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N° 13
avril  2006
 
Temps barbares.
Savoie indépendante: c'est tout bon pour l'économie, les entreprises, l'emploi!
Vers la paix civile au Pays Basque?
L'Allemagne réforme son fédéralisme en faveur des Länder.
La crise continue à l'Union valdôtaine.
Michel Barnier bien soigné par Mérieux.
A41 nord: derniers éclaircissements avant travaux.
CEVA: financement assuré jusqu'à la frontière française.
L'USCP soutient l'ARSMB.
La vie de Joseph de Maistre (fin).
Succès de la vénerie à "Chien-drieux".
Alpage et Plat Pays.
Parlez-vous le "franco-savoyard"?
La face cachée d'un envahisseur.
Les bonnes pâtes de chez nous.
La croix sur la montagne.
Bloc-notes. 
Le Léman va mieux, mais peut mieux faire.
C'est vous qui le dites.
Coup de gueule. Quand l'Avocat général Berlioz invoque la séparation des pouvoirs...
Tchernobyl: 20 ans déjà!
Amiante. Les histoires vraies, mais pas drôles, du Professeur Grignet.
Albertville: Ecoparc plus incinérateur!
Libérer sa voie? Libérer la Savoie? Libérer Sa Voie!
"La solution au problème de l'énergie": veni, vidi, Jancovici!
L'Alsace de Martin Hell.
 
 
 
 
 
 
Éditorial
Temps barbares.
L'enlèvement, le martyre et la mort d'Ilan Halimi nous ont fait encore un peu plus horreur. Le fait divers crapuleux signale un nouveau degré dans la barbarisation de l'Europe. C'était en région parisienne, mais nous venions de connaître, chez nous au Grand-Bornand, le massacre méthodique d'une famille pour de misérables motifs d'argent.
Plus loin (pour le moment), l'affaire dite "des caricatures de Mahomet" n'est pas terminée. Les malheureux Danois à peau blanche, lâchement abandonnés, menacés de mort, devront encore longtemps éviter de se montrer dans bien des pays et des régions du monde. Cette terreur qui frappe un pays libéral et paisible est une humiliation pour l'Europe. La barbarie progresse.
Le Savoisien n'a publié aucun des dessins du Jyllands Posten qui sont devenus un symbole de la liberté de la presse. On peut le justifier par le souci d'éviter la provocation, mais en vérité nous avons eu peur de nous mettre tout le monde à dos, même les "moralistes" de Charlie-Hebdo. La peur est un sentiment utile pour nous préserver du danger, et aucun homme raisonnable ne confond courage et témérité. Mais pour la presse, ne pas publier est aussi peu glorieux que publier. C'est reconnaître que les islamistes ont gagné une bataille, avec le soutien des intégristes de toutes les religions. Ayaan Hirsi Ali, jeune députée des Pays-Bas qui devra vivre le reste de ses jours sous la protection de gardes du corps pour avoir abjuré l'islam, avait raison d'accuser la lâcheté des media.
Nous ne sommes pas meilleurs que les autres. Mais nous portons un projet, celui de la liberté savoisienne qui comporte la prédominance du pouvoir civil. C'est notre honneur.
Patrice Abeille.
 
 
 
 
 
Savoie indépendante: c'est tout bon pour l'économie, les entreprises, l'emploi!
par Patrice Abeille.

 

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La Slovénie, un pays alpin libre en plein boom économique.
C'est un fait nouveau: l'actualité en Savoie, depuis quelques mois, est rythmée par les annonces de suppressions d'emplois, au fil des plans sociaux, des fusions et des fermetures d'entreprises. La menuiserie industrielle à Thonon, les capsules en aluminium à Cruseilles, le décolletage en Faucigny, la papeterie à Cran-Gevrier, Salomon à Rumilly et Annecy, UCAR en Tarentaise, et maintenant ST Dupont à Faverges (130 postes supprimés), sans compter les inquiétudes sur SNR (Annecy), le plus gros employeur de Haute-Savoie, sur Tefal à Rumilly, le deuxième... Le rythme de ces annonces de mauvais temps sur l'emploi est si rapide qu'un mensuel comme Le Savoisien ne peut plus en rendre compte. Nous sommes loin de la Savoie d'il y a dix ans, celle de l'expansion et de l'euphorie économique. C'est un retournement de tendance, que la Ligue savoisienne annonçait, dans l'incrédulité générale, en posant son fameux diagnostic: la France coule!
Les élus s'agitent autour de chaque mauvaise nouvelle, pour tenter de faire oublier leur totale impuissance. Il ne faut pas compter sur eux pour ouvrir des perspectives savoisiennes: pour conserver leurs places, ils se contentent de gérer les petits budgets que le système leur laisse, et s'en remettent docilement à Paris pour décider (ou le plus souvent ne pas décider) de notre avenir. Pour le moment les politiciens locaux se rassurent en observant que globalement, en Savoie, le chômage reste inférieur à la moyenne française. Ils savent bien, mais ne le disent pas trop fort, que la situation ne reste correcte que grâce à l'appoint des 40 000 salariés qui vont travailler en Suisse. Pourvu que ça dure...
Pendant ce temps la France se joue une fois de plus le psychodrame d'une guerre civile autour du fameux CPE, un contrat de plus, probablement mal ficelé, pas maléfique non plus mais assez éloigné des réelles difficultés des jeunes. Plus le conflit se politise, plus la situation se dégrade.
Il est donc temps de dire clairement aux salariés de Savoie ce que le projet savoisien (l'émancipation de notre pays) pourrait apporter de radicalement nouveau dans la sphère économique. Il ne s'agit pas d'un rêve romantique d'indépendance ni de la nostalgie des gloires passées de la Savoie millénaire. Il s'agit d'avancées très concrètes, déjà expérimentées avec succès par d'autres nations européennes.
1. Une marque "made in Savoy" dynamique.
Il suffit de voyager un peu pour le constater: la Savoie est inconnue dans le monde d'aujourd'hui, seuls quelques érudits s'en souviennent. Mais dites, dans n'importe quel pays, que vous venez de Genève, et votre interlocuteur situera immédiatement votre origine géographique. C'est la même chose pour le commerce international. La croix suisse est un symbole de qualité et de précision, elle fait vendre, et pas seulement des montres, des couteaux et du chocolat. Le "made in Germany" inspire confiance, et l'Allemagne est le premier pays exportateur du monde en valeur, devant la Chine! Même la France réussit encore à imposer ses parfums et ses articles de mode, son tourisme aussi, encore un peu ses vins et autres produits agricoles, autant de sources de devises dont elle a tant besoin.
La marque Savoie se cantonne bien discrètement à quelques fromages, vins et fruits. C'est une naine, un ectoplasme dans le monde des affaires. Tout changera lors de l'émancipation de la Savoie. L'indépendance braquera les projecteurs sur notre petit pays, lui faisant une publicité gigantesque, bien plus considérable et durable que les Jeux Olympiques d'Albertville.
2. Une simplification administrative.
Les entreprises croulent sous la réglementation qui arrive de Paris par vagues continuelles. Régulièrement le Conseil d'État et le Conseil constitutionnel mettent en garde contre la prolifération législative et réglementaire, mais ils ne sont pas entendus: le Parlement et l'Administration continuent à cracher des textes normatifs de plus en plus touffus et incompréhensibles même pour les spécialistes. Les entreprises perdent un temps et un argent considérable pour tenter de s'adapter à des normes complexes et changeantes. Les bulletins de salaire sont un bon exemple de cette complexité absurde.
La Savoie souveraine sera incapable de produire un tel maquis légal. Elle n'aura d'autre solution que de se doter d'une réglementation simple et peu variable: c'est ce qui convient aux entreprises. Le chiffre d'affaires des experts-comptables et des conseillers juridiques baissera, ainsi que le nombre des fonctionnaires, mais au bénéfice de l'économie savoisienne dans son ensemble.
La plupart des États qui nous entourent encouragent les entreprises par une administration simple et accessible.
3. Des prélèvements modérés et lisibles.
La Savoie libre n'aura plus à payer pour la gabegie française, dont la presse regorge d'exemples. Ses prélèvements obligatoires (impôts, taxes, cotisations) seront ajustés à ses besoins et non à des rêves de grandeurs ou à des monstres technocratiques. Ils seront donc allégés et simplifiés. La modernisation fiscale sera possible car les pesanteurs du système français auront disparu.
Par exemple, l'impôt successoral pourra disparaître comme chez nos voisins suisses et italiens. Ainsi les créateurs d'entreprises auront intérêt à les conserver et à les transmettre, au lieu de les vendre. La Savoie peut très rapidement devenir aussi attractive que la Suisse pour l'implantation des sièges sociaux d'entreprises européennes et pour les centres de décision européens de firmes mondiales.
Aucun État au monde n'a un système de prélèvements aussi compliqué que la France. L'Irlande et les États d'Europe centrale ont des systèmes légers et simples qui attirent les entreprises: leur prospérité progresse à pas de géants.
4. Une formation plus efficace.
Le système éducatif français laisse de plus en plus de jeunes sans formation et sans débouchés, alors que des secteurs entiers de l'économie ont de la peine à recruter. Même la formation continue (après l'âge scolaire), sous la double tutelle de l'État et de la Région Rhône-Alpes, est rigide, complexe et plutôt inefficace.
La Savoie émancipée sera dans l'obligation d'adapter rapidement son offre de formation aux besoins de ses jeunes et aux réalités de son économie. En insérant toute sa population active dans la production de richesses, elle poussera vers le haut la prospérité générale.
La Suisse, l'Irlande, la Slovénie sont quelques exemples proches de sociétés de plein emploi.
5. Une politique industrielle savoisienne.
Empêtrée dans son maquis de ministères, de DATAR, d'Agences, de pôles de compétitivité, d'arbitrages interministériels, d'enchevêtrements entre État, Région, Département, intercommunalités, communes, la politique industrielle française est illisible. La Savoie autonome aura un gouvernement responsable de sa politique industrielle, en liaison avec les centres de recherche et de développement. Les objectifs, plus restreints, pourront être plus facilement atteints.
Le Pays Basque sud (dans le royaume d'Espagne) donne l'exemple de ce qu'un petit gouvernement peut faire: liquider une industrie obsolète, favoriser des réseaux (clusters) d'entreprises innovantes, et passer en 20 ans de 30% à 6% de chômage.
6. Une plus grande prospérité pour tous.
Le partage de la prospérité entre salariés, cadres et actionnaires sera toujours contesté par les uns et les autres, au mieux dans une négociation, au pire par la grève. Les meilleures conditions faites aux entreprises, telles qu'exposées ci-dessus, devraient leur permettre d'augmenter à la fois les rémunérations et les profits. En tout cas, les arbitrages seront aux mains de syndicats savoisiens représentant les employeurs et les employés. Ces syndicats négocieront librement, sans s'aligner sur des organisations françaises dont la représentativité et même l'honnêteté laissent à désirer.
La Savoie, bien sûr, est libre de continuer sur le chemin commencé en 1860: tout attendre de la France, se cramponner aux "avantages acquis" jusqu'à la dernière disparition des statuts protégés, regarder le tissu économique se défaire, ne pas voir l'endettement, les déficits, la paupérisation, la spoliation au profit d'Européens plus chanceux, pleurer dans le gilet des députés, des maires et des sénateurs. Ne se préoccuper que de la France, faire comme si au-delà des frontières françaises ne vivaient que des sauvages. Mais alors, se plaindre serait un comble! Car, comme l'écrivait Georges Bernanos, "on n'attend pas l'avenir comme on attend le train: l'avenir, on le fait." P.A.
 
