’espéranto, je le regrette. Si l’espéranto possédait des domaines d’emploi plus vastes je l’apprendrais certainement.
(9) Le 10 mars 1996 un référendum a été présenté à l’Assemblée Nationale afin de changer l’article 116 de la Constitution. L’Assemblée a décidé à forte majorité de soumettre au vote populaire le texte suivant qui:
-répète que les quatre langues nationales sont l’allemand, le français, l’italien et le romanche;
-note que la Confédération et les cantons encouragent le dialogue et les échanges entre les communautés linguistiques;
-constate que la Confédération soutient les initiatives du canton des Grisons et de celui du Tessin pour maintenir et promouvoir le romanche et l’italien.
Ce texte a été accepté par 76% des voix.