 
 
Vers la paix civile au Pays Basque?
Depuis le 24 mars 2006, ETA observe un cessez-le-feu permanent, annoncé le 22 mars. Après 40 ans d'actions clandestines et 850 assassinats, l'organisation indépendantiste clandestine déclare s'engager dans la voie politique et pacifique. Au Pays Basque, les familles des victimes ont exprimé leur soulagement et leur espoir. Mais l'inquiétude est bien palpable, car personne n'est sûr du caractère définitif de ce cessez-le-feu.
Le préalable de la violence étant levé, les négociations politiques devraient s'accélérer. Begoña Lasagabaster, députée basque (Eusko Alkartasuna, parti social-démocrate) au Congrès espagnol, et Nelly Maes, présidente de l'ALE (Alliance Libre Européenne, dont la Ligue savoisienne est membre) ont exprimé leur engagement pour une résolution pacifique du conflit basque, respectant le droit à l'autodétermination et les droits culturels et linguistiques.
Le Premier Ministre espagnol José-Luis Rodriguez Zapatero va continuer à jouer un rôle central dans cette négociation historique et très ardue.
Ibarretxe revendique le droit à l'autodétermination.
Un mois plus tôt, alors que l'annonce du cessez-le-feu d'ETA était en préparation, une controverse avait éclaté entre Zapatero et le président du gouvernement basque (Pays Basque sud) Juan José Ibarretxe. Le 22 février, Zapatero déclarait à Madrid, au parlement, qu'il ne négociera pas le droit à l'autodétermination, parce que "ce droit n'existe pas, ni dans l'ordre constitutionnel espagnol, ni dans celui d'autres pays démocratiques".
Le lendemain, le gouvernement basque publiait une déclaration officielle, dont l'hebdomadaire de Bayonne "Enbata" donne l'essentiel:
"Le droit à l'autodétermination n'est pas négociable (...) il n'y aura pas de normalisation politique sans un accord sur l'autodétermination. Le droit d'autodétermination est un droit démocratique directement lié à la faculté qu'ont les peuples de décider de leur destin, tel que le définissent la Charte des Nations-Unies et le Pacte international des droits civils et politiques de l'ONU. Il s'agit d'un droit que tout peuple détient et le nier implique la négation de la propre existence des peuples en général et d'Euskadi en particulier, ainsi que la négation d'un principe fondateur des Nations-Unies. (...) Ce que l'on doit négocier est l'exercice de ce droit par la voie du dialogue et un accord entre les formations politiques. (...) C'est toute la question, le contentieux politique en suspens depuis l'abolition des Fors en 1839, nullement lié et très antérieur à l'horrible et inhumaine violence d'ETA".
Le PNV (Parti Nationaliste Basque, qui contrôle le gouvernement basque) réaffirme le droit à l'autodétermination afin de jouer un rôle dirigeant dans les tractations ouvertes par l'interruption de la violence politique. Ce parti entend conduire l'émancipation du peuple basque.
Le droit à l'autodétermination est aussi le fondement de la Ligue savoisienne, qui l'a maintes fois affirmé, dans les mêmes termes que Juan-José Ibarretxe, face à tous ceux qui prétendent que la Savoie est française définitivement et sans possibilité de recours.
 
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L'Allemagne réforme son fédéralisme en faveur des Länder.
Le fédéralisme, il faut le rappeler sans cesse, est une philosophie politique, ce n'est pas un système ni un cadre figé. Aucun pays fédéral ne ressemble à un autre, chacun faisant évoluer ses institutions en accord avec son histoire et au gré des besoins nouveaux. C'est la souplesse et l'adaptabilité qui font le succès des formules d'inspiration fédérale.
Dans les pays à structure fédérale, il y a une concurrence permanente entre l'ensemble (la Confédération, la Fédération ou l'État fédéral) et les parties (les États, provinces, districts, communes,etc.). Le point d'équilibre, toujours instable et changeant, oscille entre l'un et les autres.
En Allemagne depuis 1948, l'ensemble se nomme Bundesrepublik (République fédérale) et les parties sont les Länder (pluriel de Land, "Pays"). Remarquons au passage que chez nous, ceux qui parlent des "Pays de Savoie" pour éviter de dire "La Savoie" vont involontairement dans notre sens, puisqu'ils désignent nos six provinces du nom de Pays, indiquant ainsi que leur destin naturel est de devenir les Länder d'un État fédéral savoisien...
Depuis 1948 l'Allemagne a connu une double évolution. D'un côté l'État fédéral s'est renforcé en développant ses politiques dans de nombreux domaines qui, au départ, n'appartenaient qu'aux États (Länder). D'un autre côté, les États n'ont pas relâché leurs pouvoirs: ils sont représentés par le Bundesrat, chambre haute du parlement, où siègent les délégués des gouvernements régionaux et notamment tous les ministres-présidents, chefs des exécutifs des Länder. Le Bundesrat a un droit de veto sur environ 60% des lois proposées par le gouvernement fédéral et votées par les députés allemands au Bundestag.
Cette situation a fini par engourdir la capacité d'action politique dans toute l'Allemagne. C'est pourquoi une réforme est en cours pour trouver un nouveau compromis.
D'une part, le Bundesrat perdrait une part de son pouvoir: il ne pourrait refuser que les lois ayant un impact sur le budget des États, et non plus l'ensemble des lois applicables dans les États. Mais d'autre part, l'État fédéral rendrait aux États (Länder) la compétence exclusive pour légiférer dans de nombreux domaines, comme l'environnement, la santé, l'éducation, la recherche, etc.
La réforme n'a pas encore été votée, mais elle a de bonnes chances d'aboutir car elle a été élaborée conjointement par les deux grands partis actuellement coalisés au gouvernement fédéral: le SPD (social-démocrate) et la CDU (démocrate-chrétienne).
 
 
 
 
La crise continue à l'Union valdôtaine.
Le principal parti du Val d'Aoste (majorité absolue au Conseil régional et 80% des municipalités) continue d'être agité par des dissensions internes, qui s'étaient largement exprimées lors de son Congrès du 29 octobre 2005 (voir Le Savoisien n°10).
Le Peuple Valdôtain, organe bimensuel du mouvement autonomiste, a publié l'ensemble des interventions à la tribune de ce Congrès; beaucoup de ces textes contenaient des critiques très rudes, évoquant le manque d'idéal et d'intégrité, le despotisme de certains dirigeants, l'opportunisme de beaucoup de responsables, et même la corruption généralisée de la société valdôtaine. La solution pour repartir sur des bases saines n'a pas encore été trouvée, puisque Charles Perrin, qui fut président de la Région autonome de 2003 à 2005, vient de quitter l'Union valdôtaine.
Pendant les discussions en vue de préparer les élections "politiques" (élections des députés et sénateurs italiens) d'avril 2006, le parti DS-GV (Democratici di Sinistra - Gauche valdôtaine), qui exigeait d'avoir un candidat député, a retiré son soutien à l'Union, entraînant la démission du gouvernement régional présidé par Lucien Caveri. Le Conseil fédéral de l'U.V. a aussitôt décidé de confirmer Caveri pour présider un nouveau gouvernement, qui comprend les mêmes assesseurs, rejoints par un représentant de la Fédération autonomiste, M. Leonardo La Torre.
C'est en effet sans l'appui des Démocrates de Gauche que l'U.V. continuera d'administrer la Vallée, dans une coalition avec deux autres alliés traditionnels, Stella Alpina et Fédération Autonomiste.
L'Union Valdôtaine a surtout convoqué un Congrès extraordinaire, qui se tiendra à Saint-Vincent du 2 au 4 juin 2006, pour réformer les statuts et ainsi tenter de sortir de la crise. Une commission de trois membres a été désignée pour préparer ce Congrès et "assurer la gestion du Mouvement": elle se compose de MM. Robert Vicquéry, Guy Grimod et Pino Cerise.
La Ligue savoisienne suivra ce Congrès avec la plus grande attention, malgré la difficulté de l'exercice. Patrice Abeille nous confiait son impression: "L'Union Valdôtaine semble combiner la prudence rusée du paysan de montagne avec la virtuosité dialectique du politicien romain"...
 
 
 
Michel Barnier bien soigné par Mérieux.
Selon nos informations, Michel Barnier n'était plus joignable depuis quelque temps au Conseil d'État, où il avait été recasé après son éviction du Quai d'Orsay. Quitter le Conseil d'État, même comme "placard", est assez rare... Mais l'Olympique a été choisi comme vice-président de Mérieux Alliance, la société holding du groupe lyonnais Mérieux (pharmacie, biotechnologies...). Entouré de sommités médicales, il ne devrait pas tarder à retrouver la grande forme, au moins sur le plan financier.
 
 
 
 
A41 nord: derniers éclaircissements avant travaux.
Le "demi-diffuseur" de Copponex sera réalisé: une entrée pour aller vers Genève et une sortie pour le trafic en provenance de Genève. Le projet de cet ouvrage était vigoureusement contesté par l'association locale présidée par André Charveys: selon lui, cet accès autoroutier annonçait la transformation rapide de la campagne, entre Cruseilles et Frangy, en banlieue résidentielle genevoise, avec un risque très important d'expulsion de fait des Savoyards. Bernard Bosson (député-maire UDF d'Annecy), pour amadouer les opposants à l'autoroute, répétait que le demi-diffuseur ne serait jamais réalisé: encore une promesse qui n'engageait...
Dès le retour de conditions clémentes, les engins de chantier vont affluer et s'activer sur les 19 km du parcours Allonzier/Bardonnex. Pourtant l'information est parcimonieuse sur la composition exacte des travaux qui vont être réalisés jusqu'à l'ouverture au trafic (payant, mais à quel tarif?) prévue précisément le 28 décembre 2008.
Le plan d'ensemble est visible sur le site du concessionnaire: www.adelac-a41.com
Ce plan comporte un tunnel à deux tubes de 2 voies sous le Mont-Sion, une double aire de repos au-dessus des ponts de la Caille, 4 viaducs (un grand sur les Usses et trois petits sur des nants), une tranchée couverte de 300 mètres sous le village du Noiret à Cruseilles, et le fameux demi-diffuseur de Copponex.
L'ouvrage se raccordera directement, d'un côté, sur le poste de frontière de Bardonnex, en alignement de l'autoroute de contournement de Genève, et de l'autre côté sur la barrière de péage de Villy-le-Pelloux, en direction d'Annecy.
La protection de l'environnement terrestre semble avoir été prise en compte, puisque de nombreux bassins sont prévus de part et d'autre de l'autoroute pour recueillir les eaux de ruissellement chargées de sel en hiver et d'hydrocarbures en toutes saisons. Des protections acoustiques sont également mentionnées en plusieurs points du parcours.
Les 19 km de l'A 41 nord coûteront 871,5 millions d'euros, dont 600 M€ d'études et de construction et 100 M€ pour le "rachat" du projet ATMB (la société concessionnaire de l'autoroute blanche et du tunnel du Mont-Blanc avait fait les premières études et commencé des travaux). 86% de ce budget sont financés par des emprunts, gagés par une concession de 55 ans d'exploitation du péage. La mise de capital est de 124 M€, les investisseurs associés sont principalement Bouygues, AREA et trois entreprises de BTP: Colas, GFC, DTP.
Une page se tourne dans le Genevois. Rendez-vous dans trois ans pour constater les conséquences.
 
 
CEVA: financement assuré jusqu'à la frontière française.
Le CEVA (Cornavin—Eaux-Vives—Annemasse) c'est le projet d'un "RER genevois", une liaison ferroviaire à la hauteur des besoins de cette agglomération de presque un demi-million d'habitants.
Le canton de Genève s'engage fortement dans la réalisation du CEVA: dès juin 2002 le Grand Conseil votait une autorisation de crédits de 400 millions de francs, sur un budget total de 950 millions (environ 630 millions d'euros).
Le 21 mars 2006 à Berne, le Conseil des États (qui représente les cantons) a voté à l'unanimité la part fédérale, soit un crédit de 550 millions de francs. Le Conseil national (l'autre chambre du parlement suisse) confirmera prochainement cette décision budgétaire.
La construction du CEVA est donc garantie sur le sol suisse. Les travaux ont déjà commencé. Si vous allez à Genève, vous pourrez voir l'avancement du chantier sur le côté ouest de la gare de Cornavin, où une voie nouvelle s'édifie à grands frais, compte tenu de la densité du bâti.
Mais le système CEVA n'a de sens que s'il est raccordé à la gare d'Annemasse, pour être utile aux frontaliers qui habitent cette ville et poursuivre vers Évian, la vallée de l'Arve et même Annecy.
Or du côté français, le financement ne permet de faire qu'une voie en surface avec des passages à niveau: on passerait du RER grande capacité à la micheline! Pour le moment, le CEVA conduit directement au sous-développement à la française...
 
 
L'USCP soutient l'ARSMB.
Le 5 mars 2006, l'ARSMB (Association pour le Respect du Site du Mont-Blanc) protestait contre la recrudescence du trafic des poids-lourds, qui cause des records de nuisances dans les vallées de Chamonix et d'Aoste.
Une autre association se joint à la protestation: l'USCP (Union Santé Contre Pollution) créée par des membres du Corps Médical et des professions de santé des Pays de Savoie.
L'USCP signale, dans un communiqué du 27 mars, le danger des gaz et des particules rejetés par les moteurs des camions. Le dioxyde d'azote est un gaz irritant qui provoque des troubles respiratoires et un accroissement de la sensibilité des bronches aux infections. Les particules fines entraînent des irritations et des allergies, et peuvent être cancérigènes.
C'est pourquoi l'USCP, en se référant au Plan national santé-environnement 2004-2008, soutient la protestation de l'ARSMB.
 
 
 
 
 
La vie de Joseph de Maistre (fin).
(Suite du récit tiré de la biographie de Joseph de Maistre par François Vermale, parue en 1927 dans les Mémoires et Documents de la Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie.)
Résumé de l'épisode précédent:
De 1804 à 1815, J. de Maistre travaille pour trois rois en même temps: Victor-Emmanuel Ier roi de Sardaigne, Alexandre Ier empereur de Russie, et Louis XVIII héritier du trône de France. Sur plusieurs fronts diplomatiques il mène la bataille contre Napoléon. Il devient l'ami du jeune comte de Blacas, favori de Louis XVIII, malgré un désaccord religieux: J. de Maistre réprouve le gallicanisme (doctrine de l'indépendance de l'Église de France vis-à-vis du Pape). De 1814 à 1817, J. de Maistre espère en vain une place de conseiller de Louis XVIII à Paris. Absolutiste intégral, donc hostile à la charte constitutionnelle octroyée par le nouveau roi, il est accueilli froidement à la Cour à l'été 1817 lors de son passage, en provenance de Russie et en route pour la Savoie.
Livre VIII: Le retour de l'émigré.
Chapitre I: J. de Maistre revoit la Savoie et le Piémont.
J. de Maistre, le 11 août 1817, était à Lyon. Le 14, il arrivait à Chambéry. Il n'y resta pas longtemps. Le 21 au soir, il partait pour Turin.
Sur son passage à Chambéry, J. de Maistre écrivit à son ami le comte de Blacas, ambassadeur de France à Rome: "J'ai passé six jours chez moi en venant ici. J'ai trouvé vingt maisons nobles, au moins, fermées, dans une ville de 12.000 âmes, toutes mes connaissances mortes ou dispersées, les hideux acquéreurs (de biens nationaux) à la place de tout ce que j'avais connu et aimé. Allons cependant, peu importe, encore quelques jours et tout est dit". Mais il n'y avait pas eu que des misères. Il y avait eu aussi des joies à ce retour. À Mme. Swetchine il donnait en effet un autre son de cloche. "J'ai été chez moi, où j'ai passé six jours dans une espèce d'enchantement continuel, environné de frères, de sœurs, de neveux, de nièces, de cousins, de cousines, caressé, fêté, célébré, gâté d'une manière inconcevable".
***
Sur l'accueil qu'il reçut à Turin, J. de Maistre parle dans une lettre à M. de Bonald: "Je ne connais point encore les intentions du Roi à mon égard. Je suis fort bien traité à la Cour, mais sans prévoir ce que tout cela signifie; il est vrai que je n'y tâche pas. Je n'ai pas fait une demande, ni une visite intentionnelle. Ma philosophie fait rire le Roi, qui me dira son secret quand il le voudra. En attendant, le public, dans sa bonté, me donne tous les jours un emploi auquel il ne manque que des lettres patentes de nomination".
Une lettre du chargé d'affaires de France à Turin nous fait connaître, à la date du 16 janvier 1818, que si J. de Maistre vient d'être nommé Premier Président honoraire avec 7000 francs de traitement et le titre d'Excellence, il le doit à l'intervention de l'Empereur de Russie. Peu après, M. de Blacas incitait J. de Maistre à demander le poste d'ambassadeur de Sardaigne près du Pape. (...)
***
En août 1818, un grand chagrin atteignit J. de Maistre. Son frère André, qui venait d'être nommé évêque d'Aoste, mourut après cinq jours de maladie. Il en envoya la nouvelle à Blacas: "Votre lettre est arrivée dans un des moments les plus pénibles de ma vie. Je viens de perdre le plus aimable et le plus aimé des frères, le nouvel évêque d'Aoste, mort dans mes bras après une maladie assassine de quatre ou cinq jours, que personne n'a connue. Ah! mon cher Comte, quelle perte! Elle empoisonne le reste de ma vie. Je ne vous parle pas du mérite de ce frère, de son éloquence, de ses travaux apostoliques, de son amabilité... Toute ma famille est atterrée de ce coup, et moi en particulier j'en suis demeuré presque hébété. Ce malheur, ajouté à tant d'autres, m'a conduit à un état d'apathie et de dégoût dont je n'avais pas d'idée".
Ses "autres amertumes" pour J. de Maistre, c'est qu'il commence à être fort inquiet sur sa situation matérielle. Est-ce que les temps de l'émigration continueraient? Récompenserait-on les "fidèles" par la ruine pure et simple? J. de Maistre avoue qu'il n'a plus que 36 000 livres en poche. Ce capital, joint aux 7 400 de traitement qu'il a, est insuffisant pour assurer sa subsistance à Turin. Il regrette qu'on ne lui ait pas dit aussitôt qu'on ne voulait le nommer qu'à la Première Présidence du Sénat de Savoie. Il en aurait pris son parti, et se serait installé tout bonnement à Chambéry. Il aurait économisé pas mal de frais. Il en faisait confidence à Blacas. "Mon frère aurait pu pousser un peu ma barque, il a disparu. Si cet état de suspicion dure encore, en vérité, je ne sais ce que je deviendrai. Vous voyez, Monsieur le Comte, que votre pauvre ami n'est pas couché sur des roses. J'ai voulu profiter d'une occasion sûre pour vous faire ce détail, afin que vous sachiez bien à quoi vous en tenir. La froideur qui suit de si longs services, les privations, les terreurs de l'avenir, la mort de mon frère, l'âge qui s'avance, d'excellents enfants qui font tout pour moi sans que je puisse rien faire pour eux, la nature du gouvernement, la jalousie des langues qui font de moi une espèce d'étranger, tout cela, mon très cher Comte, me jette dans un état cruel. Je tâche cependant de ne pas me laisser abattre. L'étude, les jouissances domestiques, qui ne sauraient être plus grandes, et quelques distractions mondaines, me suffiront pour passer le reste de mes jours d'une manière tolérable".
Cette "jalousie des langues", c'était l'éternelle rivalité au sein de la monarchie de Sardaigne entre les nobles piémontais qui parlaient l'italien et les nobles savoyards qui parlaient le français. Les ennemis de J. de Maistre se groupaient autour du comte de Vallaise, ministre des affaires étrangères à Turin. Ils travaillaient à le priver de tout grand poste dans la diplomatie. Ils lui reprochaient d'avoir été, en Russie, davantage le représentant de Louis XVIII que de Victor-Emmanuel Ier.
Le 15 décembre 1818, J. de Maistre obtenait néanmoins satisfaction partielle. Il était nommé Régent de la Grande Chancellerie à Turin et Ministre d'État. Par le premier de ces grades, il était à la tête de la magistrature et au-dessus des premiers présidents. Le titre de ministre d'État ne lui procurait pas un ministère, mais une place honorifique, à la Cour, pour lui et sa famille.
***
Au cours de l'année 1819, J. de Maistre, fatigué de lutter contre les mêmes préjugés et aussi las de la vie, songeait réellement à retourner en Savoie où il comptait retrouver son appartement de la place Saint-Léger et ses terres... Il est d'ailleurs plein d'espoir sur l'avenir de la Savoie et son rôle dans la monarchie sarde restaurée. Il disait au vicomte de Bonald: "Je suis très content de ma Savoie; elle présente de grandes espérances dans tous les genres, et surtout une volée de jeunes gens parfaits en principes et en talents; ils se font remarquer ici dans les collèges, à l'Académie, à l'Université, partout enfin".
Le retour en Savoie pour J. de Maistre n'était possible qu'avec la restitution de son patrimoine confisqué et vendu par la Révolution. Avec la pension que le Roi lui aurait accordée et les revenus de ses terres, il pouvait espérer vivre dans une retraite décente.
À la suite de la décision prise par Victor-Emmanuel Ier de ratifier les ventes de biens nationaux, tout espoir de retrouver ses biens en Savoie fut enlevé à J. de Maistre. Ce fut pour lui une vraie douleur, la fin de ses projets de retour au pays natal.
Le 29 mai 1819, il communiquait ses impressions à son ami de Blacas: "Je ne dois plus me faire illusion; il n'y a plus d'espérance pour moi; la fortune est femme, elle n'aime que les jeunes gens. Pendant longtemps j'ai pu me flatter de deux influences qui m'auraient sauvé: par des raisons bien différentes, l'une et l'autre m'ont manqué. Seul et sans appui, je ne peux vaincre l'opposition sarde qui redoute mes opinions, et qui est bien plus forte que le Roi. Sa main vient enfin de signer notre spoliation définitive en Savoie et à Nice. Le parti qui désirait cette signature avec une ardeur toute puissante, l'a obtenue enfin sous le voile d'une indemnisation partielle, et que je crois tout à fait illusoire: le père commun a cru bien faire, c'en est assez pour justifier ses intentions. Après lui avoir sacrifié nos biens et nos personnes, notre devoir est de lui sacrifier les révoltes de notre cœur et de le servir avec un redoublement de zèle digne de nous, car le Roi trompé n'est pas moins notre Roi.
Ce grand procès perdu me rend cependant ma chère patrie insupportable; je resterai donc ici si je le puis. Heureux père et heureux époux, je suis toujours bien chez moi, et c'est un grand article; ajoutez les livres, vous trouverez que c'est assez pour m'acheminer tout doucement vers "le diocèse de mon pauvre frère".
En vivant comme vous l'avez vu, c'est-à-dire en capucin bien élevé, j'ai fait quelques économies: je compte m'en servir pour acheter un jardin avec une maison au milieu, où je puisse vivre enfin, et mourir même, si je veux, sous un toit qui m'appartienne; voilà toute mon ambition".
Dès cette époque, J. de Maistre est bien décidé à acheter en Piémont, avec l'indemnité qu'il touchera au titre d'émigré, un domaine où il se retirera. À Blacas, qui lui avait offert un prêt de 1000 louis, afin de lui permettre d'échapper au spectacle de l'ingratitude dont il était l'objet et de se faire une retraite honorable, il répondit, en mai 1819, qu'il n'accepterait cette somme que lorsqu'il marierait sa fille ou acquerrait une terre.
Chapitre II: J. de Maistre reprend son rêve religieux. Du Pape. (1817).
Depuis le début de l'année 1817, J. de Maistre avait achevé la rédaction de son livre Du Pape. De ce manuscrit il était fort inquiet. La matière était délicate pour un laïque. En Russie, il n'avait travaillé qu'avec des ouvrages de seconde main; aussi craignait-il d'avoir commis des erreurs et des fausses interprétations? Il cherchait quelqu'un d'autorisé qui pût revoir au besoin son texte.
Il crut avoir trouvé ce personnage dans Chateaubriand. À son passage à Paris, il fit remettre par la duchesse de Duras le manuscrit Du Pape à l'auteur du Génie du Christianisme. Chateaubriand se récusa de façon tout à fait flatteuse. "Ce n'est point à l'écolier de toucher au tableau du maître", lui écrivit-il.
C'est alors que J. de Maistre songea à s'adresser à ses anciens compagnons de l'École de Théologie de Lausanne, dont nous avons parlé au chapitre I du livre III.
Qu'était devenu, depuis 1797, ce groupe énergique d'ultramontains savoisiens?
Le doyen de Thiollaz et l'abbé Rey étaient vicaires généraux de l'évêque de Chambéry. Ils lurent le manuscrit Du Pape, "y indiquèrent quelques corrections, et redressèrent quelques erreurs théologiques", mais se déclarèrent impuissants à trouver un éditeur.
Après eux, J. de Maistre s'adressa à l'abbé Vuarin, un des plus jeunes et des plus brillants parmi les prêtres réfractaires savoisiens réfugiés à Lausanne. L'abbé Vuarin avait été un des missionnaires les plus imprudents du département du Mont-Blanc sous la Révolution. Revêtu d'un costume de sous-officier de cavalerie de l'armée française, il n'avait, au temps de la grande Terreur, sous le Directoire, cessé de parcourir à cheval la Savoie et d'y exercer le culte catholique. En 1817, l'abbé Vuarin était curé de Genève. C'était un poste d'honneur où il luttait et soutenait des controverses incessantes avec les pasteurs protestants et le parti des momiers. De Genève, Vuarin travaillait encore à Londres à la fusion des Églises anglicanes avec l'Église de Rome. Il rêvait lui aussi de rétablir l'unité du christianisme. Vuarin ayant lu le manuscrit Du Pape, le soumit à un autre réfugié ecclésiastique savoisien à Lausanne, l'abbé Besson, pour lors vicaire général de l'Église de Lyon.
Ce fut Besson qui trouva un éditeur dans la personne du libraire Rusand, de Lyon, et un correcteur dans celle de Guy-Marie de Place, laïque très versé dans la théologie.
***
De Place était originaire de Roanne où il était né en 1772. À Lyon, il était professeur particulier. Il avait écrit de nombreux articles de critique littéraire et des brochures politiques où il prenait la défense de l'Église catholique. Il était devenu un collaborateur de l'abbé Vuarin dans ses polémiques écrites contre les protestants de Genève.
De Place fut, pour le Pape, plus qu'un correcteur, presque un collaborateur de J. de Maistre. "Il obtint, dit M. Latreille, des atténuations, des changements de toute espèce et la refonte de certains passages. Le texte imprimé ne nous apporte qu'un écho affaibli de la grande colère de J. de Maistre contre les ennemis de la Papauté; les violences éclataient furieuses dans la version primitive; les à peu près, les inexactitudes, les erreurs même s'y entassaient pêle-mêle. Ici, le développement était étranglé et se présentait sous la forme d'une énigme indéchiffrable; là, le paradoxe, procédé cher à ce disputeur, se perdait dans la bizarrerie; à son insu, l'auteur tombait dans les procédés des pamphlétaires et ne reculait devant aucune hyperbole; son Pape était un réquisitoire véhément, où étincelaient les pensées pénétrantes, organisées par l'épigramme ou éclairées par l'image". De Place eut assez d'autorité "pour provoquer une foule d'adoucissements". Il eut le talent d'alarmer l'auteur "sur l'effet que produirait un ouvrage aussi violent"; il mit ce succès au prix, si l'on peut dire, de sages atténuations. J. de Maistre lui écrivait vers le 20 juin 1818: "Si vous persistez dans l'opinion que l'ouvrage peut faire du bien, alors, Monsieur, il ne s'agira plus que des améliorations. Je commence par vous dire qu'étant fort attaché à votre nation en général, à laquelle j'appartiens par la langue (c'est tout au fond) et de plus, ayant la plus haute idée de votre clergé, je ne veux choquer ni l'une ni l'autre, mais que je veux absolument leur dire la vérité, au hasard cependant de les faire un peu crier. J'espère qu'un chirurgien n'est pas un bourreau... Si donc je n'avais pas effacé tout ce qui vous paraîtra dur ou offensant sans raison, je vous prie, Monsieur, d'y suppléer transverso calamo: j'approuverai tout".
Malgré ce qu'il en dit, le sacrifice de certaines épithètes dut particulièrement coûter à J. de Maistre. Il s'était fait une rhétorique de la violence afin d'étonner Paris ainsi qu'il en donna confidence un peu plus tard à Lamartine. Certains évêques français, les parlementaires de l'ancien régime, Bossuet, étaient copieusement "engueulés", comme nous disons aujourd'hui. Toutes ces colères, toute cette verdeur, toute cette vie disparurent du texte Du Pape. Nous le regrettons pour J. de Maistre qui aurait ainsi bien mieux apparu comme le premier des polémistes catholiques du XIXe siècle, le prédécesseur immédiat de Veuillot.
Ce travail de correction et de mise au point de l'ensemble du manuscrit Du Pape demanda à J. de Maistre deux ans de travail. Notre auteur avait passé par bien des crises de découragement. Soutenu par les abbés Besson et Vuarin, il les surmonta. Finalement, le Pape parut en fin décembre 1819; mais le livre sur l'Église gallicane, nécessitant des corrections trop importantes, J. de Maistre l'en détacha pour l'éditer plus tard.
***
Le Pape, qui devait, dans la suite, faire de J. de Maistre une sorte de Père de l'Église, n'eut d'abord à Paris qu'un succès très limité.
Le gouvernement français "donna l'ordre aux journaux qui acceptaient sa direction, de ne pas signaler au public le livre Du Pape". D'autre part, ce livre semblait avoir manqué son heure. En 1817, il aurait eu un plus grand succès, peut-être même un très grand succès, parce qu'à cette époque les esprits, à Paris, étaient échauffés par la question brûlante du Concordat nouveau que M. de Blacas négociait à Rome. Mais, en 1819, cette question n'était pas actuelle. Seul, en France, le petit groupe des ultramontains royalistes, réunis par Chateaubriand autour du journal Le Conservateur, salua l'apparition Du Pape comme celle d'un grand livre.
Le 25 janvier 1820, Chateaubriand ayant reçu un exemplaire Du Pape, écrivait à son auteur une lettre, qu'a retrouvée M. Ernest Daudet, et dans laquelle il disait: "M. le Comte, je m'empresse de vous remercier de votre beau présent. J'en connaissais déjà toute la valeur; mais les écrits d'un homme tel que vous méritent d'être lus et relus, et doivent être jour et nuit feuilletés. Nos libéraux vous insulteront sans doute, mais ces messieurs sont aussi méchants juges qu'ils sont mauvais citoyens. Vous avez pour vous tout ce qui fait la loi: les honnêtes gens, les gens de goût et la postérité... Le Conservateur se fera un devoir d'annoncer votre important ouvrage. Si vous avez quelques ordres à donner dans ce pays, veuillez me prendre pour votre correspondant, et croire que je suis l'admirateur le plus sincère de vos bonnes qualités".
 
Le Conservateur, sur ces entrefaites, disparut. Ce fut Le Défenseur qui le remplaça avec, pour principaux rédacteurs, Bonald, Lamennais, Saint-Victor, Genoude, etc. Le jeune abbé de Lamennais consacra trois articles au Pape, en juin 1820. Dans ce long compte-rendu, Lamennais faisait l'éloge de J. de Maistre homme d'État et théologien. Quant à Bonald, il informa son ami de Maistre de l'appréciation flatteuse de M. Fontanes sur le Pape.
Tandis qu'à Paris le monde officiel organisait autour Du Pape la conspiration du silence, à Chambéry, au contraire, ce livre rendait célèbre le nom de J. de Maistre. L'ancienne École de Théologie de Lausanne triomphait. Les deux vicaires généraux Rey et de Thiollaz publièrent, dans le Journal de Savoie, trois articles étendus.
Quant à Rome, elle garda à l'égard Du Pape une attitude prudente, pleine de réserve.
 
Chapitre III: Regain de fortune. (1821).
En fin 1819, J. de Maistre connut un regain de fortune à la Cour de Turin. Le comte Borgarelli, ministre de l'intérieur, avait accumulé tant de maladresses et de sottises, qu'il avait mécontenté toutes les classes du royaume. Noblesse, bourgeoisie, tiers état, se plaignaient de l'arbitraire de la justice, du militarisme, du désordre financier. J. de Maistre, avec le comte Prosper Balbo, apparaissait comme un des espoirs du parti des réformes. Victor-Emmanuel Ier, pressé par l'opinion publique, dut faire appel à leurs services. Le 28 octobre, J. de Maistre en prévenait son ami de Blacas. "Il vous souvient peut-être, Monsieur le Comte, de ce que j'eus l'honneur de vous mander un jour au sujet de ma destination présumée. Je ne puis douter, en effet, que je n'aie été ministre de l'intérieur pendant plusieurs jours. Mais c'est tout. Comme ailleurs, un parti dominant a fait tourner la chance et la place a été donnée au comte Balbo, ci-devant ambassadeur en Espagne et ministre d'État comme moi. Probablement on m'a rendu service, cependant je ne voudrais pas répondre en mon âme et conscience que ce fût l'intention de ceux qui ont fait tourner le vent. Au reste, on ne pouvait faire un meilleur choix que celui de M. le comte Balbo. De tout mon cœur, je lui aurais donné ma voix. Les circonstances m'appellent maintenant à la place de garde des sceaux. Elle est due, à ce que tout le monde dit, à ma qualité de ministre d'État, mais l'esprit souffle où il veut. Hélas! Monsieur le Comte, qu'est devenu le temps où j'étais inscrit dans un certain grand livre?..." Allusion non douteuse au fameux "dossier secret" qui l'avait toujours desservi dans sa carrière. Le 13 décembre 1819, il revient sur cette idée et, toujours étonné de la faveur dont il jouit maintenant parmi les Piémontais, il annonce à son ami de Blacas qu'on lui a "à peu près pardonné le crime" ou les crimes dont il aurait été coupable.
Mais J. de Maistre ne croit pas à toutes ces caresses de Cour. "Ici, il y a de belles apparences, de beaux titres qui se battent avec la fortune, et dans le fond, rien de solide".
S'il reste cependant dans les dignités quoique n'ayant pas de fortune, s'il "nage dans le courant des affaires" à l'âge où il "serait en droit de les quitter", c'est pour ses enfants. Sans eux, il "s'en irait dans le désert". Il a bien procuré à son fils aîné Rodolphe un état, il voudrait lui laisser néanmoins une terre. C'est une conviction ancienne qu'il a ancrée dans le tréfonds de son cerveau. Il y tient avec une ténacité paysanne. L'acquisition de ce domaine aura encore un autre avantage: il lui permettra d'avoir, comme il le dit, "un tabernacle" pour sa retraite.
***
Sur ce, J. de Maistre marie à Valence son fils Rodolphe, devenu colonel à l'état-major de l'armée sarde, avec la fille aînée du marquis de Syager, ancien officier de la marine royale. Ce mariage, à son dire, réunissait toutes les convenances et promettait d'être heureux. Mais "tout mariage est un coup de dés", concluait J. de Maistre. Je ne me flatte point trop, malgré l'excellence de la demoiselle".
Le 23 août 1820, il annonçait à Blacas: "Je suis dans la plus grande des attentes: le jeune couple va m'arriver. Quel moment pour un bon papa! On me dit que la nouvelle dame commence à être un peu incommodée. La chose est très possible et j'approuve tout ce qui a été fait pour amener la maladie. Je n'aurais pas osé vous tenir ce propos lorsque vous étiez garçon, ne sachant rien de rien: mais, à présent, il n'y a pas d'inconvénient".
***
Sur ces entrefaites encore, J. de Maistre trouva enfin à acquérir un domaine en Piémont. Il en fait part aussitôt à de Blacas, lequel avait offert de lui prêter 1000 louis: "Je suis donc votre débiteur! Qui me l'aurait dit? C'est une belle conquête pour moi, mon très cher Comte, que celle de votre grand cœur. Une première acquisition de 136 000 francs commence mon établissement dans le pays pour lequel je n'étais pas né; car je devais vieillir dans mes montagnes. Mais à l'époque où nous vivons les hommes sont menés par une force qui les entraîne et la raison ne sert de rien".
Cet enracinement en Piémont lui coûte, surtout à cause de la langue. Il ne parlera plus français comme en Savoie, et il le regrette. Cependant le devoir de la noblesse est d'avoir une terre, de restaurer les vieilles demeures. Il déplore que les vieilles familles, en Savoie et en Piémont, vendent leurs domaines pour se "jeter sans trop savoir comment à Turin". Il compte que trente familles nobles de Chambéry ont quitté leurs maisons. "Bientôt, la terre ne supportera plus que des groupes et le peuple ne verra plus les familles antiques... Je pense tout comme vous sur les restes précieux des anciennes habitations. Si j'avais l'honneur de porter un nom historique (dans un grand pays surtout), je défendrais la dernière pierre".
Devenu Piémontais, J. de Maistre est plus que jamais anti-autrichien. Il craint pour la royauté sarde, comme pour le reste de l'Italie, la politique de conquête de Metternich qui, sous prétexte d'intervention en faveur des maisons régnantes, tend à asservir toute la péninsule à l'Autriche. "En songeant à certaines positions, et au défaut d'équilibre, je frissonne... Qui sait ce qui se machine à Trappau... Priez pour nous, cher Comte, vous qui êtes près des belles églises".
Chapitre IV: Mort de J. de Maistre.
La mère de Lamartine, qui avait vu J. de Maistre en Savoie lors du mariage de son fils avec Mlle. Birch, notait déjà dans son Journal, en fin mai 1820, "qu'il paraissait assez malade".
Dans une lettre du 22 janvier 1821, lui-même annonçait qu'il avait été fatigué et qu'il était resté étendu plus d'un mois, à peu près paralysé des deux jambes. Cependant, le 21 février, il dictait encore une lettre pleine de verve au marquis d'Azeglio pour le remercier de l'envoi d'un panier de raisins.
Durant ses derniers jours, il demandait qu'on lui lût L'Imitation et la Bible dont il ne pouvait entendre certains passages "sans pleurer d'admiration". Le 25 février, il se fit lire le IVe. chapitre de Saint Jean (celui de la Samaritaine), le psaume 28 dans lequel David célèbre la personne de Dieu qui foudroie les cèdres du Liban, donne la force avec la paix à son peuple, et enfin le Ier. chapitre du livre IV de L'Imitation sur les bienfaits de l'Eucharistie.
Le 26 février 1821, J. de Maistre mourait.
La nouvelle de sa mort se perdit dans le bruit de l'insurrection carbonariste qui éclata à Turin le 10 mars 1821 et qui fut suivie de l'abdication de Victor-Emmanuel Ier en faveur de son frère Charles-Félix.
 
Ainsi s'achève la biographie de Joseph de Maistre par François Vermale.
 
 
 
 
Succès de la vénerie à "Chien-drieux".
Les 18 et 19 mars se sont rassemblés près de Chindrieux, en Chautagne, de très nombreux passionnés de chasse au chien courant. Le succès du concours de meutes sur sanglier, organisé par l'AFACC de Savoie et les chasseurs locaux, a dépassé toutes les espérances. L'AFACC, c'est l'Association Française pour l'Avenir du Chien Courant.
Les marais de Chautagne réunissent toutes les qualités requises pour ce genre d'exercice. Les concurrents, juges, suiveurs et organisateurs peuvent participer et observer les épreuves de manière aisée avec l'appui des guides de tous les villages. Ce magnifique paysage de Savoie, en Chautagne, a donc toutes les chances de devenir le rendez-vous printanier incontournable dans le milieu de la cynophilie cynégétique. L'esprit de ces compétitions, dans lesquelles aucun sanglier n'est tué (puisque seul le travail des chiens est noté) permet une véritable sélection au sein des différentes races spécialisées dans la difficile "voie du sanglier". Voilà donc le meilleur outil de promotion dont les éleveurs canins pouvaient rêver.
 
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Alpage et Plat Pays.
 
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Il existe une foule de livres qui évoquent, en textes et images, un des aspects les plus "carte postale" de la Savoie: l'alpage, avec ses transhumances de bêtes et d'hommes, sa vie rude dans des paysages incomparables. L'intérêt de la réédition des écrits de Guy Chatiliez tient largement à l'originalité de son point de vue: il est à la fois d'ici et d'ailleurs, un peu "monchu" et un peu fils du pays, son cœur penchant visiblement pour l'exaltation de ses racines montagnardes et savoisiennes.
Guy Chatiliez, né en Normandie en 1922, vécut toute sa vie active dans le Nord, à Tourcoing, où il fut journaliste, militant chrétien à la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, militant politique au MRP (parti démo-chrétien) puis au Parti Socialiste. Conseiller régional à partir de 1974, il finit sa carrière comme maire de Tourcoing de 1977 à sa mort en 1979.
"Alpages de mon enfance" est le seul livre écrit par Guy Chatiliez, qui le publia l'année même de son élection de maire, en 1977 donc. Il y rassemble ses souvenirs de l'alpage d'Habère-Lullin, dans la Vallée Verte, qu'il a connu pendant ses vacances d'enfant, dans les années 1930 et 1940, et qu'il a adopté comme point d'attache en y restaurant un chalet.
Venant de la France du Nord, Guy Chatiliez s'étonne de toutes les particularités de la vie des montagnards de Savoie, qui eux-mêmes ne prendraient peut-être pas la peine de les décrire tant elles leurs sont familières. Mais il est aussi le fils d'une femme d'Habère-Lullin, donc le petit-fils de Jean Judith, un patriarche à l'autorité intimidante, qui mène la double vie d'alpagiste l'été et de colporteur l'hiver dans l'est de la France. Dans les souvenirs de Guy Chatiliez se mêlent donc intimement la curiosité ethnographique et les sentiments profonds de l'attachement à la terre ancestrale. C'est cette combinaison qui fait son charme.
Sans connaissances linguistiques, l'auteur remarque l'importance du francoprovençal qu'on appelle "patois":
 
À l'époque on trouve encore des enfants qui ne parlent que le patois, ce qui complique la tâche de l'instituteur ou de l'institutrice quand les petits montagnards arrivent à l'école pour apprendre à lire ou à écrire.
Cependant la connaissance du patois ne présente pas que des inconvénients. C'est au moins l'avis d'une institutrice de la vallée, la Laure. Elle explique:
"Les enfants qui ont parlé le très bon patois du pays ont toujours été très forts en rédaction une fois acquise la maîtrise du français. Le patois savoyard est riche en vocabulaire. Il ne compte pas moins de sept mille mots usuels pour cinq mille dans la langue française. Il se rattache un peu à la langue occitane et se caractérise par une grande précision dans la signification des mots. Un exemple: dans la langue française, quand on dit "un grand sapin", on utilise un nom et un adjectif, donc deux mots, alors que dans le dialecte savoyard il n'en faudra qu'un, car il existe six noms différents pour désigner un sapin, suivant qu'il est grand, petit, tordu..."
Le Nordiste observe aussi la subtile organisation sociale qui permet la vie dans les rudes conditions de la montagne: elle combine la solidarité sans faille des paysans pour construire ensemble les "granges" (que l'on appelle aujourd'hui des chalets) et faire face à toutes les calamités climatiques, avec l'âpreté de chaque propriétaire terrien et son lot de litiges autour des bornes et des limites, litiges parfois arbitrés par "le Malolet", paysan de l'alpage expert géomètre, litiges parfois transmis de génération en génération sous la forme de vieilles rancunes.
Ce ne sont que deux exemples pris parmi tant de chapitres savoureux, à déguster en pensant aux temps révolus qui ont forgé l'âme de la Savoie.
 
Guy Chatiliez, "Alpage de mon enfance", éditions Le Tour, septembre 2005, 185 pages, 20€
On peut obtenir le catalogue de l'éditeur sur simple demande:
Éditions Le Tour, Marc Mogenet
Route de Joux-Plane
74340 Samoëns
 
 
 
 
 
Parlez-vous le "franco-savoyard"?
Le français parlé en Savoie est émaillé d'un vocabulaire emprunté au francoprovençal, notre langue vernaculaire. Testez vos connaissances en sélectionnant les bonnes réponses!
1. Elle commence à agoutter.
a. Elle commence (la vache) à se tarir.
b. Elle commence à aimer la bibine.
c. Elle a pris froid, elle commence à renifler.
2. Sacrée barjaque!
a. Quelle force de la nature!
b. Quelle frapadingue!
c. Quelle commère!
3. Quel petit coffiot!
a. Regarde comme tu es sale!
b. Comme il est mignon!
c. Espèce de ptit c...!
4. Vous montez, c'est après le décontour.
a. C'est après la petite bosse.
b. C'est après le virage.
c. C'est après le tunnel.
5. Tu as fini de t'étouiller?
a. Tu as fini de te gratter?
b. Tu as fini de te gratter le nez?
c. Tu as fini de t'étirer?
6. C'était un fameux fricot.
a. C'était un fameux repas.
b. C'était un sacré commerçant.
c. C'était une belle embrouille.
7. J'ai gonvé tout l'après-midi.
a. J'ai travaillé.
b. Je n'ai rien fait.
c. J'ai été mal.
8. On passe par le jet?
a. Par la fontaine?
b. Par le sentier surplombant le ravin?
c. Par le couloir pour la descente du bois?
9. Faut réparer, ça locate trop.
a. Ça fume trop.
b. Ça bouge trop.
c. Ça fait trop de bruit.
10. On faisait mérande à l'école.
a. On faisait la kermesse.
b. On faisait le goûter.
c. On faisait le repas de midi.
 
Bonnes réponses: 1a, 2c, 3a, 4b, 5c, 6a, 7b, 8c, 9b, 10b.
 
 
 
 
La face cachée d'un envahisseur.
par Pierre Borrel.
Il est parfois fort intéressant de se plonger dans la presse des décennies passées comme historien ou comme simple curieux. Il est vrai qu’il fut une époque où le journaliste n’hésitait pas à publier dans la presse locale des articles de fond sur l’histoire de notre pays de Savoie. Contrairement à ce que l’on pourrait penser aujourd’hui, la IIIe République de nos voisins d’outre Rhône —a contrario de leur bonne vieille Ve., entrée depuis longtemps sous le règne d’Alzheimer— n’ignorait pas le fait que la Savoie eût une Histoire. À l’époque où la presse locale était pourtant fortement teintée de radical-socialisme, on disait volontiers Savoisien plutôt que Savoyard, on parlait de "notre pays de Savoie" ou encore de "notre petite patrie" —bien évidemment intégrée à la "grande patrie"! On vantait les grands mérites de l’annexion et les merveilles apportées dans la "corbeille de mariage" par l’éternel bienfaiteur des peuples de la planète, mais on n’avait pas encore inscrit définitivement dans l’Histoire la dissolution du peuple de Savoie dans la potion magique de "l’une et indivisible". Il existait dans les journaux d’alors quelques réminiscences d’un passé pas si lointain et pas si sombre…
Je voudrais faire part aux lecteurs assidus de notre Savoisien de cet article paru dans les années 1930 dans le Journal du Mont Blanc, organe de presse édité à La Roche sur Foron:
En flânant à travers l’Histoire des Zones
En relisant l’histoire de notre pays de Savoie par Claude Genoux, nous avons trouvé à la page 76 de cet ouvrage une lettre adressée au général Dupont (lire Doppet, NDR) par le général de Montesquiou, commandant en chef de l’Armée des Alpes, lors de la conquête de la Savoie par les troupes françaises en 1792.
Cette lettre nous a paru si intéressante que nous croyons devoir la porter in extenso à la connaissance de nos lecteurs.
La voici datée du 28 octobre 1792:
 
Je suis de ceux qui pensent que ce n’est ni l’intérêt de la France, ni l’intérêt de la Savoie de se réunir. Ce n’est pas l’intérêt de la France parce qu’elle ne doit pas effaroucher l’Europe par un agrandissement de territoire auquel elle a solennellement renoncé. La réunion n’est pas non plus dans l’intérêt de la Savoie, car ses impositions mises dans les proportions de la dette française mettraient ses charges annuelles au-dessus de ses moyens.
D’ailleurs, est-il sûr que la constitution française conviendra déjà au peuple savoisien?
Et comment la Savoie peut-elle savoir aujourd’hui si la constitution française, qui n’existe pas encore, lui conviendra?
Je pense donc que ce qui conviendrait le mieux aux deux peuples serait la formation de la Savoie en république indépendante, alliée de la France; et ce qui, dans la suite, serait peut-être le plus utile à la Savoie, ce serait d’entrer dans la Confédération Helvétique.
Signé: Le Général de l’Armée des Alpes, Montesquiou.
Les généraux Anselme et de Montesquiou attaquèrent simultanément Nice et la Savoie le 21 septembre 1792. Montesquiou s’avance sur Chambéry, s’installe et on connaît la suite: des années de répression, de têtes coupées, de chasse aux "citoyens" restés fidèles à leur pays... Mais Montesquiou refuse de bombarder Genève. Il aurait sans doute connu de graves ennuis si des Genevois ne l’avaient aidé à se soustraire à la justice à la faveur d’un déguisement…
Pourquoi écrit-il cette lettre à Doppet, un mois après son installation musclée sur notre sol? Cela reste énigmatique… Si l’on ne se fait, aujourd’hui encore, aucune illusion sur les capacités de la France à prendre en compte les souhaits du peuple savoisien et des autres peuples de l’hexagone annexés au cours de l’histoire, si l’endettement permanent est l’un des bienfaits récurrents apportés à la Savoie et à ses habitants, on comprend rétrospectivement la vision réaliste et prémonitoire de ce général!
Je ne peux en tout cas —à quelques modifications près— que le soutenir dans sa conclusion…
P.B.
Note de l'auteur: L'Histoire de Savoie de Claude Genoux (1853), préfacée par Eugène Sue, a été rééditée en 1997 par La Fontaine de Siloé. La lettre écrite par Montesquiou s’y trouve dans les notes, à la page 391. On trouve dans cet ouvrage une approche de l’histoire de notre pays bien entendu différente de celle de nos historiens agréés.
 
 
 
 
Les bonnes pâtes de chez nous.
La croix de Savoie sert d'emblème à bien des produits alimentaires. La maison Alpina, "semoulier-pastier depuis 1844" fait de plus en plus fort, en proposant ces pâtes "cordées savoisiennes", fermes à 4 minutes de cuisson, fondantes à 6 minutes, et à point à 5 minutes. Les Savoisiens s'en régaleront, et laisseront les préfets et les francophiles tartiner tristement leurs prétentieux canapés.
 
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La croix sur la montagne.
 
 
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Voici ce que Gilbert Morand a découvert, un matin de février, en regardant la montagne en face de chez lui, près d'Albertville: une croix blanche tracée dans une petite forêt accrochée à la pente! Les Savoisiens sont peut-être obsédés par la forme de la bannière de leur nation, mais avouez que l'image est saisissante...
Une petite avalanche serait à l'origine de ce tracé symbolique.
 
 
 
 
Bloc-notes.
Forum savoisien le 23 avril
Le premier Forum savoisien s'est réuni le 28 août 2005 à Saint-Germain la Chambotte (Savoie Ducale). C'est une réunion conviviale (avec repas sur place moyennant une participation modique) ouverte à tous les adhérents et sympathisants de la Ligue savoisienne. Tous les sujets savoisiens peuvent y être abordés. C'est une journée de formation politique générale, animée par les dirigeants de la Ligue savoisienne. Le premier Forum a été très apprécié par les participants (plus d'une centaine) qui ont souhaité deux rendez-vous réguliers chaque année.
Le Comité du Chablais organise le deuxième Forum savoisien
le 23 avril 2006
à Margencel
Salle des Fêtes (derrière la Mairie)
Réservez votre journée!
 
 
 
 
Le Léman va mieux, mais peut mieux faire.
Chaque année le bilan de santé du lac Léman est rendu public par la CIPEL (Commission Internationale pour la Protection des Eaux du Léman). En février dernier, la CIPEL a également publié son évaluation de mi-parcours sur l'application de son plan d'action 2001-2010. Certaines actions pour l'environnement seront achevées à la date prévue, certaines autres ont pris du retard et demanderont de nouveaux efforts.
Le Léman, un des plus grands lacs d'Europe, très menacé par la pollution dans les années 1960, est en voie de guérison grâce aux nombreuses actions entreprises.
On peut s'y baigner dans des eaux de bonne qualité, à part quelques exceptions ponctuelles en cours de traitement. Le lac fournit aussi une excellente eau potable, après traitement simple, à environ un million d'humains. Le phosphore est en régression (grâce aux stations d'épuration et aux détergents sans phosphates) et ainsi l'oxygénation des eaux profondes augmente lentement. Les poissons dits "nobles" se multiplient: les féras constituent désormais près de la moitié de la pêche.
Les progrès dans la guérison du lac sont toutefois inégaux. Les scientifiques trouvent toujours des substances indésirables comme les pesticides, les PCB et autres micropolluants, dont l'origine n'est pas facile à détecter. Les exploitations agricoles, même si des efforts ont été faits, rejettent encore des effluents de lisier et des produits de traitement des cultures. Le rendement des stations d'épuration est perturbé par la mauvaise étanchéité des réseaux souterrains de collecte des eaux usées.
Le Léman va donc beaucoup mieux qu'il y a 40 ans, mais des progrès restent à faire et les actions peuvent être fort coûteuses, notamment sur les réseaux d'assainissement. N'oublions pas non plus que les détergents phosphatés restent trop nombreux, notamment dans le commerce français: chacun d'entre nous peut éviter d'en acheter.
à consulter: www.cipel.org
 
 
 
 
C'est vous qui le dites.
"Seulement" pas seulement en Savoie.
L'article de Guy Martin paru dans le n°11 m'a interpellé et, en tant que Suisse francophone, j'aimerais apporter ici une petite précision.
En effet, il convient de relever que les expressions mentionnées dans cet article sont également très largement usitées dans toute la Suisse romande, où l'on peut entendre quotidiennement des "faites seulement", "entrez seulement", "venez seulement", "dites seulement", etc. etc.
Il ne s'agit donc pas d'une particularité purement savoisienne comme vous semblez le croire, mais bien d'une dialectique commune à nos deux territoires. Il n'est du reste guère surprenant que l'on retrouve de nombreuses similitudes de langage entre la Savoie et la Romandie, l'histoire ayant tissé au fil des siècles de nombreux liens entre nous. D'ailleurs, sauf erreur de ma part, la Savoie n'utilisait-elle pas "septante" et "nonante" avant que la France ne lui imposât le "soixante-dix" et le "quatre-vingt-dix"?
Pascal Hurni, Neuchâtel.
Note: Ces similitudes proviennent de l'histoire linguistique, la Suisse romande faisant partie, comme la Savoie, de l'aire du francoprovençal, comme le Val d'Aoste et une bonne part de Rhône-Alpes. Les chiffres "septante" et "nonante" étaient encore en usage dans les écoles élémentaires à Annecy dans les années 1960; à cette époque tous les instituteurs étaient savoyards.
Guy Martin, dans un courrier de réponse à Pascal Hurni, ajoute:
 
Je note avec satisfaction que la Suisse romande partage avec nous nombre d'expressions, qu'il s'agisse de "seulement" ou de "septante" et "nonante". Dans mon article j'établis un parallèle entre la langue française parlée à Paris et la nôtre. Que les Suisses romands partagent avec nous une langue franco-alpine me réjouit et ne m'étonne pas.
Dans ma province de Tarentaise je suis un peu éloigné et ne fréquente, à mon grand regret, pas suffisamment vos compatriotes. C'est pourquoi, par prudence, je ne parlais que de la Savoie.
 
 
Du droit de mourir dans la dignité.
Le sujet qui me passionne, et dont j'ose m'ouvrir aujourd'hui, est le droit de mourir dans la dignité. Je suis très âgée, ma vie est à peu près normale, sauf quelques difficultés dues à l'arthrose. Cependant, intérieurement je suis inquiète, et cela gâte un peu ma sérénité. Inquiète de me savoir peut-être condamnée à être une charge pur mes enfants, qui ont bien assez de leurs soucis personnels. Inquiète pour ma fin de vie: l'hôpital...
L'hôpital, nous connaissons tous ses énormes difficultés alourdies par la charge de tous ces malades qui n'en sont pas vraiment, seulement des vieillards en attente de la mort. Ils sont là, charge lourde et inutile, ils souffrent d'être devenus ces coûteux "poids morts", tout au moins lorsqu'ils n'ont pas perdu la tête!
De nombreuses personnes disent que nos gouvernants refusent de voter cette loi libérale et libératrice parce que "entretenir les vieux, ça rapporte". C'est possible... Mais n'est-ce pas mesquin de mesurer ce bénéfice avec la souffrance de cette vieillesse sans force pour se faire respecter, pour être entendue, pour être utile, et qui souvent ne souhaite que la mort? Une mort douce, bien sûr, sans souffrance. La souffrance est-elle utile? Bénéfique? Seuls certains chrétiens le pensent.
En France, on est souvent à la traîne: je pense au droit de vote pour les femmes, au droit à la liberté de la conception... Prudence, excès de prudence! D'autres raisons connues sans doute de certains initiés?
Que j'envie mes voisins suisses! Comme ils sont libéraux, confiants, compatissants! Quel regret d'être née en Savoie! Et si la Savoie était libérée et pouvait agir à l'instar de la Suisse, quel rêve!
Merci à notre "Savoisien" qui accepte la liberté de penser et accueille avec indulgence les souhaits profonds d'une vieille Savoisienne qui, dans sa 92e. année, a encore le courage de réfléchir, de se révolter et d'espérer.
Germaine Rosaz, Tresserve (Savoie Ducale).
 
À quand un Nürnberg du communisme?
Le 25 janvier 2006, le Conseil de l'Europe a fini par voter un texte qui condamne les crimes des régimes communistes. On n'en a pas fait beaucoup de publicité. Pourtant, n'en déplaise à la mémoire de Georges Marchais, le bilan "globalement positif" du communisme n'est qu'un outrage à ses victimes. Cette idéologie, la plus perverse de notre époque, sévit encore de nos jours. L'hypocrisie de nos intellectuels "politiquement corrects" et la trahison des partis français doivent nous inciter, en Savoie, à ne pas nous corrompre avec leur lâcheté. Les crimes, les déportations, les tortures, les camps de concentration doivent être dénoncés avec force, car de nos jours encore, le communisme tue.
Éric Garadier, Saint-André, Maurienne.
 
Engeance politique...
Interviewé par l’Essor Savoyard(1) sur l’action des hommes politiques savoyards, Patrice Abeille refusait de répondre "pour ne pas être désobligeant envers cette engeance médiocre". Une engeance, selon le Petit Larousse, est une catégorie de personnes méprisables.
Les hommes politiques français sont-ils mieux considérés? Pas vraiment si l’on croit Éric Le Boucher, rédacteur en chef au journal Le Monde, qui écrit(2): "Il faudra dire et redire que notre classe politique doit être tenue pour responsable de l’état lamentable de la France. Par sa petitesse, par sa cécité, par ses mensonges, par sa lâcheté".
Les hommes politiques savoyards sont-ils aussi petits, aveugles, menteurs et lâches?
Qui se ressemble s’assemble! Voilà ce qu’on peut dire de ceux de nos élus conseillers municipaux, maires, conseillers généraux, conseillers régionaux, députés et sénateurs de Savoie et de Haute-Savoie qui sont encartés aux Partis qui gouvernent la France.
Jean Aymard.
(1) Essor Savoyard N°7, édition de Chambéry, daté du 17 février 2006.
(2) Éric Le Boucher, "Économiquement incorrect", éditions Grasset & Fasquelle, 2005.
 
 
 
 
 
Coup de gueule.
Quand l'Avocat général Berlioz (aux ordres du gouvernement) invoque la séparation des pouvoirs...
On se frotte les yeux en lisant (DL du 14 mars 2006) la Tribune libre de M. l'Avocat général à la Cour d'appel de Chambéry, Jean-Claude Berlioz: "Les éléphants dans le magasin de porcelaine de la procédure pénale".
Les éléphants ravageurs qui inquiètent M. Berlioz ne sont pas ceux de la fameuse fontaine chambérienne, mais les membres de la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau. Ces députés irresponsables et populistes, excitant les passions et les émotions du peuple, seraient en train de briser "la délicate porcelaine de la procédure pénale" sans respecter le principe de la séparation des pouvoirs.
Délicate porcelaine? On aimerait connaître le client de la justice pénale (accusé ou partie civile) qui pourrait comparer son expérience à la visite d'une boutique d'arts de la table! La procédure pénale, vue par les justiciables, évoque plus souvent l'abattoir, l'atelier d'équarrissage, le stand de tir ou la baraque foraine des horreurs d'inspiration kafkaïenne.
Séparation des pouvoirs? Développée par les grands philosophes et jurisconsultes, la formule n'est jamais sortie de leurs livres. Depuis des siècles, en France, la justice est inféodée au pouvoir exécutif, et on n'entend que très rarement les magistrats émettre des protestations, en tout cas jamais ceux du Parquet, dont M. Berlioz fait partie. Jusqu'à ce jour qui vit quelques téméraires députés ouvrir un débat public sur les procès d'Outreau. Alors l'Avocat général Berlioz sortit de sa réserve...
Que M. Berlioz retourne dans son magasin de porcelaine et qu'il n'en sorte plus. Qu'il continue de prendre ses ordres au ministère et qu'il fasse ses rapports à son ministre. Ses commentaires sur la séparation des pouvoirs sont irrecevables.
Patrice Abeille.
 
 
 
 
 
Tchernobyl: 20 ans déjà!
Le 26 avril 1986 en Ukraine, un réacteur s‘emballe. Sa puissance est multipliée par 180, elle provoque la première explosion de vapeur qui soulève la dalle de béton de 1000 tonnes et la fait tomber sur le côté.
3 secondes plus tard, une explosion chimique met le feu à 170 tonnes de graphite, soit le dixième de l’empilage. Les fumées montent à 10 000 mètres d’altitude et dispersent le césium 137, isotope radioactif, dans toute l’Europe.
La quantité de radioactivité représente 50 bombes atomiques (de la puissance de celle d'Hiroshima). Les conséquences sont énormément minimisées par les gouvernements soviétique et français, car "la radioactivité est invisible!"
Le rayonnement émis par l’environnement attaque le corps de l’extérieur, et produit des dégâts dus à la désintégration des atomes sur les organes (cœur, rein, cerveau, foie) par les aliments ingérés et la respiration. En Biélorussie, 15 ans après, des enfants d’un poids de 8 kg ont un taux de radioactivité de 10 000 becquerels, ce qui équivaut à une émission de 10 000 particules/seconde frappant les organes.
La radioactivité du césium 137 a une demi-vie de 30 ans, il faudra un peu plus de 600 ans pour en effacer toute trace.
Les estimations de cette catastrophe sont d’environ 25 millions de personnes touchées, 2 millions d'invalides et de 40 000 à 560 000 morts.
Gilles Rosset.
 
 
 
Amiante.
Les histoires vraies, mais pas drôles, du Professeur Grignet.
 
 
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À la fin de la dernière guerre, une jeune femme de la région lilloise va travailler à l’usine pour gagner de quoi vivre en attendant le retour de son mari prisonnier. Six mois après, son mari revient et elle quitte définitivement l’usine. Trente-cinq ans après elle meurt d’un cancer: elle avait travaillé 6 mois dans une usine d’amiante.
C’est une histoire vraie mais pas une histoire drôle et, malheureusement, le Pr. Jean-Pierre Grignet en connaît beaucoup d’autres. Par exemple, celle de la petite dame qui aimait les tartines de pain grillé au petit déjeuner. Elle aussi elle en est morte. Pas à cause des tartines mais du grill qui était en amiante. Et celle de l’agent de police qui réglait la circulation à un carrefour, vous la connaissez? En le voyant les voitures freinaient, ça se comprend! Il en est mort lui aussi: il y avait de l’amiante dans les freins.
On dit quelquefois que les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures, mais les histoires d’amiante ne sont pas courtes. Elles durent depuis cinquante-quatre ans. Faites le compte: ils s’en doutaient déjà en 1923 mais les médecins ont prouvé en 1952 que l’amiante est cancérigène. Il a fallu attendre 25 ans pour que le flocage à l’amiante soit interdit en France en 1977. Enfin… pas dans les salles de cinéma, où il reste obligatoire. Au bout de 54 ans, le scandale continue…
Heureusement, le Fond d’Indemnisation des Victimes de l’Amiante (FIVA), grâce à des fonds gouvernementaux, indemnise "convenablement", dit le Pr. Grignet, d’autant que les indemnités sont complétées par des avantages fiscaux. Est-ce que ce serait une bonne affaire pour les victimes? En tous cas ce n’en est pas une pour le contribuable qui paye près de 400 millions d’euros d’indemnités par an. C’est beaucoup, mais il faut dire que l’amiante, à elle seule, coûte aussi cher que toutes les autres maladies professionnelles!
Un conseil pressant.
Voilà ce qu’il faut faire si vous travaillez ou si vous avez travaillé pendant quelques mois ou quelques années au contact de l’amiante. Même si vous n’avez jamais ressenti aucune gêne ni douleur en respirant: allez consulter un pneumologue. Avec une radio ou un scanner des poumons il verra où vous en êtes et il pourra peut-être vous soigner à temps. Mieux vaut le faire sans attendre, maintenant, car quand le mésothéliome (le cancer dû à l’amiante) est déclaré l’espérance de vie est en moyenne de 13 mois seulement. C’est un conseil pressant du Pr. Grignet.
Mais qui est, au fait, ce Pr. Grignet qui raconte des histoires pas drôles et vous fout la trouille avec ses conseils? Ce n’est pas un rigolo, vous l’avez déjà compris, et il sait de quoi il parle! Pneumologue, Chef de service à l’hôpital de Denain, Président de la faculté de pneumologie de Lille, spécialisé dans les maladies liées à l’amiante, le Pr. Jean-Pierre Grignet est un expert reconnu. Les Amis de la Terre 74 (1) l’ont invité à faire une conférence sur "L’amiante, un scandale de santé publique" le 21 février à Annecy.
L’amiante, c’est quoi?
Une roche, extraite du sol dans des mines au Canada, en Chine, en Russie, principalement, qui a des propriétés très particulières. Elle se compose de fibres microscopiques et très légères qui peuvent rester en suspension dans l’air, être inhalées et pénétrer jusqu’au fond des poumons. C’est là qu’elles font des dégâts en créant différents troubles. Bénins, comme une pleurésie ou une fibrose (asbestose) qui provoquent une insuffisance respiratoire qui oblige à respirer de l’oxygène plusieurs heures par jour. Malins, comme un cancer des bronches, un mésothéliome pleural ou péritonéal ou un adénocarcinome, des maladies dont on ne guérit pas.
L’amiante a été très utilisée dans le passé pour ses extraordinaires propriétés isolantes de la chaleur et sa très grande légèreté. On en a fait des panneaux et des enduits calorifuges pour le bâtiment, l’automobile, les bateaux, des textiles, des tuiles de couvertures, des tuyaux, des dalles de revêtement de sol, des revêtements d’autoroute, etc.… Maintenant son utilisation est interdite sauf précautions : la France en importe encore plus de 300 tonnes par an.
Les risques de l’amiante.
Il n’y en a plus qu’en milieu professionnel, là où l’amiante reste utilisée, principalement dans le B.T.P. (2). Bien sûr, il y a des normes limites de concentration dans l’air (0,2 fibre par millilitre) mais, d’après le Pr. Grignet, les mesures de contrôle ne sont pas fiables. D’autant qu’on ne sait pas si l’exposition prolongée à de faibles doses n’est pas aussi nocive qu’une exposition brève à des doses élevées.
Les mesures de protection sont sans doute insuffisantes car le nombre des victimes, chiffré officiellement à 1000 par an pour la France (plutôt de 1400 à 1500 d’après le Pr. Grignet) est toujours en augmentation, de 15% par an environ et ne devrait commencer à décroître qu’à partir de 2020. On estime que d’ici là l’amiante aura fait 100 000 morts en France. Combien dans le monde?
Vers l’interdiction de l’amiante?
L’industrie de l’amiante a longtemps prétendu que l’amiante était un produit irremplaçable et qu’il fallait par conséquent accepter ses inconvénients! Malgré cela elle a été interdite aux États-Unis, qui s’en passent depuis, mais à cause de cela elle continue à être utilisée ailleurs avec plus ou moins de précautions. La production mondiale qui a atteint 5 millions de tonnes en 1975 s’est stabilisée depuis 2001 vers 2 millions de tonnes utilisées à plus de 85% par la Russie et l’Asie. Les besoins de la Chine, de l’Inde, de la Thaïlande et de l’Indonésie augmentent vite, au rythme de leur croissance économique, sans que les autorités se préoccupent pour l’instant des ravages prévisibles. Le scandale de l’amiante n’est pas près de s’arrêter, il s’est seulement déplacé vers l’est. Rendez-vous dans 40 ans pour le désamiantage des tours de Bangkok, de Calcutta, de Djakarta, de Shanghai, etc.
Il s’est aussi déplacé vers l’est de façon très médiatique avec le porte-avions Clémenceau. Ex orgueil de la marine de guerre française, avec ses 700 tonnes d’amiante il est devenu la honte de la France, l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire! Cette histoire calamiteuse aura au moins servi à révéler les dessous crasseux de la démolition des navires, ce qui devrait accélérer la définition de règles internationales. Il y a urgence car un recensement récent (4) donne le chiffre de 390 navires militaires en attente, plus chaque année environ 700 bâtiments commerciaux qui partent à la casse. Tous plus ou moins bourrés d’amiante, évidemment!
 
Pierre Ottin-Pecchio.
Union Santé Contre Pollution (3)
(1) Les Amis de la Terre 74, 82, route des Vignes 74430 VILLAZ, Tel. 06 61 26 61 91, Haute-savoie@amisdelaterre.org
 
(2) Industrie du bâtiment et des travaux publics.
(3) USCP, 98 route de Corbier, 74650 CHAVANOD, Tel. 04 50 69 02 95, uscp_savoie@yahoo.fr
 
(4) Le Monde, 11 février 2006, page 7.
 
Danger Travaux
L’enquête Sumer 2003 du Ministère du travail (1) dénombre pour la France 2 260 000 personnes que leur profession expose à l’un des 8 produits cancérogènes les plus répandus :
Dans 43% des cas il n’y a pas de protection collective et un salarié sur deux seulement dispose d’une protection individuelle.
(1) Le Monde, 31/01/2006
 
 
 
 
 
Albertville: Ecoparc plus incinérateur!
 
 
 
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Depuis la fermeture en 2001 de l’usine d’incinération de Gilly sur Isère (73) les déchets d’Albertville et sa région sont envoyés à d’autres incinérateurs (Pontcharra, Chambéry, Annecy, Bellegarde) ce qui a fait exploser les coûts de transport et de traitement.
Le traitement par incinération restait le moyen privilégié du Plan départemental présenté en 2003 par le Conseil général pour les 200 000 tonnes de déchets prévus en 2011 grâce à l’extension des incinérateurs de Chambéry (1) et de Poncharra et, surtout, la construction d’un nouvel incinérateur de 100 000 tonnes (47 M€ HT). Inquiètes des risques de pollution, compte tenu des dégâts causés par l’incinérateur de Gilly, l’ACALP (2) et des associations locales ont entrepris d’alerter l’opinion publique. Après une succession ininterrompue d’articles dans la presse locale et nationale, d’émissions de radio et de télévision et de manifestations publiques, plus le procès de la dioxine à Albertville, le Conseil Général a dû revoir sa copie.
ECOPARC est alors devenu la formule magique pour faire oublier le plan de 2003. Malgré son nom ce n’est pas un jardin public ni un parc de loisir mais une plate-forme industrielle d’une douzaine d’hectares regroupant des installations de tri et de traitement des déchets pour tout le département. En projet depuis le début de 2005 ECOPARC a été confié à une nouvelle structure, le Symvallées (3), présidé par Michel Chevalier, maire adjoint d’Ugine, avec pour premier objectif de mettre d’accord les quatre structures impliquées (4) puis de trouver une commune qui accepterait d’accueillir un parc industriel prétendument écologique.
La réunion publique organisée par l’ACALP le 16 mars à Frontenex devant 200 personnes et plusieurs élus a permis de savoir où en était cet ECOPARC.
Le site.
L’administration étudie la demande d’agrément d’un terrain au bord de l’Isère sur la commune de Tournon, mais celui-ci étant inondable il est à craindre que la réponse soit négative ou exige des travaux importants sur les digues.
Les procédés de traitement des déchets dans l’Ecoparc.
Séparation des différents types de déchets par tri biomécanique, puis méthanisation (5) de la fraction organique et compostage. Le biogaz qui sera produit pourrait être valorisé sur place et le résidu, le digestat, serait incorporé à du compost ou… incinéré à Poncharra ou à Chambéry, mais pas dans l’ECOPARC! Ce qui permet à Michel Chevalier de dire qu’il n’y aura pas d’incinérateur sur le territoire de Symvallées!
De l’avis de Maurice Sarrazin, expert invité par l’ACALP, la méthanisation est un processus difficile à maîtriser et le tri biomécanique nécessite une installation coûteuse et inutile. Il préconise en effet un tri à la source c'est-à-dire par et chez l’habitant, ce qui a l’avantage d’une part d’éviter la souillure des produits recyclables par les déchets organiques et d’autre part de préserver la fraction organique de toute contamination nuisible à sa transformation en compost. Dominique Frey, présidente de l’ACALP, a rappelé pour finir que son association était opposée à l’incinération des déchets, que ce soit à Tournon ou ailleurs.
L’ECOPARC n’est donc pas encore sorti de terre! Les propositions de Maurice Sarrazin seront développées dans un prochain article. (à suivre)
Pierre Ottin Pecchio.
(1) Depuis l’entrée en vigueur en décembre 2005 des nouvelles normes antipollution l’UIOM de Chambéry a du être arrêtée. Deux fours sur trois seront détruits et reconstruits pour un coût de 80 M€ auquel s’ajouteront 20M€ pour sous-traiter l’incinération.
(2) Association citoyenne active contre la pollution (www.acalp.org)
(3) Syndicat mixte de gestion des déchets des Vallées de Savoie.
(4) SIMIGEDA d’Albertville, SITOM de Moûtiers, SIVOM de Bozel, CCVA d’Aigueblanche.
(5) procédé de fermentation en l’absence d’oxygène qui produit un digestat et du biogaz.
 
 
 
 
Libérer sa voie? Libérer la Savoie? Libérer Sa Voie!
Commencer par se libérer soi-même pour pouvoir libérer son pays, c’est le sens du message que nous adresse Michel Fontaine dans son ouvrage Libérer Sa Voie (à paraître) dont Le Savoisien publie de larges extraits.
Michel Fontaine, né en 1947, Docteur en Médecine, vit à Chamonix où il exerce la médecine générale depuis une vingtaine d’années après avoir consacré plus de dix ans à la recherche médicale en immunologie.
C’est de sa réflexion de chercheur, de praticien au contact des malades et de Savoisien passionné de montagne qu’il tire le message fort qu’il nous adresse aujourd’hui.
À force d’abuser de la confiance de leurs électeurs, les parlementaires français ont fini par tuer le système parlementaire. D’un gouvernement "par le peuple" et "pour le peuple", le parlementarisme en est arrivé à un gouvernement "par mon parti" et "pour mon parti" sur le dos du peuple. À voir comment les candidats se battent pour obtenir l’investiture d’un parti politique avant une élection, on comprend que s’ils sont élus leur reconnaissance et leur obédience iront en tout premier lieu à ce parti et très secondairement à leurs électeurs. S’il faut faire plier les électeurs devant ce que le parti a décidé pour eux, ces élus choisiront, la plupart du temps, la volonté du parti contre la volonté des électeurs.
La démocratie parlementaire française n’a plus de démocratie que le nom. Elle est devenue en se dévoyant le paravent de la tyrannie que l’État a mis en place insidieusement. Les élections sont devenues une vaste farce. Quand les Français votent, comment ne pas se rendre compte qu’ils élisent leurs tyrans et qu’ils leur donnent encore un peu plus de pouvoir sur eux-mêmes et leur vie?
Jacques Chirac avait été élu par les Français (en 1995) afin de mettre en oeuvre une politique libérale s’inspirant autant que faire se peut de celle qui s’était avérée efficace pour sortir les États-Unis et la Grande Bretagne de la crise économique. Une fois élu, il s’est empressé de choisir un premier ministre qui a mis en oeuvre la politique exactement inverse.
Comment s’étonner que les Français aient retiré leur confiance à un homme qui leur a témoigné un tel mépris, qui a fait sciemment une telle injure à la confiance qu’ils avaient mise en lui? Comment s’étonner que la Savoie, l’Alsace, la Catalogne, le Pays Basque, prennent de plus en plus conscience que leur appartenance à la communauté française est une catastrophe à laquelle ils ne peuvent échapper qu’en restaurant leur autonomie, voire leur indépendance?
Qu’y a-t-il de plus démocratique que la démocratie directe qui rend la voix au peuple? Interrogez vos élus et vous verrez qu’ils seront contre, pour la plupart, qu’il lui préfèreront la "démocratie" parlementaire qui les fait vivre. Ce n’est pas pour leur pays que ces gens-là veulent le pouvoir, mais pour eux, pour servir leur ambition, les besoins de leur ego immature en manque d’affirmation psychologique et matérielle.
Comment respecter ces gens, compte tenu du mépris qu’ils témoignent à leurs électeurs alors que c’est à eux qu’ils doivent d’être là où ils sont? Une fois élus, ils les oublient, les enterrent, les rançonnent, les pillent, leur volent les dernières libertés qui leur restent pour encore plus les asservir. Ils les abrutissent par le système culturel et éducatif qu’ils ont mis en place pour rendre leur mental inopérant et ainsi conforme à leurs desseins. Pour arriver là où ils sont, qu’ont ils dû abdiquer, qu’ont ils dû avaler comme couleuvres? Se sont ils trouvés en tant qu’individus libres et conscients dans cette quête du pouvoir, ou qu’ont-ils perdu d’eux-mêmes et d’essentiel? Le "pouvoir" qu’ils vénèrent ne fabrique que des esclaves. Ils s’en sont fait les esclaves, ils veulent rendre les Français esclaves...
 
La véritable force ne réside t-elle pas pourtant dans le pouvoir "avec"? Avec les gens, la nature, la vie... et non pas dans le pouvoir "sur" qui est par essence un pouvoir "contre"?
Le véritable pouvoir rend libre et il épanouit ceux sur lesquels il s’exerce. Son rôle n’est que transitoire, le temps du développement de la conscience, de l’expérience et du sens des responsabilités de ceux qui y sont d’abord soumis. Ensuite le pouvoir se déplace, se recule pour se faire de plus en plus petit, de moins en moins apparent et contraignant jusqu’à ce qu’il ait aidé l’être humain à naître à une nouvelle dimension de lui-même: celle où il peut se diriger seul. Dans ce système, le maître souhaite que l’élève donne le meilleur de lui-même. Il se réjouit le jour où il voit que son élève n’a plus besoin de lui. Il est encore plus heureux quand il découvre que son élève l’a dépassé et qu’il a à apprendre de lui. Ce pouvoir ne se substitue jamais à celui sur lequel il s’exerce, ne pense jamais pour lui, ne décide jamais à sa place, ne lui vole aucun de ses choix. La réussite du maître est dans la liberté de son élève, pas dans son obéissance. Il ne s’agit pas d’un pouvoir "sur" mais d’un pouvoir "avec".
Ce pouvoir est un instrument au service de la vie et de l’évolution, non une tyrannie destructrice et régressive qu’il faudrait servir. Ce pouvoir "en-soi" qui ne se réjouit que des épanouissements de vie auxquels il participe ne peut vouloir que la démocratie directe qui exclut toute main mise sur un peuple, le restaure dans sa conscience et sa responsabilité de lui-même, dans sa liberté de vivre et d’évoluer.
Dr Michel Fontaine.
 
 
 
 
"La solution au problème de l'énergie": veni, vidi, Jancovici!
 
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Jean-Marc Jancovici, ingénieur sorti de Polytechnique, s'est spécialisé dans l'étude du changement climatique et de l'avenir des sources d'énergie. Son site internet (www.manicore.com) est la source francophone la plus pratique pour se documenter sur ces questions. Avec l'aide d'un autre polytechnicien, l'économiste Alain Grandjean, il nous livre ses réponses et sa solution dans un livre percutant: "Le plein s'il vous plaît". Ils ont trouvé le style qui convient: vif, expressif, imagé, original, pas ennuyeux du tout.
Jancovici et Grandjean sont "tombés dans la marmite énergético-climatique". Ils ont découvert, comme beaucoup d'autres scientifiques, que les combustibles fossiles (pétrole, gaz, charbon) que la terre a mis des millions d'années à stocker vont se raréfier après deux siècles d'exploitation intensive, et que le climat va se réchauffer rapidement. Pris par le doute, ils ont voulu vérifier que ces craintes ne sont pas infondées. Ayant refait dans tous les sens leurs calculs, ils confirment "que nous sommes en passe d'atteindre les limites de l'expansion perpétuelle, et que nous ne pourrons pas continuer à jouer très longtemps au jeu auquel nous avons joué depuis des milliers d'années. Quelle gifle!".
Jancovici et Grandjean confirment comme Yves Cochet (voir la recension de son livre "Pétrole apocalypse" dans Le Savoisien n°12 page 8) que le prix du pétrole va augmenter fortement et inexorablement sous la pression de l'épuisement des gisements et de l'expansion de la demande des pays en développement économique et démographique. Le gaz et le charbon suivront la même pente.
Il est illusoire d'espérer que "les ingénieurs" vont trouver la solution: en effet, dès qu'ils réussissent à trouver des machines plus économes en énergie (automobiles, appareils ménagers, process industriels) les humains se précipitent sur de nouvelles consommations, profitant du bas prix de l'énergie. En 1979 il fallait une demie-heure de travail au SMIC pour acheter un litre d'essence, en 2005 le litre ne coûte que 10 minutes du même travail!
Le nucléaire est lui aussi menacé par la pénurie, celle de l'uranium. Jancovici et Grandjean ne sont pas hostiles à l'énergie nucléaire, mais ils estiment qu'il faudrait construire en 50 ans environ 8000 réacteurs surgénérateurs dans le monde pour faire face aux besoins, ce qui leur semble impossible à faire accepter aux populations Et ils ne nous disent pas comment les construire, alors que la technique du surgénérateur n'a connu que des échecs...
Inutile aussi d'espérer que les dirigeants politiques prennent les mesures nécessaires: ils ne sont guère mieux informés de ces questions que leurs électeurs.
Nos polytechniciens sont formels: l'humanité va être obligée de renoncer à son mode de vie actuel. Moins de consommations matérielles, moins de déplacements, moins de confort. Cette réduction pourrait survenir brutalement, sous l'effet conjoint de la pénurie de combustibles fossiles et du dérèglement climatique, deux calamités bien capables de provoquer l'instauration de terribles dictatures et de guerres sauvages pour la maîtrise des gisements.
La solution qu'ils proposent, c'est la réduction progressive des consommations par l'augmentation régulière de la taxe sur l'énergie non renouvelable. Il faut multiplier le prix de cette énergie par 2 ou 3 sur une durée de 20 ans. Les auteurs pensent qu'il est bien préférable de se désintoxiquer progressivement du gaspillage des ressources que d'y être contraint brutalement par des cataclysmes, la guerre ou la dictature. Le caractère prévisible de l'augmentation du prix des combustibles donnerait à l'économie à la fois la stimulation et le temps pour s'adapter.
Il n'est pas courant aujourd'hui de lire un plaidoyer pour l'augmentation de l'impôt. Celui de Jancovici et Grandjean est parfois simpliste, mais il a le mérite de la cohérence, car personne n'a jusqu'ici proposé de solution crédible. On en reste généralement aux bonnes intentions, sans véritable perspective. Le plaidoyer n'est d'ailleurs pas exclusivement pour l'alourdissement fiscal, car les auteurs signalent que, parallèlement à l'augmentation de la taxe sur les combustibles et carburants fossiles, d'autres impôts devraient être supprimés.
La sincérité de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean est totale. Après des années de recherches et de réflexions, ils présentent leur solution au grand public, car c'est ce grand public qui inspire aux décideurs politiques leurs décisions. On aurait tort d'ignorer les conseils de ce livre, dont les auteurs se déclarent prêts à voter pour "le premier candidat qui proposera d'augmenter progressivement et indéfiniment la fiscalité sur les énergies fossiles". Y en aura-t-il un en 2007?
Au-delà de l'idée de cette taxe, demeure une grande question hors du champ politique: la terre peut-elle porter sans dommages ni catastrophes une population aussi nombreuse que celle d'aujourd'hui, et de demain si la croissance démographique continue?
Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean, "Le plein s'il vous plaît", éditions du Seuil, 190 pages, 18€.
 
 
 
 
L'Alsace de Martin Hell.
 
 
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Les autonomistes alsaciens sont presque toujours représentés aux Congrès annuels de la Ligue savoisienne, et le plus souvent leur porte-parole a été Martin Hell, l'un des fondateurs de l'UPA (Union du Peuple Alsacien - Elsässiche Volkspartei). Quand il parle de son pays natal, l'Alsace, il est intarissable, sa voix rocailleuse exprime tour à tour la tristesse et l'espoir.
Dans son livre "Le drame d'une colonisation", Martin Hell se retourne sur sa longue vie dans une Alsace infériorisée, culpabilisée et asservie. La force émotionnelle de son témoignage saisit le lecteur et l'entraîne bien au-delà du folklore, dans une histoire tourmentée dont les plaies sont encore douloureuses.
Après une évocation rapide de l'histoire de l'Alsace depuis ses origines, l'auteur examine de plus près le 20e. siècle. Au sein du IIe. Reich allemand depuis 1871 (l'Allemagne de Bismarck), l'Alsace-Lorraine a réussi à obtenir son autonomie avec la Constitution du 31 mai 1911 qui instituait un parlement et un gouvernement comme dans les autres Länder. Ce fut le grand succès des autonomistes, qui s'étaient organisés politiquement depuis 1873: une époque de prospérité et de confiance grâce au respect de l'identité linguistique et culturelle. Martin Hell rend hommage à Eugen Ricklin, qui fut le seul et unique président de l'Alsace-Lorraine.
Malheureusement le succès fut de courte durée, à cause de la Grande Guerre. À la fin de 1918, les nationalistes français réannexèrent l'Alsace-Lorraine sans aucune consultation du peuple, le président Wilson ne pouvant rien faire pour calmer leur fureur revancharde. Des milliers d'Alsaciens furent expulsés dans le cadre d'une épuration ethnique, la première du siècle qui devait en connaître bien d'autres. Les autonomistes, pourtant, ne baissèrent pas les bras. Forts de leurs succès électoraux, ils obtinrent le maintien des lois en vigueur pendant la période allemande, qui subsistent encore aujourd'hui au sein du droit français. Mais l'autonomie leur fut refusée par la "Patrie des Droits de l'homme"...
Après 1945, la France profita de son statut de "vainqueur" pour éliminer les autonomistes en Alsace-Lorraine. Martin Hell raconte l'épuration telle qu'il l'a vécue dans son village: des souvenirs personnels encore cruels qui mettent en relief une période peu glorieuse de ce siècle passé. Les Français ont fait passer les Alsaciens pour des nazis, tout en escamotant l'ampleur de la collaboration française sous le manteau commode mais mythique de la "France résistante"...
Pour Martin Hell, c'est clair (d'ailleurs son patronyme, en allemand, signifie "clair"): l'Alsace appartient culturellement au monde germanique. Ses dialectes sont très proches du suisse-allemand au sud et du parler du Palatinat au nord. Elle ne peut donc s'épanouir sous la dictature francophone. Les gens qui s'installent en Alsace devraient faire l'effort d'apprendre la langue, comme l'auteur a appris l'italien pour mieux vivre ses séjours de vacances au Tessin, le canton suisse italophone. Aucun avenir valable pour l'Alsace ne peut être fondé sur la négation de son identité germanique. Martin Hell récuse tout discours qui tend à occulter le fait colonial français en Alsace. Son choix irrévocable, c'est l'autonomie, l'Europe, et la politique. Martin Hell n'est pas un Alsacien folklorique.
Martin Hell, "Le drame d'une colonisation", Jérôme Do Bentzinger éditeur, 2005, 198 pages, 20€.
Pour recevoir le livre, envoyez un chèque de 25€ à l'auteur:
Martin Hell
17 rue Principale
68960 OBERDORF